NICOD Léon

Par Jean Charles, Jean Maitron

Né le 19 octobre 1886 à Loray (Doubs), mort le 10 avril 1968 à Besançon (Doubs) ; employé municipal ; militant syndicaliste et communiste ; membre des Assemblées constituantes en 1945-1946, conseiller de la République en 1946-1948.

Issu d’une famille radicale, Léon Nicod adhéra au Parti socialiste SFIO en 1912. Il fonda alors à Pontarlier un syndicat des travailleurs du Bois. Pendant la guerre, il servit comme sous-officier dans l’infanterie. Après la fin des hostilités, il devint fondé de pouvoir d’une importante maison de commerce de bois à Pontarlier mais, toujours secrétaire du syndicat des travailleurs du Bois, il fut licencié en juillet 1919. Il s’installa alors à Besançon et travailla dans les services municipaux.

À la veille du congrès de Tours, la majorité du groupe socialiste bisontin se prononça pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Mais son passage à la SFIC fut bref : dès 1922, par vagues, la majorité des adhérents regagna la SFIO ou adhéra à l’Union socialiste-communiste. C’est dans ces conditions que Léon Nicod, alors militant de second plan, accéda dans le PC, auquel il était resté fidèle, à des responsabilités importantes : secrétaire temporaire de la région du Centre-Est en 1923, membre de son bureau jusqu’à la réorganisation des régions en 1936-1937 et, durant toutes ces années, secrétaire du rayon de Besançon dont il fut le principal animateur, surtout après le départ de Maurice Tréand. Il ne fut pas touché en 1932 par les dissidences de L. Renard, de L. Jacob et P. Rassinier. Il était en outre responsable de l’hebdomadaire régional du PC, le Semeur (1929-1930), devenu le Semeur ouvrier (1930-1932), puis le Semeur ouvrier et paysan à partir de juin 1932. Les articles vigoureux qu’il y écrivit valurent à ces journaux des amendes, les obligeant à changer fréquemment de titre.

Au Ve congrès national du PC (Lille, juin 1926), il était intervenu, avec l’impulsivité qui lui était naturelle, au nom de la région du Centre-Est : il signalait la solitude des militants régionaux, accablés de tâches, "sans avoir le réconfort des grandes manifestations où, de temps en temps, on peut se retremper moralement", critiquait la médiocrité des liaisons entre le centre et les régions et appelait à une rigoureuse séparation des tâches entre les générations communistes : aux anciens devaient revenir les tâches d’organisation ainsi qu’une partie du travail "anti » ; mais il refusait qu’on leur laisse le travail d’éducation "parce que ce serait inculquer aux jeunes ces tendances social-démocrates que vous reprochez aux autres".

Léon Nicod ne tenta pas de créer un syndicat CGTU parmi les employés municipaux de Besançon, mais milita si activement au sein du syndicat confédéré de cette corporation que, dès 1922, il en devint le secrétaire. À ce titre, il joua un rôle important dans une Union locale CGT largement dominée par les militants de l’Union socialiste-communiste, marginalisée nationalement mais demeurée fort vivace dans le Doubs. Dans cette UD assez singulière, Nicod était en quelque sorte le porte-parole des thèses unitaires. Mais son autorité parmi les travailleurs municipaux, il la tenait d’abord de son action revendicative : elle lui valut d’être quatre fois traduit devant le conseil de discipline.

En 1925, il constitua, au grand dam du secrétaire de l’UD-CGT, Adrien Jeannin , un groupe des "Amis de l’unité" (qui furent, on le sait, créés par le PC pour travailler dans les milieux confédérés et autonomes) auquel adhérèrent, outre son syndicat, quelques autres organisations confédérées et autonomes du Doubs. Cependant la confiance que le syndicat des Municipaux (1 500 timbres en 1925) accordait à son secrétaire était critique : ainsi il ne put décider le syndicat à participer à la conférence nationale d’unité, organisée en août 1925, parallèlement au IIIe congrès de la CGTU et, en 1927, il n’obtint qu’un mandat d’abstention sur le rapport moral de la CGT alors que Nicod avait jeté toutes ses forces pour le vote "contre".

À ce congrès confédéral de 1927 (au cours duquel Léon Nicod intervint pour mettre vigoureusement en accusation l’orientation d’une CGT qu’il accusait d’étroite collusion avec la SFIO), la majorité des syndicats du Doubs adopta la motion dite "Paris-État-rive droite" — motion à laquelle s’était ralliée la CGTU et qui préconisait la rentrée en bloc des unitaires dans la CGT. Mais cette majorité résultait de l’addition artificielle de deux analyses différentes. Les syndicats du Doubs, ralliés aux "Amis de l’unité", procédaient à une critique globale de l’action confédérale. Au contraire, la majorité départementale se reconnaissait dans les analyses qu’Adrien Jeannin défendit au congrès : mettre fin aux liens qu’entretenait la CGT avec la SFIO et même le parti radical, redonner, par la rentrée des unitaires, force et mordant à une CGT molle, baignant dans l’unanimisme, enfin mettre les communistes au pied du mur. Ces positions d’Adrien Jeannin, tout à la fois syndicaliste révolutionnaire, militant au Parti socialiste-communiste et hostile au Parti communiste étaient donc aux antipodes de celles que défendait le communiste Nicod.

