NAVARRO Raymond, Victor [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 18 janvier 1894 à Alger (Algérie) ; un des principaux animateurs à Alger de la CGTU puis de la CGT réunifiée en 1935 ; communiste interné dans les camps du sud algérien jusqu’en 1943.

Parlant couramment arabe, né de la première génération d’immigration du travail en Algérie, devenu français donc, Raymond Navarro fait la jonction entre le syndicalisme révolutionnaire ou anarcho-syndicalisme qui est généralement un syndicalisme de métiers à la fois manuels et instruits, et l’organisation, sous direction communiste, -mais les cadres français ne pratiquent plus l’arabe-, de la CGT qui devient cependant la maison commune des syndiqués, nationalistes compris. Syndicaliste à la CGTU dès sa jeunesse dans les années 1920, avant d’être communiste ; il se manifeste dans les réunions du parti communiste au moment du creux difficile à partir de 1929 et jusqu’en 1934. Il participe au congrès des ouvriers arabes à Alger en janvier 1930 qui tout en mettant en première ligne, la lutte de classes, réclame l’indépendance comme en France, seule l’ENA (Etoile nord-africaine) encore dans la mouvance communiste. R. Navarro est présenté comme candidat communiste aux élections législatives de 1932 à Alger.

Ouvrier ébéniste qui est un métier d’art pour le bâtiment, R. Navarro prend pied dans les luttes syndicales menées par la CGTU implantée parmi les ateliers d’artisans français installés dans les quartiers populaires d’Alger (La Marine près du port, Bab-el-Oued). Alors que Boualem-Si Ahmed Belarbi* essaie de relancer entre 1928-1933, la Région communiste, R. Navarro se voue à la syndicalisation et entraîne dans les luttes, les ouvriers algériens sur le port, ces migrants bons à tout qui arrivent de l’intérieur : dockers à la tâche, manoeuvres du bâtiment, auxiliaires des compagnies de transports et des tramways. De 1928 à 1934, il est secrétaire de l’Union locale CGTU d’Alger. Il remplace Marcel Sastre* plusieurs fois arrêté mais plus modéré qui s’appuie sur les cheminots qui sont encore presque exclusivement français, à partir de janvier 1930, comme secrétaire de l’Union régionale de la CGTU d’Algérie ; il participe à la relance de la publication de La Lutte sociale. Il contribue à la création du syndicat des dockers du port d’Alger et reprend la syndicalisation des cheminots. En avril 1933, il se rend à Tiaret dans l’Ouest algérien pour y organiser des chômeurs. Il assiste au 7e congrès de la CGTU en septembre 1933.

C’est donc lui qui se trouve le principal animateur des manifestations qui répondent à la démonstration d’extrême droite à Paris du 6 février 1934. Il est à la tête de la manifestation appuyée par la grève des tramways du 12 février 1934 dans les rues d’Alger, qui déploie des drapeaux verts et blancs devant la Grande Poste, scande les mots d’ordre du pouvoir aux Soviets et se termine à Bab-el-Oued et autour de la Place du gouvernement sous les charges de police à la suite d’arrêts des trams qui ne voulaient pas se mettre en grève, et peut-être de bris de vitrines et d’étalages. Ce sont ces accusations de saccages et de pillages de magasins qui valent les condamnations qui vont suivre. Raymond Navarro est arrêté le 18 février et inculpé de « provocation au pillage » ; il est condamné à un an de prison et 100 F d’amende.

Après la réunification syndicale entre CGTU et CGT, il devient en janvier 1936, secrétaire adjoint de l’Union départementale CGT d’Alger. On ne sait rien sur son appartenance au PCA (Parti communiste algérien) qui prend la succession de la Région communiste en octobre 1936. Pendant la guerre sous le régime de Vichy, il est interné dans les camps jusqu’en 1943. Il est encore en janvier 1948, membre de la commission exécutive du bureau de l’Union départementale CGT de l’Algérois en mai 1950.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123759, notice NAVARRO Raymond, Victor [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 2 janvier 2014, dernière modification le 2 janvier 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat. Outre-mer, Aix en Provence, 9H49. — A. Moine, Déportation et résistance en Afrique du nord, Éditions sociales, Paris, 1972. — Interviews d’Amar Ouzegane et Nicolas Zannetacci par J-L. Planche, 1976-1977. — N. Benallègue-Chaouia, Algérie. Mouvement ouvrier et question nationale. 1919-1954, OPU, Alger, 2005. — Arch. Nat. Outre-mer, Aix-en-Provence, ALG 91 3 F/66, notes de Louis Botella.

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