MOREL Lucien, Charles

Par Marcel Henriot et Justinien Raymond

Né le 12 juin 1876 à Chaumont (Haute-Marne) ; ouvrier gantier. Secrétaire du syndicat des travailleurs de l’industrie gantière, secrétaire de la Bourse du Travail de Chaumont ; secrétaire de la Fédération socialiste de la Haute-Marne.

Lucien Morel, ouvrier gantier à la fabrique Tréfousse de Chaumont, était, au début du siècle, secrétaire du syndicat local de la ganterie affilié à la CGT. Cependant, adhérent de bonne heure au Parti socialiste de France, il eut une activité plus politique que syndicale. Avant 1914, il n’apparaît qu’à deux reprises au premier plan de l’action corporative. En mai 1906, à la Bourse du Travail, dont il était trésorier adjoint (voir Arnoult Émile), il encouragea les ouvriers du Bâtiment à poursuivre leur mouvement de grève. En septembre 1911, au cours d’un grand meeting contre la vie chère, il fut le premier orateur à proposer une manifestation dans la rue et il conseilla en outre à ses auditeurs de se défendre par la coopération. À Limoges (1906) et à Saint-Étienne (1909), Lucien Morel représenta la Fédération de la Haute-Marne aux congrès nationaux de la SFIO. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il assura le secrétariat de la Bourse du Travail de Chaumont.

Dès avant l’unité, membre assidu du groupe socialiste guesdiste de Chaumont, il assurait une propagande intense en Haute-Marne, notamment en période électorale et souvent comme candidat. En 1904, il figura sur la liste socialiste aux élections municipales de Chaumont et rédigea l’affiche de protestation du parti ouvrier contre les radicaux qui avaient fait avorter un projet d’union. Au second tour, Morel resta en lice et fut battu par un radical-socialiste, gantier comme lui.

Cet échec ne découragea ni lui ni ses amis, puisque, en avril 1906, il fut désigné par la Fédération socialiste SFIO comme candidat dans la 1re circonscription de Chaumont. La campagne fut violente et il ne recueillit que quelques centaines de voix dont plus de la moitié dans les deux villes de Chaumont et de Nogent.

Candidat malheureux aux élections cantonales de 1907, il avertit en mai 1908, en sa qualité de secrétaire de la section socialiste de Chaumont, les électeurs que "devant l’indifférence de la classe ouvrière chaumontaise à s’organiser en parti de classe" (Le Petit Champenois, 2 mai), les socialistes ne présenteraient aucun candidat aux élections municipales. En 1912, après l’échec de l’accord avec les radicaux, les socialistes pactisèrent avec les libéraux de droite. Au second tour, Morel figura avec sept autres socialistes sur cette liste d’union et fut battu. En 1914, il fut à nouveau candidat dans l’arrondissement de Chaumont, sans succès.

Après la Première Guerre mondiale, Morel reprit ses activités et, dès que l’Égalité socialiste put reparaître, y écrivit à nouveau. Au IIe congrès de l’Union des syndicats de la Haute-Marne (Joinville, 3 août 1919), il combattit la création d’un poste de permanent (voir Émile Mathieu). Secrétaire de la Bourse du Travail, au congrès de l’Union départementale des syndicats de la Haute-Marne (Saint-Dizier le 28 décembre 1919), Morel demanda qu’une protestation soit adressée au bureau confédéral au sujet du manque total d’organisation dans les tournées de propagande. Il présida, le 23 avril 1920, la conférence corporative organisée par les syndicats chaumontais avec le concours de la CGT et du secrétaire permanent de l’UD, Mathieu, et fit adopter un ordre du jour par lequel toutes les corporations chaumontaises décidaient de chômer le 1er Mai. Il signa en mars 1920 la protestation des travailleurs haut-marnais se solidarisant avec les cheminots grévistes. Comme secrétaire du syndicat des travailleurs de l’industrie gantière, il mena en mai 1920 une action décisive : sur les mille ouvriers de la ganterie de Chaumont, seuls douze commis aux écritures refusèrent de suivre leurs camarades qui se solidarisèrent avec les cheminots grévistes.

Secrétaire de la Fédération socialiste haut-marnaise en 1920, il présenta, le 1er février, un bilan positif de l’activité fédérale : le nombre des adhérents ayant sensiblement augmenté. À cette date, son mandat arrivant à expiration, il fut remplacé par le professeur Louis Mann, lui-même demeurant secrétaire adjoint.

Le 5 décembre 1920, la Fédération socialiste le désigna comme délégué suppléant au congrès de Tours. Morel se sépara alors d’Évrard et de Mann pour suivre Franconin, Guerrapin et la majorité de la fédération au Parti communiste. Près d’un an plus tard, le 4 octobre 1921, Morel déplorait l’inaction de la section communiste de Chaumont et réclamait sa réorganisation : on la lui accorda en mettant à la place du secrétaire Lacour, un militant plus actif : Gross.

Au congrès fédéral du 11 décembre 1921, Morel fut désigné comme secrétaire fédéral adjoint mais son passage au Parti communiste fut de courte durée et il semble que son ancien camarade Paul Évrard put, lors de la réorganisation de la section socialiste de Chaumont, le convaincre de réintégrer son ancien parti. C’est ce qui ressort de sa candidature aux élections municipales de mai 1925. En novembre 1927, Morel fut désigné comme secrétaire adjoint de la section chaumontaise du Parti socialiste SFIO.

Sur le plan municipal, Morel fut toujours candidat aux élections municipales. Sur la liste présentée par le Parti socialiste en 1919, il fut battu au premier tour, mais retenu avec cinq autres socialistes pour le second tour sur la liste de "concentration à gauche" et fut élu le 7 décembre avec 1 403 voix, dernier des socialistes. Le 5 mai 1925, les radicaux-socialistes du conseil sortant le maintinrent sur leur liste aux côtés de Billon, Évrard et Mann, mais il n’arriva que dernier élu avec 1 755 voix sur 2 663 votants. En mai 1929, il fut réélu, gagnant des voix (1 765 sur 3 023 votants).

En mai 1935, la section socialiste chaumontaise ranimée le désigna comme candidat aux élections municipales. Au deuxième tour, les radicaux-socialistes firent alliance avec les socialistes. Lucien Morel, gagna encore des voix (1 794 pour 3 021 votants). Il conserva son mandat jusqu’au 14 juin 1940. Par son action mordante aux séances du conseil municipal, il s’était fait une réputation de lutteur auprès de ses camarades gantiers.

C’est aussi beaucoup à Morel que l’on doit les conquêtes sociales dont s’enorgueillissaient les conseils municipaux sortants depuis 1919. Ce fut lui qui ne cessa de réclamer les "jardins populaires" et la crèche municipale ouverte au cours de l’été 1929.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123116, notice MOREL Lucien, Charles par Marcel Henriot et Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 5 septembre 2013.

Par Marcel Henriot et Justinien Raymond

ŒUVRE : Lucien Morel a collaboré de 1909 à 1912 à La Défense des travailleurs de Champagne, Troyes, organe fédéral de l’Aube, qui réservait une chronique à la fédération de la Haute-Marne. — À partir de 1912, il écrivit dans L’Égalité socialiste, hebdomadaire lancé par la fédération de la Haute-Marne.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13607. — Arch. Dép. Haute-Marne, 27 M 46, 35 M 4, 70 M 16, 230 M 4 et 11. — Le Petit Champenois, 1904-1912. — L’Égalité socialiste, 1914-1922. — Le Petit Haut-Marnais, 1925-1935. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 390-392. — Lettre du maire de Chaumont, 13 janvier 1976.

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