La direction de l’UD du Doubs souhaitait très vivement se débarrasser de ces quelques syndicats proches de la CGTU et enkystés dans la CGT. Les conflits s’envenimèrent, dégénérant parfois en bagarres entre les différents courants présents dans la CGT du Doubs. En juin 1931, au cours d’une assemblée générale de la Maison des syndicats, Léon Nicod blessé et, rendu responsable de ces incidents, fut exclu de la CGT. Son syndicat des Municipaux se solidarisa avec lui et fut à son tour exclu de l’UL, exclusion qui ne fut pas ratifiée par les organismes confédéraux. Cependant, les Municipaux furent interdits des congrès de l’UD-CGT jusqu’à la réunification.

Léon Nicod participa, à de nombreuses reprises, aux compétitions électorales : élections municipales de Besançon en mai 1929 ; élections au conseil d’arrondissement dans le canton de Besançon-nord en octobre 1931 ; élections législatives en avril 1928 dans la deuxième circonscription de Besançon où il obtint 211 voix (1,6 %) sur 12 627 inscrits en mai 1932, cette fois dans la première circonscription il recueillit alors 656 voix (4,7 %) sur 13 811 inscrits et 344 au second tour (2,4 %) ; en avril 1936 enfin, il retrouva son score de 1932 en pourcentage (687 voix au premier tour sur 14 453 inscrits, soit 4,7 %).

Musicien, Léon Nicod fut un des fondateurs à Besançon de la Lyre ouvrière dont il était le trésorier en 1931. Il avait deux fils, dont l’un milita activement (voir Jean Nicod) et une fille. Après le départ en 1934, d’Henri Janin pour la région parisienne, la direction nominale de la région communiste du Centre-Est incomba à Marius Jacquemard , mais Léon Nicod en demeura l’âme, de même qu’il fut le principal animateur quand le PC se réorganisa dans les cadres départementaux du Doubs, en tant que secrétaire de la XXIIe arr. région (Doubs). Les effectifs avaient décuplé : 275 adhérents en 1935 et 2 575 en 1937, ventilés en 80 cellules dont 45 d’entreprises. Son activité syndicale demeurée forte puisqu’il devint membre du bureau de l’UD-CGT dès la réunification puis, en 1937, trésorier adjoint, fut néanmoins à nouveau éclipsée par ses responsabilités politiques.

Le 11 mars 1940, Léon Nicod fut arrêté puis transféré de prison en prison jusqu’en juin 1943, date à laquelle il fut condamné par le tribunal de Besançon à huit mois d’incarcération. Libéré, il passa alors sous le contrôle des autorités allemandes. À nouveau emprisonné, il fut envoyé à la forteresse de Sisteron. Il tenta de s’évader une première fois le 6 juin 1944 ; il réussit lors d’une seconde tentative, le 27 juillet et passa alors dans le maquis de Provence. À la Libération, il fut nommé au secrétariat de la Fédération communiste des Basses-Alpes et devint responsable du Patriote Bas-alpin.

Revenu à Besançon à la fin de septembre 1944, il s’employa à la reconstitution du PC. Membre du comité départemental de Libération, membre du bureau de la Fédération communiste du Doubs, il fut élu conseiller général du canton de Besançon-nord en septembre 1945 et le demeura jusqu’en 1951. Tête d’une liste communiste qui obtint aux élections générales du 21 octobre 1945 24 170 voix, soit 17,6 % des suffrages exprimés, il fut élu membre de la première Assemblée constituante. À celles du 2 juin 1946, il ne retrouva son siège que d’extrême justesse avec 16,2 % des suffrages exprimés. Après ces deux mandats aux Assemblées constituantes, il fut élu au Conseil de la République (décembre 1946-novembre 1948). Il fut, par ailleurs, conseiller municipal de Besançon de 1947 à 1959.

Accaparé par ces diverses charges électives, il laissa progressivement la direction fédérale effective du PCF à des militants plus jeunes, souvent formés dans la clandestinité, Denis Bideaux, Robert Charles , Mathilde Filloz, Louis Garnier. De 1953 à sa mort, il demeura néanmoins membre d’un comité fédéral où il jouissait de l’aura des pères fondateurs mais où son rôle effectif fut diminué par l’âge et une santé fragile.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123924, notice NICOD Léon par Jean Charles, Jean Maitron, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 septembre 2013.

Par Jean Charles, Jean Maitron

SOURCES : G. Lachapelle, Les élections législatives, op. cit. — Ve congrès du PCF, Lille, 20-26 juin 1926, compte rendu sténographique, pp. 144-150. — Compte rendu des débats du XXVe congrès national CGT, Paris, juillet 1927. — La Révolution prolétarienne, 15 septembre 1927. — Le Semeur, 1929-1930. — Le Semeur ouvrier, 28 février, 10 et 24 octobre, 28 novembre 1931. — Le Semeur ouvrier et paysan, 22 avril 1933. — La Tribune du Doubs, 30 avril 1937. — Le Monde, 13 avril 1968. — Souvenirs de Marius Jacquemard sur Léon Nicod, 5 p. manuscrites (fonds A. Vagneron). — Hommage à Léon Nicod, 22 mai 1971, 4 p. (édité par la Fédération du Doubs). — Ch. Billet, Le Parti communiste français dans le Doubs (1944-1947), Mémoire de Maîtrise, Besançon (s.d.).

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