MONTIÈS Jean

Par Claude Pennetier et Justinien Raymond

Né et mort à Fleurance (Gers) : 14 janvier 1874-7 novembre 1945 ; viticulteur et négociant ; secrétaire de la Fédération socialiste de Gascogne (1902) ; secrétaire adjoint puis secrétaire de la Fédération SFIO du Gers.

Militant socialiste de Fleurance, Jean Montiès commença son activité politique très tôt, mais il est impossible de préciser dans quel cadre. Parlant des titres civiques et universitaires de ses adversaires bourgeois en 1928, il écrivait : "Ma biographie, à moi, est bien courte et bien modeste. Elle est écrite, tout au long, sur les chemins et sur les routes de notre vieille Gascogne ; routes et chemins que je parcours depuis un demi-siècle portant de ville en ville, de village en village la parole socialiste." Montiès participa à la fondation de la Fédération socialiste de Gascogne en 1902 et en fut le secrétaire adjoint puis le secrétaire en 1903. Le nombre de groupes augmentant, le Gers prit son autonomie en 1908, Montiès assura le secrétariat de cette nouvelle Fédération SFIO. Selon T. Dupuy, le "révolutionnaire" Montiès "était le plus intransigeant de nous tous contre les radicaux et les socialistes indépendants". Délégué au congrès national de Chalon-sur-Saône (octobre 1905), il vota la motion Cambier, interdisant tout désistement pour un candidat indépendant se réclamant du socialisme. Avant-guerre, la fédération qui comptait une centaine de membres, n’était liée à aucune tendance de la SFIO. Montiès fut délégué à de nombreux congrès nationaux : Limoges (1906), Nancy (1907), Toulouse (1908), Saint-Étienne (1909), Nîmes (1910), Paris (juillet 1910), Lyon (1912), Amiens (1914). Il se présenta à plusieurs élections avant 1914 ; en 1907 il recueillit 220 voix aux cantonales à Fleurance ; son score aux législatives de 1910 dans la circonscription d’Auch, fut plus faible : 87 voix.

Comme sa fédération, Montiès approuva la politique d’Union sacrée en août 1914. Mobilisé et envoyé au front, il ne tarda pas à être muté (sans doute à la demande du ministre socialiste de l’armement Albert Thomas), à l’Arsenal de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Le secrétaire fédéral restait en contact avec son département qu’il représenta aux réunions nationales à Paris. Favorable à la majorité, lié à Renaudel, Montiès entra en conflit avec la Fédération du Gers gagnée aux thèses minoritaires pendant l’année 1917. Ayant voté lors d’une conférence nationale à l’inverse du mandat donné par les militants du Gers, il fut remplacé au secrétariat fédéral par le longuettiste Gèze.

De retour à Fleurance après le conflit mondial, Montiès s’affirma comme le porte-parole des adversaires de la IIIe Internationale. Au congrès fédéral du 5 décembre 1920, il s’éleva "contre les éléments nouvellement venus qui veulent exclure les vieux militants" et déclara "que si ses camarades de tendance sont obligés de quitter le parti, lui et le groupe de Fleurance le quitteront aussi". Il donna son adhésion à la motion Blum. Isolé, il accepta cependant à la demande du secrétaire fédéral Laffargue-Tartas de porter ses trente-quatre mandats sur la motion Longuet. Il fut délégué suppléant au congrès de Tours. Théodore Dupuy ne pouvant finalement se rendre au congrès, Montiès y fut présent avec Louis Laboubée (dans le compte-rendu, son nom est écrit par erreur « Montier »).
Les socialistes du Gers refusèrent la scission et créèrent une Fédération autonome dirigée par Laffargue-Tartas. Les militants et les groupes pouvaient prendre leur carte soit auprès de Montiès pour la SFIO, soit auprès de Gèze pour le Parti communiste. En septembre 1921, la rupture fut définitive, et Montiès assura le secrétariat de la Fédération SFIO jusqu’en avril 1934. Après le décès de Laffargue-Tartas en mai 1924, il prit la direction du Gers socialiste. Les effectifs de la fédération passèrent de plus de mille en 1930 à cinq cent soixante et un en 1934. Fin 1933, Montiès fut contesté. Il estima que, dès cet instant, "son devoir lui commandait de se retirer". Il démissionna du secrétariat fédéral le 11 avril 1934 ; Saint-Martin lui succéda. Montiès conserva quelque temps la direction du Gers socialiste.

Depuis 1921, il était premier adjoint au maire socialiste indépendant de Fleurance ; il le demeura jusqu’en 1941. Il échoua à l’élection sénatoriale de janvier 1924. En 1922, 1928 et 1931, il fut conseiller d’arrondissement de Fleurance. Il représenta la SFIO aux élections législatives de 1924 (25 271 voix sur 52 485 suffrages exprimés) puis d’avril 1928 (circonscription d’Auch-Lombez) où il recueillit 2 758 suffrages (12,6 % des voix des électeurs inscrits) ; et enfin à celles de mai 1932 (Condom-Lectoure) regroupant sur son nom 3 720 voix (14,9 % des voix). En 1936, Montiès ne se présenta pas mais l’élection de deux socialistes dans le Gers (Dubosc et Saint-Martin) le réjouit.

Marié à Fleurance en 1908, Jean Montiès était père d’un fils et d’une fille, Jeanne, elle-même militante socialiste, qui déposa vers 1980 au CRHMSS des ouvrages (comptes rendus et brochures socialistes) qui avaient appartenu à son père.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article122930, notice MONTIÈS Jean par Claude Pennetier et Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 avril 2020.

Par Claude Pennetier et Justinien Raymond

ŒUVRE : J. Montiès collabora au Socialiste du Gers, hebdomadaire fondé en 1906.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13082. — Le Socialiste du Gers, 1906-1921. — Le Gers socialiste, 1922-1936. — Le Travailleur, 24 janvier 1931, 24 novembre 1931. — La Vie socialiste, 14 mai 1932. — Comptes rendus des congrès socialistes. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, t. I, pp. 354 à 360, op. cit. — Julien Chuzeville, « La Fédération socialiste du Gers et la scission du Congrès de Tours », Recherche socialiste n° 72-73, juillet-décembre 2015.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 358.

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