NOLOT René [NOLOT Henri, René]

Par Eric Panthou

Né le 8 novembre 1907 à Paris (Xe arr.), mort le 25 novembre 1997 à Chanat-la-Mouteyre (Puy-de-Dôme) ; militaire de carrière ; chauffeur-mécanicien ; chef de station service ; membre du Parti communiste (PCF) ; Volontaire de l’Espagne Républicaine comme Commandant ; Secrétaire départemental de l’Amicale des Volontaires de l’Espagne Républicaine du Puy-de-Dôme en 1939 ; résistant.

Fils de Marie-Louise Rouchon, cristallière à Paris, René Rouchon eut une sœur jumelle qui décéda à l’âge de deux mois suite à un accident. Il fut reconnu fin décembre 1908 par Henri Nolot. En 1914, après le départ de son père à la guerre, il fut envoyé à Saint-Sauves (Puy-de-Dôme) pour être élevé par ses grands-parents maternelles, sa mère étant ouvrière chez Renault. Elle divorca bientôt et vint habiter Montferrand, commune de Clermont-Ferrand, tandis que René fut placé chez un fermier à Chadrat (Puy-de-Dôme) pour garder des vaches. Elle le fit ensuite revenir à Clermont-Ferrand pour lui faire apprendre le métier de pâtissier puis boulanger pendant 3 ans à Chamalières. Il vint ensuite travailler à Paris avant de partir au service militaire puis s’engagea pour trois ans. C’est là qu’il rencontra sa future épouse. Il se maria en 1929 à Villers-les-Moivrons (Meurthe-et-Moselle) avec Marguerite Drouville, il eut alors un premier fils et divorça en 1934.
Il repartit travailler à Clermont-Ferrand en 1936 comme chauffeur mécanicien de poids lourds. Au cours d’une discussion avec un cégétiste, on lui dit qu’avec son grade de sergent mitrailleur dans l’armée française il pourrait être très utile dans les Brigades internationales comme instructeur. Se déclarant communiste, il fut ainsi volontaire de l’Espagne Républicaine, partant le 27 décembre 1936 au 13 novembre 1938. Il s’est porté volontaire après en avoir discuté avec son ami Jacques Adut qui partit le même jour que lui pour rejoindre Perpignan puis l’Espagne. Il décrit ainsi son arrivée, en janvier 1937 au centre de formation, d’entraînement et d’instruction de la 14e BI à Villanueva de la Jara :" « Villanueva de la Jara ». Un petit patelin comme tant d’autres, à l’entrée une espèce de casemate, entourée de tas de sable, vestige du 18 juillet 1936. Je vois encore les habitants venant nous serrer la main et nous donner à boire. Nous descendons sur la place et immédiatement nous sommes dispersés dans chaque bâtiment. ".
Il appartint ensuite comme mitrailleur au bataillon "Commune-de-Paris" de la 11e Brigade internationale, sous les ordres de Marcel Saignier puis, comme capitaine, à la 14e et enfin, à la 129e. Il obtint le grade de Commandant
Il fut marqué par son premier combat dans le secteur de Jarama pour empêcher l’accès à la route d’Arganda aux troupes franquistes, du 10 au 14 février 1937. "Ce jour là, le Bataillon inscrivit une des ses plus belles pages d’histoire. Mais combien cher elle nous coûtait. Montés à 750 le 10, nous nous trouvions le 14 au soir à une trentaine sur la route de San Martin de la vega". Il fut blessé à la cuisse le 11 mars et repartit quelques jours plus tard au combat contre l’avis de certains de ses chefs qui exigeaient qu’il reste en convalescence. Il participa aux combats de La bataille de Caspe du 16 au 17 mars 1938 pendant l’offensive d’Aragon, du 13ème bataillon Henri Barbusse de la XIVe Brigade. C’est là qu’il reçut l’une de ses six blessures durant ces 23 mois d’engagement.
Le 8 octobre il fut désigné commandant du bataillon belge, unité formée de Belges et d’Espagnols venus d’autres brigades. Sur 600 hommes sous ses ordres, seuls 250 avaient une arme. Ils furent envoyés à Aranjuez (Communauté de Madrid). Là, il participa aux combats de la Cuesta de la Reina le 16 octobre 1937 qui l’ont beaucoup marqués par la perte de nombre de ses hommes. Il fut ensuite envoyé en Aragon en mars 1938 à la tête du 13ème Bataillon "Henri-Barbusse". La brigade aurait perdu les 3/4 de ses effectifs lors de cette bataille, en particulier le 26 mars au Rio Guadalope. Il fut blessé à cette occasion et évacué en bord de mer à Benicàssim (communauté de Valencia) puis puis au sud à Dénia (province d’Alicante). Il fut ensuite envoyé à Tarancon pour rejoindre son épouse . Lors de son hospitalisation, il s’opposa à ce qu’on l’ampute de la jambe. Il rejoignit son unité le 15 mai à Valencia. Là, il apprend qu’il a été désigné commandant depuis le 26 mars et qu’il doit prendre la tête d’un camp d’instruction, le "Campo Anibal" où 1500 recrues passèrent en moins de deux mois. Le 27 août, il reçut l’ordre de rejoindre Barcelone par avion mais c’est seulement le 5 octobre qu’il y parvint, par bateau. Là, il apprend que sur décision du gouvernement Negrin, les membres des Brigades internationales doivent rentrer dans leurs pays respectifs. Il fut marqué par l’adieu émouvant du peuple de Barcelone aux volontaires de l’Espagne républicaine le 12 novembre 1938.
C’est lors d’une hospitalisation qu’il fit connaissance d’une jeune fille infirmière, Riansares De los Rios qu’il épousa bientôt en Espagne. « ..je repartis à Tarancon afin d’unir mon existence à celle qui n’avait pas hésité à donner son sang pour me donner la vie » écrit-il dans un rapport rédigé alors et conservé aux archives russes. Ce rapport est un écrit d’une soixantaine de pages dactylographiées, qu’il a intitulé « 23 mois au service de l’Espagne Républicaine » où il voulait « écrire, sans partis pris, ce que j’ai vécu pendant mes deux années de luttes pour l’Espagne Républicaine ». Il conclut ce rapport dépourvu de toute analyse politique en rendant hommage à André Marty.
Lors de son retour en train avec un convoi de rapatrié, son portrait fit la Une du quotidien communiste Ce Soir, le 20 novembre 1938. Les 106 Français furent accueillis par André Marty à la Maison des Syndicats, avant de pouvoir rentrer chez eux. René Nolot ne rentra pas directement à Clermont-Ferrand car, comme il l’écrivit à Pierre Rebière peu après, il dut s’absenter pour régler sa situation familiale.
A Clermont-Ferrand après 15 jours d’attente, il retourna à Barcelone où son épouse le rejoignit par bateau.
A son retour à Clermont-Ferrand le 1er janvier 1939, constatant que la récente Amicale des Volontaires de l’Espagne Républicaine du Puy-de-Dôme était dirigée par des camarades jetant selon lui le discrédit sur l’association, à la fois par leur attitude qu’il jugeait "déplorable" en Espagne mais aussi l’utilisation à des fins personnelles des aides financières reçues ici, il prit l’initiative de convoquer une réunion de l’Amicale, le 13 janvier 1939. Il fut élu à l’unanimité Secrétaire et écrivit immédiatement à Pierre Rebière, à la direction nationale de l’Amicale des Volontaires de l’Espagne Républicaine, afin de signaler la situation grave dans le Puy-de-Dôme, en particulier pour dénoncer Louis Pecoul, l’ancien secrétaire de l’Amicale. Rebière lui répondit en lui apportant tout son soutien et en lui envoyant un billet de réduction pour financer son voyage au congrès national de l’AVER.
Il occupa plusieurs emplois à Clermont-Ferrand avant d’être embauché à la Coopérative Michelin comme chauffeur vers 1941. Son beau-père lui obtint une maison dans une cité Michelin où il s’installa avec ses trois enfants nés entre 1939 et 1941. En 1943, il fut contacter par la Résistance et on le mit en contact avec le capitaine Martin qui n’était autre que son beau-père. Avec quelques camarades, il fut charger de relayer des renseignements au colonel Prince, Robert Huguet, sur les mouvements de troupe, le passage d’avions. Ils travaillaient en relation avec la gendarmerie et le capitaine Fontfreyde, avec la mairie, la Poste et le commissariat. Alerté d’une descente de police à la Plaine, il décida de prendre une chambre en ville et changea souvent de domicile. Il a appartenu vraisemblablement dans le réseau Gallia.
Après la Libération de Clermont-Ferrand, il fut affecté comme chauffeur à la Présidence de la République, souvent en mission à l’étranger. Son épouse demanda le divorce. Il vécut dès lors avec Germaine, Victorine Legroux et se maria avec elle en 1970 à Vincennes (Val-de-Marne). En 1948, il fut embauché comme chef de chantier à Bourg-La Reine (aujourd’hui Hauts-de-Seine) puis fut chef d’une station service à Paris en 1966 jusqu’à sa retraite en 1972. Il vint ensuite s’installer en Auvergne à partir de 1976 pour finir sa vie à Combronde (Puy-de-Dôme) après le décès de son épouse en 1988.
Dans le témoignage oral d’une vingtaine de minutes retraçant sa vie pour ses petits-enfants, il ne fit aucune allusion à ses engagements politiques d’avant-guerre, engagements avec lesquels il aurait rompu dès l’après-guerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article124130, notice NOLOT René [NOLOT Henri, René] par Eric Panthou, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 avril 2021.

