PAGEOT Auguste, Henri, Marie

Par Claude Geslin, Gilles Morin

Né et mort à Nantes : 22 juillet 1884-19 novembre 1962. Contrôleur des postes ; maire (1935-1940) et conseiller général (1937-1940) de Nantes, député socialiste (1936-1940).

Fils d’un douanier et d’une lingère, ancien élève de l’école primaire supérieure de Nantes puis de l’école professionnelle, Auguste Pageot fit toute sa carrière dans les PTT à Nantes où il acquit le grade de contrôleur des PTT. Il avait été mobilisé durant la Grande guerre. Administrateur de l’Union des coopérateurs de Loire-Inférieure, adhérent au syndicat CGT des Postes, il adhéra au Parti socialiste en 1904 et milita aux côtés de Charles Brunellière dont il devint l’ami et le confident. Il évolua constamment dans les milieux dirigeants de la Fédération socialiste SFIO de Loire-Inférieure. Il fut trésorier de la Fédération (en remplacement de Laporte), de 1921 à 1937 et très souvent délégué au conseil national SFIO. Il fut aussi secrétaire de la section socialiste de Nantes en 1928-1929. Chargé à plusieurs reprises du journal officiel de la fédération, le Travailleur de l’Ouest, il fut désigné en novembre 1926, lors d’un congrès extraordinaire de la fédération “comme administrateur de la fédération au sein du conseil d’administration du Travailleur de l’Ouest et comme délégué de la fédération à la commission de rédaction”. Il signait d’ailleurs de très nombreux éditoriaux et publia plusieurs enquêtes sur la “grande misère des PTT” (1921), la “grande détresse des paludiers” (1931), la “suppression des maisons closes” (1931). Il était par ailleurs un Franc-Maçon actif depuis l’âge de 20 ans, ayant organisé de nombreuses conférences durant l’entre-deux-guerres. Selon le Service des sociétés secrètes, il avait atteint le 33e grade et avait été vénérable, affilié à la Grande Loge de France.

Pageot représenta le Parti socialiste SFIO dans de multiples élections : élections municipales en novembre 1919, au conseil d’arrondissement dans le 2e canton de Nantes en 1928 et 1934, au conseil général, à Nantes, toujours, dans le 3e canton en 1922, dans le 6e en 1923 et en 1925 dans le 2e enfin où il fut élu conseiller général en juillet 1935, et réélu en octobre 1937 au premier tour. Candidat au conseil municipal de Nantes dès 1912, il fut élu en 1919 puis régulièrement réélu par la suite en 1925 et 1929, il fut nommé adjoint au maire pendant quelque temps. Le 13 mai 1935, il devint maire de Nantes, après avoir été désigné par la commission exécutive de la section nantaise pour occuper cette fonction.
Propagandiste infatigable lors des élections législatives de 1914 à Nantes, aux côtés de Svob et de Brunellière, il fut lui-même candidat en 1924 dans la 1re circonscription de la Loire-Inférieure et en 1936 dans la 1re circonscription de Nantes. Il fut élu député au 2e tour en 1936. En décembre de cette même année, il intervint à la Chambre sur le budget des PTT et, en 1940, il était membre de la commission parlementaire de la marine marchande et du Conseil supérieur de la Marine marchande. Il reçu aussi la Médaille d’or des Assurances sociales. Comme député-maire de Nantes, il présida la deuxième séance du congrès socialiste tenu dans sa ville, le 27 mai 1939.

Pageot prit sa retraite des PTT le 1er juin 1940. Le 19 juin, la ville de Nantes fut occupée par l’armée allemande et Pageot fut désigné comme otage avec ses 16 collègues. Il demeura en fonction à la tête de la municipalité. Autorisé à quitter Nantes la veille, Pageot se trouvait à Vichy pour le vote du 10 juillet 1940, où il vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Après avoir protesté contre une amende infligée par l’armée allemande à la ville, et avoir participé à une manifestation individuelle devant le monument aux morts de 1870-1871 profané par les troupes d’occupation, il fut arrêté le 10 octobre 1940 et traduit devant le conseil de guerre avec comme inculpation “Attitude contraire aux intérêts de l’armée allemande” ou selon un document de Vichy, une attitude “rendant impossible toute collaboration entre la municipalité et les autorités d’Occupation” (note de juillet 1942). Emprisonné par l’occupant durant soixante-quinze jours, relâché, il démissionna aussitôt de la mairie le 21 décembre et reçut l’ordre de quitter la zone occupée et fut expulsé sans jugement en zone libre, comme le maire SFIO de Saint-Nazaire, François Blancho* et deux autres parlementaires socialistes, Eugène Le Roux* et Maurice Thiefaine*. Il se rendit alors à Vichy, où il donna des papiers à L’Effort de Paul Rives*, puis s’installa à Nice. Dignitaire de la Grande Loge de France, il fut démissionné d’office de son mandat de conseiller général le 16 octobre 1941. Il entra dans les Alpes-Maritimes en contact avec Franc-Tireur, puis adhéra ensuite à Libération-Sud en 1942. Il diffusa des journaux clandestins, participa au lancement de L’Aurore et aida des persécutés. Mais cette activité était ignorée en dehors de Nice après la Libération.

