NAEGELEN Marcel-Edmond

Par Gilles Morin, Justinien Raymond

Né le 17 janvier 1892 à Belfort (Territoire de Belfort), mort le 18 avril 1978 à Paris ; professeur d’École normale d’instituteurs ; député socialiste, adjoint au maire de Strasbourg, ministre de l’Éducation nationale, Gouverneur Général de l’Algérie ; écrivain.

Marcel-Edmond Naegelen
Marcel-Edmond Naegelen
Ministre de l’Education nationale en 1948

Fils d’un boulanger alsacien replié en terre française depuis 1871, Marcel-Edmond Naegelen était le quatrième enfant d’une famille qui en compta six (voir René Naegelen). Il fit des études secondaires au lycée de Belfort puis à l’École normale supérieure de Saint-Cloud d’où il sortit professeur de lettres. C’est en 1909 ou 1910, encore étudiant, qu’il donna son adhésion au Parti socialiste et appartint à la 18e section de la Seine, animée par Pierre Renaudel. Il tint sa première réunion publique à Boulogne-sur-Seine en avril 1914. Le jeune socialiste fut mobilisé comme sergent d’infanterie en août 1914, combattant notamment à Verdun où il fut blessé : il fut décoré de la Croix de guerre, de la Médaille militaire et de la Légion d’honneur. Arrivé comme soldat à Strasbourg en 1918 avec les troupes françaises, démobilisé en août 1919, il y demeura et fut nommé professeur de lettres à l’École normale d’instituteurs et commença une carrière politique sous l’égide du Parti socialiste SFIO.

Candidat une première fois aux élections législatives de 1924, il fut battu, arrivant en troisième position. Élu conseiller municipal de Strasbourg en 1925, il y siégea jusqu’à l’Occupation et fut adjoint au maire de 1925 à 1929, puis à compter de mai 1935. Élu depuis 1937, dans un canton de Strasbourg, il était conseiller général du Bas-Rhin. Candidat sans succès aux élections législatives de 1924, 1928 et il échoua encore en 1932 dans la 2e circonscription de Strasbourg avec 3 943 et 6 192 voix sur 18 512 inscrits, derrière le communiste dissident Jean-Pierre Mourer. En 1936, dans la même circonscription, il fut battu par le même Mourer : Naegelen avait rassemblé 3 175 et 4 633 voix sur 18 728 inscrits. En octobre 1937, il fut élu conseiller général dans un canton de Strasbourg battant très nettement le leader autonomiste Carl Roos. À cette époque, il présidait la Société des écrivains d’Alsace et de Lorraine.

Membre suppléant de la CAP en 1926, il en fut membre titulaire en 1927, 1928, 1934. Il fut à nouveau suppléant en 1936 sur la motion Paul Faure. Il avait été désigné comme vice-président du comité de la Fédération socialiste du Bas-Rhin au congrès du 26 avril 1931.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, au titre de maire adjoint de Strasbourg, il dirigea l’évacuation de la population strasbourgeoise en Dordogne, population sur laquelle il veilla durant toute l’Occupation, tout en prenant part à la Résistance au sein du mouvement Combat. En 1940, il participa à la rubrique littéraire du Mot d’Ordre fondé en zone Sud par LO Frossard, son frère René en étant le secrétaire général. À partir de 1942, il reçut et aida de nombreux jeunes Alsaciens ayant fui leur province pour échapper à l’incorporation dans la Wehrmacht. Son action durant la Seconde Guerre mondiale lui valut la Croix de guerre 1939-1945 et la médaille de la Résistance avec Rosette.

Membre du Comité directeur du Parti socialiste SFIO en 1944 et 1947, secrétaire de la commission du Travail en 1946 et 1948, il se rangea avec Jaquet, André Philip et André Le Troquer parmi les adversaires de l’unité organique avec le Parti communiste. Désigné à l’Assemblée consultative provisoire au titre de la résistance métropolitaine, il entra à Strasbourg peu après sa Libération. Réélu conseiller municipal, maire adjoint de la ville, de 1945 à 1947, et conseiller général, il fut élu député à la première Assemblée constituante le 21 octobre 1945 sur une liste d’Union démocratique et socialiste de la Résistance, avec 39 943 voix sur 421 371 inscrits. Il fut vice-président de la première Constituante. Le 31 décembre 1945 les députés l’avaient désigné à la présidence de la Haute cour de justice. Il n’y siégea qu’un mois. Il fut réélu à la deuxième Assemblée constituante le 2 juin 1946, par 37 772 voix sur 426 295 inscrits sur une liste SFIO puis fut élu à l’Assemblée nationale le 10 novembre 1946, par 28 260 suffrages sur 436 153 inscrits.

Choisi le 26 janvier 1946 par Félix Gouin comme ministre de l’Éducation nationale, il conserva ce poste dans les gouvernements de Georges Bidault, Léon Blum, Paul Ramadier et Robert Schuman jusqu’en février 1948. Parmi les principales réalisations de son long ministère, notons la réorganisation du Conseil supérieur de l’Éducation nationale, le reclassement des enseignants dans la hiérarchie des fonctionnaires, la création des séries techniques du baccalauréat, la réorganisation des écoles normales primaires mais aussi la réorganisation de la Comédie française et la réforme du Conservatoire national.

