NÉDÉLEC Louis, Gabriel [Seine-Maritime]

Par Jean-Jacques Doré

Né le 1er septembre 1898 à Plestin-les-Grèves (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), mort le 15 août 1991 à Harcourt (Eure) ; instituteur, conducteur de travaux, puis ingénieur ; syndicaliste CGT, puis Force Ouvrière, puis CGT, chez les employés municipaux du Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; socialiste, adjoint au maire du Havre (1965-1971).

Fils d’un sabotier, Louis Nédélec, venait d’être nommé instituteur après avoir suivi les cours de l’école normale lorsqu’il se porta volontaire pour la durée de la guerre à la mairie de Guingamp (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) le 28 novembre 1916. Versé dans un régiment d’artillerie à cheval, il fut nommé sous-lieutenant le 15 mai 1918. Décoré de la croix de guerre il fut cité à l’ordre de son régiment le 30 octobre 1918 avec la mention suivante : « Caractère généreux et modeste, a conduit sa section avec zèle et un dévouement remarquable au cours des combats de juin à octobre 1918. »

Démobilisé le 24 novembre 1919, il séjourna quelque temps à Saint-Servan près de Guingamp avant d’être embauché comme conducteur de travaux par la mairie du Havre.

Militant des jeunesses socialistes à Guingamp, le 28 décembre 1920, il participa à la création du CSR (Comité syndicaliste révolutionnaire) (d’après le commissaire spécial du Havre il "professait des idées très avancées"). Au lendemain du congrès confédéral de Lyon (septembre 1919), les minoritaires de la CGT, prônant l’adhésion à la IIIe Internationale, organisèrent les CSR dont l’objectif était de conquérir les directions des Unions, Fédérations et syndicats.

Il se maria le 8 septembre 1921 au Havre, avec Thérèse Nédélec (même nom de famille), née en 1890 au Havre, employée du service des Douanes. Ils eurent deux enfants, Gabriel et Yvon. Y avait-il cause à effet mais il ne figurait plus sur la liste des membres du CSR dressée en octobre 1921.

Militant du syndicat CGT des Municipaux du Havre, il fut l’un des principaux artisans, avec Léon Mulot, de l’adhésion à la CGTU le 5 février 1922 ; pourtant, le 15 décembre 1923, lorsque l’organisation se prononça pour un retour à la CGT, ce fut sans grande conviction qu’il suivit la quasi unanimité de ses camarades.

Au gré d’une carrière professionnelle brillante (conducteur de travaux puis ingénieur), il évolua vers des positions plus réformistes et fut élu secrétaire du syndicat qui comptait environ 250 militants à partir de 1927 ; il était assisté de Henri Dumont et Lucien Robin (secrétaires adjoints), de Henri Ducours (trésorier) de Jean-Marie Quéré (trésorier adjoint) et Raoul Garivet (archiviste).

Très dynamique et excellent orateur, Nédélec s’imposa rapidement comme le dirigeant d’envergure qui manquait à l’Union locale du Havre après le départ de Georges Cupillard. Adjoint de François Cluzeau, le secrétaire, en 1930 et 1931, il milita très tôt en faveur d’un rapprochement avec les unitaires et les autonomes et rejoignit le Comité des 22 pour l’unité syndicale, ce qui lui valu bien des remarques acerbes lors des réunions de la commission administrative de l’Union départementale. Louis Reine adressa à Jules Lapierre le courrier suivant, daté du 14 mars 1931 : "Au sujet de l’unité syndicale préconisée par le Comité des 22, nous avons en notre département quelques camarades qui se sont laissés gagner par ces diviseurs, entre autre le secrétaire adjoint de l’Union locale du Havre, Louis Nédélec qui est venu à Rouen prendre la parole dimanche dernier sous sa propre responsabilité, certes, mais étant donné sa qualité de membre de notre CA nous vous demandons quelle position nous pouvons prendre vis à vis de ce camarade sincère, nous en sommes convaincus, qui indispose bon nombre de syndiqués." La réponse de Lapierre le 17 éluda la question : "...Je comprend très bien ton appréciation sur Nédélec. Il parle en son nom personnel, dis-tu, mais n’empêche qu’il engage l’UL du Havre qui semble d’accord avec lui. Ce sont de bien regrettables incidents qui divisent l’organisation et par conséquent nous éloignent de l’unité."