Après la Libération, Pageot, comme l’immense majorité des parlementaires ayant voté les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940 fut exclu de la SFIO par le congrès extraordinaire de novembre 1944. Le Comité départemental de la Libération de la Loire-Atlantique, consulté sur son avenir politique par le Jury d’honneur présidé par René Cassin, émis le 19 avril 1945 l’avis suivant : « Le CDL de la Loire-Inférieure estime que, si M. Pageot a participé à la Résistance, les faits qu’il rapporte sont néanmoins insuffisant pour faire oublier son attitude au moment de la prise de pouvoir de Pétain. En conséquence, le CDL confirme son avis du 7 décembre 1944, formulé après audition de l’intéressé et maintenant la non-éligibilité de M. Auguste Pageot ». Pageot recueillit à la suite de cet échec de nombreuses attestations de sa résistance dans le midi, confirmées par des rapports des Renseignements généraux.

Le Jury d’honneur, en accord avec le Comité départemental de la Libération, refusa le 6 juillet 1945 de le relever de l’inéligibilité qui le frappait après son vote accordant les pouvoirs constituant au gouvernement nommé par le maréchal Pétain : « Considérant que si M. Pageot invoque à l’appui de sa demande certains contacts et certaines activités, les faits invoqués ne présentent pas le caractère d’une participation suffisamment active à la résistance, eu égard à l’attitude antérieure de l’intéressé et notamment à sa participation au journal collaborateur l’Effort ». (J.O. du 20 juillet 1945). En fait, Pageot collabora au journal l’Effort jusqu’en février 1941.

Pageot obtint un poste important dans les services du ravitaillement général en Loire-Inférieure. Il tenta d’animer une section du PSD de Paul Faure à Nantes. Sans succès, il se consacra alors à la littérature.

Il mit à profit sa retraite pour donner libre cours à des recherches d’histoire locale. Conférencier apprécié, il fut jusqu’à son décès, l’un des plus actifs animateurs de la Société académique de Nantes et de Loire-Atlantique. Il rejoignit la fédération de la Loire-Inférieure du Parti socialiste démocratique en 1951 et souscrivit à La République libre de 1951 à 1960.

Marié, il était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article124604, notice PAGEOT Auguste, Henri, Marie par Claude Geslin, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 13 juillet 2015.

Par Claude Geslin, Gilles Morin

ÉCRITS : Pageot a écrit de nombreux livres sur l’histoire de Nantes et de la Loire-Inférieure, dont Évocation du pays nantais, aux portes du large, 1946, 25 8 p. ; Nos rues nantaises, vivants témoignages du Passé, Imprimerie du commerce, Nantes, 1952, 208 p. ; Les amiraux Barrin de la Galissonnière et Louis Turpin, J. Peyronnet et Compagnie Éditeurs, Paris, 1950, 94 p.

SOURCES : Arch. Nat., Z6/1917, scellé 329, Z/6/292 bis, 3275, pièces 1715, témoignage ; F/1a/3635 ; dossiers du Jury d’honneur ; 20050137/9. — Arch. Dép. Loire-Atlantique, 1 M 113, 1 M 2638. — Arch. de l’OURS, lettre maire de Nantes, 12 janvier 1982. — Le Travailleur de l’Ouest, 1921-1940. — Le Coopérateur, 1924. — La Tribune républicaine et socialiste, 1921-1925. — La Bretagne communiste, 1923. — Jacques Bonhomme, 1935. — État civil. — N. Castagnez, Les Paul-Fauristes après la Libération, MM Paris IV, 1987.

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