Il fut ensuite, jusqu’en 1951, député du Bas-Rhin à l’Assemblée nationale. Lorsque Vincent Auriol devint ministre d’État du général de Gaulle, M.-E. Naegelen lui succéda à la présidence du groupe parlementaire socialiste. Une expérience insolite l’attendait alors qui devait le marquer profondément. Pendant l’été 1947, le gouvernement avait fait voter au Parlement un nouveau statut pour l’Algérie qui, pour des raisons contraires, ne satisfaisait ni les socialistes, ni les conservateurs. Les adversaires du statut, tous les partisans de l’immobilisme, concentrèrent leurs attaques contre le gouverneur général en place, libéral et homme de dialogue, Yves Châtaigneau, considéré comme proche des socialistes. Un membre du gouvernement, député radical de Constantine, menaça de démissionner si Yves Châtaigneau n’était pas rappelé. Les socialistes crurent sortir de l’impasse en le remplaçant par un des leurs, M.-E. Naegelen. Un autre esprit allait inspirer la politique algérienne de la France. La mission était difficile au moment où des affrontements armés se déroulaient en Indochine et où la rébellion algérienne couvait. M.-E. Naegelen ne connaissait pas l’Algérie et rien ne le désignait pour cette tâche. Autoritaire de tempérament, animé d’un sourcilleux patriotisme d’homme des frontières, l’Alsacien qu’il était s’opposait à toutes tendances autonomistes. L’engagement de Naegelen a souvent été expliqué par l’assimilation qu’il aurait faite entre les nationalistes algériens et les autonomistes alsaciens. Édouard Depreux écrivit : "Marcel-Edmond Naegelen, jugeant aussi sévèrement l’autonomisme algérien que l’autonomisme alsacien coupable de connivences avec Hitler, voulut être le mainteneur d’une souveraineté française absolue". Après avoir tenté une politique d’apaisement en préparant la fusion des enseignements dispensés distinctement jusque-là aux enfants d’origine européenne et enfants d’origine indigène et en proposant, vainement, quelques améliorations au statut de 1947, il se laissa circonvenir par l’administration locale sensible aux sentiments et aux intérêts des colons, et il la couvrit quand elle eut organisé, lors des consultations de février 1951, une fraude si patente qu’elle le contraignit, dans les mois qui suivirent, à remettre sa démission.

Le 17 juin 1951, Naegelen retrouva un siège de député dans le département des Basses-Alpes. Désigné à la commission des Affaires étrangères, il représenta l’Assemblée nationale au sein de l’UNESCO Le 9 juin 1954, à la commission des Affaires étrangères, il approuva et vota le rapport de Jules Moch, hostile à la CED, ce qui lui valut d’être suspendu de toute délégation jusqu’à la fin de la législature par le Comité directeur du 24 juin 1954. Il fut un temps exclu de la SFIO avec seize autres parlementaires en janvier 1955 pour avoir refusé de ratifier les Accords de Paris.

À l’issue du septennat de Vincent Auriol, en décembre 1953, Naegelen fut candidat socialiste à sa succession, bénéficiant du retrait du candidat communiste Cachin. Il fut finalement battu au 13e tour par René Coty. En 1954, il refusa le poste de résident général au Maroc. Peu après le 6 février 1956, il participa à la fondation, avec Michel Debré et Pierre André, d’un Comité d’action pour l’unité française qui se proposait de lutter contre l’affaiblissement des positions françaises en Afrique du Nord. Ce comité regroupait surtout d’anciens opposants "nationalistes" à la CED. Peu après il était, avec Jacques Soustelle, un des fondateurs de l’Union pour le salut et le renouveau de l’Algérie française (USRAF). Le 17 octobre 1956 il fut rappelé à l’ordre par le Comité directeur de la SFIO pour sa participation aux manifestations du mouvement national des élus locaux qui organisait des parrainages métropole-Algérie sous le patronage de l’USRAF. Mais peu avant le congrès de Toulouse en 1957, il créa la surprise en se prononçant pour la motion de Gaston Defferre qui proposait des pré-négociations avec les nationalistes algériens.

Lors de la crise de mai 1958, il fut tout d’abord opposé au retour au pouvoir du général de Gaulle. mais il vota pour l’investiture lors de la réunion interne au groupe socialiste le 31 mai 1958 et le 1er juin à l’Assemblée.

Battu aux élections législatives de 1958 dans la 2e circonscription des Basses-Alpes, il se retira de l’action socialiste et de la vie politique. Fidèle à son choix de gouverneur, il s’opposa en 1962 au référendum sur l’autodétermination en Algérie qu’il qualifia de "véritable comédie" et de "vrai simulacre".

Marcel-Edmond Naegelen se consacra à la musique, à des activités littéraires et poétiques qui avaient toujours tenu une place secrète dans sa vie. En 1964, les poètes français lui décernèrent le prix de poésie Clovis-Hugues pour son poème L’Immortelle espérance. M.-E. Naegelen fut enterré religieusement à Maubourguet (Hautes-Pyrénées).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123669, notice NAEGELEN Marcel-Edmond par Gilles Morin, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 avril 2021.

Par Gilles Morin, Justinien Raymond

Marcel-Edmond Naegelen
Marcel-Edmond Naegelen
Ministre de l’Education nationale en 1948

ŒUVRE : Avant que meure le dernier, Plon, 1958. — Grandeur et servitude de la France,1956. — Une route plus large que longue,1965. — L’attente sous les armes ou la drôle de guerre, Martineau, 1970.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. OURS — G. Lachapelle, Les élections législatives de 1928,1932 et de 1936, op. cit. — R. Verdier, PS-PC, une lutte pour l’entente, Seghers, 330 p. — M. Sadoun, Les socialistes sous l’Occupation, 1982. — É. Depreux, Souvenirs d’un militant, op. cit. — Le Matin, 17 avril 1978. — Le Monde, 24 février 1956, 18 et 19 avril 1978.

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