Véritable porte-parole des travailleurs municipaux du département, il était invité à la tribune dans tous les meetings de fonctionnaires, notamment le 8 mars 1931 à Rouen, pour protester contre les répressions gouvernementales.

Il prit les rênes de L’Union locale confédérée en janvier 1932. À cette date, le rapport de forces s’établissait ainsi : UL confédérée 3 364 adhérents répartis en 23 syndicats, UL unitaire 385 adhérents pour 9 syndicats et UL autonome 3680 adhérents représentés par 6 syndicats.

Ami intime de Jean Le Gall, le secrétaire de l’Union locale autonome, il entretenait de bonnes relations avec Fernand Legagneux, le secrétaire de l’UL unitaire. Leur complémentarité trouva son expression lors de la manifestation du 12 février 1934 qui rassembla au Havre de 10 à 20 000 personnes (selon les sources) dont ils furent les organisateurs et les orateurs.
_Si en 1933 et 1934 Camille Bernard se vit confier le secrétariat de l’Union locale confédérée, c’était, de l’aveu de Nédélec, pour éviter les tensions avec Louis Reine et l’Union départementale, mais en 1935 il était à nouveau en première ligne (Nédélec secrétaire, Jules Damour secrétaire adjoint, René Forcade, trésorier et Henri Le Tallec, trésorier adjoint), pour négocier avec Le Gall et Le Marec la fusion des trois Unions. Elle fut réalisée le 15 janvier 1936 : le nouveau bureau était composé de Jean Le Gall ex autonome (secrétaire), René Forcade ex confédéré (secrétaire adjoint), Georges Gosselin ex unitaire (trésorier) et Robert Laplagne ex autonome (trésorier adjoint) ; il était assisté d’une commission exécutive de sept membres dont Nédélec fit partie jusqu’en 1939. La nouvelle Union locale confédérée du Havre comptait fin 1936 32 122 syndiqués.

Inamovible secrétaire des Employés municipaux jusqu’à la guerre, puis, de quelques années après la Libération à sa mise à la retraite, en 1963. Il fut élu membre de la Commission administrative de l’Union Départementale de Seine-Inférieure, lors le congrès de fusion de décembre 1935, et y siégea jusqu’en 1938.

Fin décembre 1947, il fut désigné comme responsable provisoire de l’Union départementale Force Ouvrière en voie de constitution dont le siège provisoire fut situé au 58 de la rue Bourdaloue au Havre, qui était son domicile personnel.

Il fut remplacé par René Molinier, de Rouen, qui devint le secrétaire général de cette U. D. lors de son congrès constitutif tenu le 7 mars 1948 à Rouen sous la présidence de Charles Veillon.

A la fin des années 50, il réintégra la CGT. Participant à des manifestations contre la guerre d’Algérie, il milita au PSU avec son épouse, Thérèse Nédélec. Après son départ en retraite et le décès de sa femme en 1963, il fut élu Adjoint au maire, chargé des travaux, sur la liste d’Union conduite par le Maire du Havre, René Cance, de 1965 à 1971.
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_Par ailleurs, il fut élu président de la section syndicale CGT des cadres et santé du Havre en mai 1960.

Il s’était remarié au Havre en janvier 1967 où il habitait 58 rue Bourdaloue depuis 1928.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123803, notice NÉDÉLEC Louis, Gabriel [Seine-Maritime] par Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 22 mars 2021, dernière modification le 1er novembre 2021.

Par Jean-Jacques Doré

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Inférieure, 10 MP 1410 Syndicats dissous avant 1936, 1410 bis syndicats dissous après 1936, Réunions de fonctionnaires 1920-1934, 4 MP 2886 Fiches individuelles de militants syndicaux, 1 MP 535 Manifestations politiques et syndicales,4 MP 57, 1 MP 570. — Arch. Mun. du Havre, cote 5Z620. — Arch. de l’UD CGT liasse CGT 1930-1935. — Arch. de l’UL CGT de Dieppe (1935-1939), fonds du séquestre, aux Arch. confédérales CGT à Montreuil, cote 1PA 6. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 1er janvier, 12 mars 1948. — Lucien Jayat, Tout ne finit pas avec nous, 1976. — Témoignages familiaux — Arch. Dép. Côtes-d’Armor État civil, Registre matricule militaire.

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