MUSMEAUX Arthur, Jean

Par Yves Le Maner

Né le 24 juin 1888 à Anor (Nord), mort le 5 juillet 1981 à Petite-Forêt (Nord) ; ouvrier métallurgiste ; secrétaire du syndicat régional CGTU des Métaux ; secrétaire de l’Union locale CGTU et du rayon communiste de Valenciennes ; député du Nord (1936-1940, 1945-1958 et 1962-1973).

Fils d’un cheminot de la Compagnie du Nord, Arthur Musmeaux obtint le Certificat d’études primaires et entra immédiatement dans la vie active. Il adhéra à l’âge de dix-sept ans au groupe des Jeunesses socialistes de Cattenières dans le Cambrésis (Nord). Ouvrier ajusteur aux usines Cail à Denain (Nord), il prit une part active aux luttes qui secouèrent cette ville ouvrière en 1906. L’année suivante, il s’installait à Petite-Forêt, près d’Anzin (Nord), commune où il se fixa définitivement. Mobilisé de 1914 à 1919, Croix de guerre, il fonda à son retour dans le Valenciennois, avec un groupe de camarades, la section syndicale des métallurgistes de Raismes qui regroupa rapidement près de mille deux cents membres.

Très tôt partisan de l’adhésion à la IIIe Internationale, Arthur Musmeaux entraîna l’ensemble de la section socialiste de Raismes au Parti communiste lors de la scission de janvier 1921 et il entra à la commission administrative de la Fédération communiste du Nord dès sa constitution (voir Clotaire Delourme). Son action militante lui valut de multiples brimades et sanctions exercées par le patronat de la métallurgie valenciennoise. Embauché à l’usine "Franco-Belge" en 1920, il y fonda une section syndicale CGTU, ce qui entraîna son licenciement. Après quelques mois de chômage, il trouva un emploi à l’usine "Escaut-et-Meuse" et devint immédiatement délégué d’atelier ; en 1924, il y fonda une cellule d’entreprise dont il fut le secrétaire avant de transmettre cette fonction à Louis Demoulin, mais il conserva le poste de trésorier jusqu’en 1935, alors qu’il n’était plus employé dans cette usine depuis plusieurs années. À nouveau congédié en 1927, il entra aux usines de La Chaléassière pour en être chassé l’année suivante. Il parvint à réintégrer la "Franco-Belge", mais seule la désignation comme permanent syndical en 1930 devait lui assurer la tranquillité professionnelle.

Secrétaire du rayon communiste de Valenciennes depuis sa création, membre du comité de la Région Nord-Pas-de-Calais, Arthur Musmeaux eut également à faire avec la justice à plusieurs reprises. Déjà inquiété lors de la campagne contre la guerre du Maroc en 1926, il fut condamné à six mois de prison pour avoir organisé le 1er mai 1930 une manifestation destinée à libérer plusieurs militants emprisonnés à Valenciennes. Pendant son incarcération, il se présenta, sans succès, aux élections cantonales partielles dans le canton de Condé-sur-l’Escaut. Se trouvant une nouvelle fois sans travail à sa sortie de prison, la direction de l’Union régionale unitaire décida alors de lui confier les fonctions de secrétaire général appointé du syndicat régional unitaire des Métaux de Valenciennes et la vallée de la Sambre. Ses nouvelles fonctions le contraignirent à céder le secrétariat du rayon de Valenciennes à son ami Edmond Cher qu’il épaula cependant au poste de secrétaire adjoint. Sa situation de permanent appointé ne le sortit cependant pas de la quasi-misère dans laquelle il vivait avec sa famille car l’Union régionale unitaire connut de graves problèmes financiers lorsque la crise économique provoqua l’effondrement des cotisations, et se trouva dans l’incapacité de rémunérer ses militants. Il continua néanmoins son action en organisant les comités de chômeurs et, en 1934, il succéda à Lucien Sevrez au secrétariat de l’Union locale CGTU de Valenciennes avec comme tâche essentielle la mise en pratique au niveau local du thème du "Front unique".