Par Eric Panthou

SOURCES : Arch. AVER.— Fiche individuelle de René Nolot à l’Amicale des Volontaires de l’Espagne Républicaine, archives privées Henri Verde, section CGT Michelin, Clermont-Ferrand .— Fiche régionale n°4101 de René Nolot à l’Amicale des Volontaires de l’Espagne Républicaine, archives privées Henri Verde, section CGT Michelin, Clermont-Ferrand.— Lettre de René Nolot à Rebière, Amicale des Volontaires de l’Espagne Républicaine, 17 janvier 1939, archives privées Henri Verde, section CGT Michelin, Clermont-Ferrand.— Lettre de Rebière à René Nolot, le 20 janvier 1939, archives privées Henri Verde, section CGT Michelin, Clermont-Ferrand.— SHD Vincennes, dossier GR 28 P 4 78 / 719 (non consulté).— RGASPI (BDIC, Mfm 880/43).— « 23 mois au service de l’Espagne Républicaine », Rapport Nolot : RGASPI F.545 Op. 3 D.394 (consultable en ligne) .— http://brigadesinternationales.fr/wiki/Villanueva_de_la_Jara .— Jacques Billiet, "391 Volontaires Retour d’Espagne sont arrivés ce matin", Ce Soir, 20 novembre 1938.—Filae.com.— Témoignage de son petit-fils, Jean-Philippe Nolot, recueilli le 4 septembre 2018 .— Courriels de Ramon Chicharro (ACER) à l’auteur, 11 septembre et 1er octobre 2018 .— Enregistrement d’un témoignage de René Nolot. — État civil Paris.

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