MOUGEOT Auguste

Par Colette Chambelland

Né le 4 octobre 1878 à Golbey (Vosges), mort le 20 juillet 1961 à Melay (Haute-Marne). Plâtrier-peintre en bâtiment, anarchiste, syndicaliste, communiste puis trotskyste proche de la Ligue communiste.

Dès son apprentissage, de boulanger d’abord, puis de plâtrier-peintre, Auguste Mougeot fréquenta le groupe anarchiste d’Épinal animé par le coiffeur Victor Loquier. Il devint très vite un propagandiste actif, diffusant les écrits anarchistes dans son milieu de travail, participant aux réunions et conférences. Soucieux de parfaire sa culture personnelle, il lisait beaucoup, mettant à profit, comme bon nombre de militants du Bâtiment, les loisirs forcés dus aux intempéries et aux hivers rudes des Vosges. Le 10 septembre 1905 il épousa à Golbey, où il travaillait comme plâtrier, Berthe Bidal (24 juillet 1881-6 janvier 1953) dont il aura deux enfants, Annie et Lucien (1912-1922). Berthe qui travaillait, depuis l’âge de onze ans dans une filature d’Épinal, partageait les idées de son mari et fut, pour lui, un soutien actif.

En 1906, il se présenta comme socialiste SFIO aux élections législatives dans l’arrondissement de Mirecourt, ce qui le sépara de certains amis anarchistes. Il s’orienta alors plus résolument vers l’action syndicale. La rareté du travail dans les Vosges (plus rare encore pour un militant) l’amena à s’installer, en novembre 1907, à Longwy, ville industrielle en expansion où la construction de logements était importante. Acquis au syndicalisme révolutionnaire, il devait faire la connaissance, lors d’un de ses voyages à Paris, du noyau de la Vie ouvrière et en diffusa la revue. Il participa au travail de rédaction et de diffusion de la Vrille, curieux journal polygraphié par Victor Loquier de 1910 à 1914. Son activité militante fut intense et traditionnelle. Très tôt, s’y ajouta, pour lui, dans cette région frontière, une aide au passage de militants, plus ou moins clandestins et la maison des Mougeot fut ainsi, dès cette époque, un lieu de rencontres internationales. Bon nombre de militants ont gardé le souvenir de cette aide efficace et de la chaleur de l’accueil d’Auguste et de Berthe qui acceptait les dangers et les sacrifices, mais aussi les espoirs de cette vie militante.

Le 26 mai 1913, Mougeot fut l’objet d’une perquisition à la suite de sa participation à la campagne contre la loi de trois ans. Il ne fut pas poursuivi, car on n’avait pu retenir contre lui que la possession d’un grand nombre de brochures révolutionnaires et anti-militaristes.

En 1914, il fut mobilisé dans l’artillerie. Ses luttes personnelles et ses carnets qu’il remit plus tard à Alfred Rosmer, font preuve de son désespoir devant cette faillite de l’internationalisme. Il fut proche du noyau de la Vie ouvrière puis du Comité pour la reprise des relations internationales, dont il voyait les responsables lors de ses permissions. Il était, en effet, amené à passer celles-ci à Paris car il ne pouvait aller à Longwy, dans la zone envahie et il souffrit de ne pas voir sa femme et ses enfants.

Après la guerre, acquis au soutien à la Russie révolutionnaire, membre du Comité de la IIIe Internationale, il reprit son travail à Longwy. Dans une ville en reconstruction, son travail professionnel était intense et son activité militante l’était tout autant. Il allia activité syndicale (il fut, en 1919, secrétaire du syndicat du Bâtiment de Longwy et passa à la CGTU) et action politique comme adhérent au Parti communiste. Il reçut beaucoup de militants étrangers et servit de passeur à nombre de militants (notamment Clara Zetkin qu’il conduisit dans sa voiture au congrès de Tours) et à ceux qui, par l’Allemagne, rejoignaient la Russie ou en revenaient.

Le 28 octobre 1922, son fils fut tué accidentellement par un autre enfant qui jouait avec un revolver. Mougeot sentit peser sur lui le poids des notables dans la façon dont cette affaire fut utilisée.

Le 8 juin 1925, il fut arrêté pour avoir placardé des affiches contre la guerre du Rif et fit six mois de prison à Nancy. Ses réflexions et lectures personnelles, ses contacts avec les nouveaux dirigeants locaux du PC, l’amenèrent à s’éloigner du Parti communiste et à énoncer les plus vives critiques sur l’évolution de l’URSS et sur les méthodes de travail dans le parti français.

Son action dans son milieu de travail continua et l’amena à maintenir les contacts avec les militants de base du PC, pensant que c’était indispensable pour ne pas se couper de la masse ouvrière.

Il défendit ce point de vue dans les groupes trotskystes dont il se rapprocha. Il signa "l’Appel aux ouvriers révolutionnaires" publié le 15 août 1929 dans le premier numéro de la Vérité. Il collabora à l’Étincelle de l’Est, organe régional de la Ligue communiste. Mais son action ne fut pas seulement régionale. Il correspondait régulièrement avec Trotsky, Sedov, les Rosmer, Frank, Naville. Il maintint ainsi des contacts entre des hommes éloignés par des divergences politiques. Par exemple, au moment de "l’affaire Molinier", il transmettait à Trotsky les lettres de Rosmer. Il essayait d’inciter les trotskystes à sortir de ces querelles, jugées trop parisiennes, et qui les éloignaient des ouvriers.

Il continua à jouer un rôle de passeur pour des clandestins, le plus souvent des réfugiés italiens fuyant le régime fasciste passant par la Belgique et le Luxembourg pour trouver du travail dans le bassin de Briey et, à partir de 1933, des réfugiés allemands.

Bon ouvrier, solide et apprécié, il rencontrait, du fait de ses activités militantes, de plus en plus de difficultés pour trouver du travail. La rareté du travail, la crainte de la guerre et de se retrouver dans une zone envahie l’amenèrent à s’installer en 1935 à Melay. Dans ce petit village de la Haute-Marne, il se tint à l’écart des grands mouvements, tout en maintenant de nombreux contacts épistolaires avec ses anciens camarades de Longwy et de Paris (Monatte, Rosmer, Martinet, Chambelland...), recevant des visites, allant à Paris.

La tragédie espagnole, le fascisme triomphant, la faillite, une nouvelle fois, de l’internationalisme le plongèrent dans un désespoir plus profond qu’en 1914, puisqu’aucun espoir révolutionnaire de voir disparaître le totalitarisme sanglant de Staline ne l’habitait.

La fin de sa vie fut assombrie par ce sentiment d’impuissance. Mais il garda des relations régulières avec ses vieux amis et portait une grande attention aux événements du passé, ayant plaisir, avant les atteintes de la maladie, à classer et à donner des documents de son activité militante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123315, notice MOUGEOT Auguste par Colette Chambelland, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Colette Chambelland

SOURCES : Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, 4 M 260, 4 M 275. — Archives Mougeot, déposées au Musée social. — Informations fournies par sa fille, Annie Vega, en 1976 et en 1989. — La Révolution prolétarienne, janvier 1962. — Défense de l’Homme, janvier 1962.

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