MORIN Ferdinand [MORIN Louis, dit Ferdinand]

Par Justinien Raymond

Né et mort à Tours (Indre-et-Loire) : 10 février 1876-8 février 1957 ; mouleur en métaux ; militant syndicaliste et socialiste, maire de Tours et député.

Fils d’un mouleur en sable, Ferdinand Morin quitta l’école primaire à l’âge de treize ans pour rejoindre son père et son frère à la fonderie Lebrun à Saint-Cyr-sur-Loire où il devint mouleur en métaux et où il travailla pendant vingt-cinq ans : il ne quitta son métier que pour aller siéger au Palais-Bourbon comme député d’Indre-et-Loire.

En 1896, il fonda, avec son frère le syndicat des mouleurs et devint administrateur de la Bourse du Travail, puis secrétaire de l’Union départementale des syndicats confédérés. Il fut délégué au VIIIe congrès de la CGT à Bourges en 1904, au Xe à Marseille en 1908 et au XIe à Toulouse en 1910. Candidat du syndicat des Métaux, il fut élu conseiller prud’homme en 1909 et siégea jusqu’en 1919.

Son activité fut aussi précoce et aussi suivie dans le mouvement socialiste. En 1892 il participa, à Tours, à la création de la Jeunesse socialiste. Il chercha toujours à rapprocher les tendances qui alors, en Indre-et-Loire comme ailleurs, se combattaient sans ménagement. Aussi, en 1905, il fut porté au secrétariat de la section unifiée de Tours, adhérente à la Fédération du Parti socialiste SFIO. En 1912, il fut un de ses élus au conseil municipal du chef-lieu d’Indre-et-Loire et, en 1913, sa Fédération le délégua au congrès national de Brest. Comme il participait aussi au mouvement coopératif, Ferdinand Morin apparut comme un bon candidat aux élections législatives de 1914, dans la 2e circonscription de Tours. Il adressa au corps électoral une profession de foi hardie, rappelant les objectifs révolutionnaires du socialisme et proposant dans l’immédiat, des réformes économiques, sociales et politiques. Il recueillit 4 250 voix sur 17 316 inscrits, devant Camille Chautemps, radical-socialiste (3 506) et Drake, candidat de droite (2 081). Au second tour, le 10 mai, Ferdinand Morin battit Drake par 7 611 suffrages contre 5 938, et entra au Palais-Bourbon pour y siéger jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il continua à militer durant la guerre, fut élu en 1919, conseiller général dans le canton de Tours-Sud et réélu conseiller municipal. Il participa aux congrès nationaux de la SFIO à Paris (1919), à Strasbourg (février 1920) et à Tours (décembre 1920) où, en qualité d’hôte, il ouvrit le congrès. Le 16 novembre 1919, il avait été réélu député d’Indre-et-Loire en tête de la liste des cinq candidats de la SFIO avec 20 822 voix. En vue du congrès de Tours il avait combattu l’idée de l’adhésion à la IIIe Internationale dans les conditions où elle était imposée (motion Longuet). La scission consommée, il demeura au sein de la SFIO et, fort de sa position, il fut le reconstructeur et l’animateur de la fédération départementale.De 1923 à 1926, il siégea à la CAP comme suppléant. Aux élections législatives de 1924, avec 42 464 voix sur 83 071 votants, il fut réélu avec toute la liste du Cartel des gauches menée par Camille Chautemps. L’année suivante il devint maire de Tours pour le rester jusqu’à sa révocation en 1942.

En 1928, Ferdinand Morin, député sortant, fut à nouveau candidat dans la 2e circonscription de Tours et recueillit, au 1er tour de scrutin, 7 600 voix sur 21 828 suffrages exprimés, en tête de tous les candidats. Bénéficiant du désistement du candidat radical (4 357), il fut réélu par 12 198 suffrages contre 6 653 au candidat de droite et 2 556 au communiste Hénault qui en avait eu d’abord 4 314. Actif au Parlement, intervenant dans toutes les discussions budgétaires, fort de ses mandats locaux, Ferdinand Morin fut plus aisément réélu en 1932 : 9 835 voix sur 26 755 inscrits le plaçaient nettement en tête et il l’emporta au ballottage par 12 297 suffrages contre 7 905 au candidat de droite, avec l’aide des voix radicales et la moitié des électeurs communistes du premier tour. En 1936, sa réélection, au premier tour de scrutin, prit l’allure d’un triomphe : sur 26 000 inscrits et 23 617 suffrages exprimés, il recueillit 12 348 voix devant Fleury, radical indépendant (7 295), Hénault, communiste (3 190) et deux candidats rassemblant 395 et 348 voix. Ferdinand Morin fut élu vice-président de la Chambre des députés en 1936 ; il fut réélu à cette fonction en 1940.

Ce furent les événements tragiques de 1940 qui interrompirent la carrière politique de cet homme du peuple devenu député. Le 10 juillet 1940, il vota pour l’octroi des pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Pour cet acte, il fut exclu du Parti socialiste rénové en son congrès de Paris (novembre 1944). Le pouvoir de Vichy l’avait dépossédé de tous ses mandats. Il retrouva la faveur du corps électoral de Tours qui le porta à nouveau au conseil municipal en 1953, car c’est bien l’homme qu’il avait été qui remportait ce succès plutôt que le Parti socialiste démocratique de Paul Faure sous l’étiquette duquel il s’était présenté.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123188, notice MORIN Ferdinand [MORIN Louis, dit Ferdinand] par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 31 janvier 2021.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires, t. VII, pp. 2520-2521. — Le congrès de Tours, édition critique, op. cit. — Le Réveil d’Indre-et-Loire (1918-1920). — Le Socialiste du Centre (1920-1924). — Le Réveil (1925-1940). — Le Monde, 8 février 1957. — Interview de Charles Ballon.

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