Cette nouvelle stratégie permit aux organisations communistes du Valenciennois de rétablir leurs effectifs qui s’étaient effondrés sous l’effet conjugué de la crise interne née de la tactique "classe contre classe" et de la vague de chômage liée à la crise économique. Ce redressement se traduisit notamment dans les résultats électoraux qu’enregistra alors Arthur Musmeaux. Ses premières candidatures furent sans résultats si l’on excepte son élection au conseil municipal de Petite-Forêt en 1930 à l’occasion d’une partielle ; il fut en effet battu aux cantonales de 1930 (voir plus haut) et de 1934, aux municipales de mai 1935 à Anzin, ainsi qu’aux législatives de 1932 dans la 2e circonscription de Valenciennes. Mais, en décembre 1935, il enlevait le siège de conseiller d’arrondissement du canton de Valenciennes-Est laissé vacant par l’élection du précédent titulaire au conseil général et, lors des élections législatives générales de 1936, il était élu député de la deuxième circonscription de Valenciennes ; il avait devancé au premier tour le député socialiste sortant, Ernest Couteaux, et bénéficié du report des voix de ce dernier pour l’emporter au second tour avec 14 665 voix sur 25 808 suffrages exprimés.

Malgré la lourde charge imposée par son mandat législatif, il ne négligea pas pour autant l’action syndicale. Nommé cosecrétaire (avec Audegond et Albert Gabet) du syndicat CGT des Métaux de Valenciennes à l’issue de la réunification de 1935, il siégea au bureau de l’Union départementale des syndicats du Nord de 1936 à mars 1939, date de l’éviction des ex-unitaires des instances dirigeantes de l’Union départementale.

Il approuva le Pacte germano-soviétique et fut arrêté le 8 octobre 1939. Inculpé de reconstitution de ligue dissoute pour avoir adhéré, avec quarante-deux de ses collègues, au Groupe ouvrier et paysan lors de l’interdiction du Parti communiste le 27 septembre 1939, il fut déchu de son mandat le 16 janvier 1940 après un vote du Parlement. Condamné le 3 avril à cinq ans de prison et à 5 000 F d’amende pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, il fut emprisonné à la Santé en compagnie d’Henri Martel qui allait partager son sort pendant quatre ans. Arthur Musmeaux fut ensuite transféré à l’île de Ré, puis à Tarbes, puis au Puy ; enfin, en mars 1941, il fut amené à la prison de Maison-Carrée à Alger où il fut libéré par le débarquement allié.

Rapatrié en France au début de l’année 1945, il reprit immédiatement son activité militante, mais se consacra dès lors uniquement à l’action politique. Membre du bureau de la Fédération Nord du PC en 1945 et 1946, il entreprit une seconde carrière parlementaire à laquelle il ne mit un terme qu’en 1973. Après avoir siégé aux deux Constituantes, il fut élu député de la 3e circonscription du Nord en 1946 et réélu en 1951 et 1956. Battu par le raz de marée gaulliste de 1958, il retrouva son mandat de député en 1962 (mais cette fois dans la 19e circonscription du Nord) et fut facilement réélu en 1967 et 1968. Arthur Musmeaux fut également conseiller général du canton de Valenciennes-Nord de 1955 à 1958, puis de 1961 à 1967. Doyen de l’Assemblée nationale depuis 1978, il décida, étant donné son âge (85 ans), de ne pas se représenter à l’occasion des législatives de 1973 ; sa fille, Lily Lefebvre (voir Lily Musmeaux), ancienne résistante, se présenta à sa place mais fut devancée par le candidat centriste, l’avocat Donnez, maire de Saint-Amand. En 1980, il était vice-président de l’Amicale des vétérans communistes.

Son épouse Juliette était décédé en 1965. Arthur Musmeaux avait deux filles Lily et Jeanne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123628, notice MUSMEAUX Arthur, Jean par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13129. — Arch. Dép. Nord, M 35/8, M 37/903, M 37/94, M 154/191, M 154/201B et M 595/69. — Cahiers du bolchevisme, 15 mai 1936. — L’Humanité-Dimanche, 13 décembre 1970. — Le Monde, 15 février 1973. — A. Pocquet, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974, op. cit. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires, op. cit. — Y.-M. Hilaire et coll., Atlas électoral Nord-Pas-de-Calais, op. cit. — J.-M. Fossier, Zone interdite, op. cit. — G. Lachapelle, Les élections législatives, op. cit. — G. Bourgeois, Thèse, op. cit. — RGASPI, 495 270 358.

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