PANTIGNY André, Paul

Par Yves Le Maner

Né le 3 juin 1900 à Oignies (Pas-de-Calais) ; mort en déportation le 4 décembre 1944 à Gross-Rosen (Rogosnica, Pologne occupée). Instituteur ; secrétaire de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais ; conseiller d’arrondissement du canton de Carvin. Fondateur des Comités d’action socialiste dans le Nord de la France.

La dernière photographie connue d’André Pantigny, prise en 1939, nous offre l’image d’un homme ordinaire : visage ovale, lunettes rondes, tempes dégarnies, cheveux bruns plaqués en arrière. Or cette apparence banale cachait une puissante personnalité, un courage physique et moral hors du commun qui s’exprimèrent dans l’action politique puis dans la lutte contre le nazisme.

André Pantigny était né dans une famille entièrement acquise aux idées socialistes. Son père, Fernand (né le 4 avril 1864), porion aux mines d’Ostricourt après avoir suivi les cours de l’école des mines de Douai, fut renvoyé pour son activité syndicale et dut se reconvertir comme représentant de la Société générale de dynamite. En 1912, Fernand Pantigny fut le seul élu du Parti socialiste SFIO aux municipales, à Oignies. Il devint maire de cette commune en 1919 à la tête de la liste socialiste, mais mourut en cours de mandat, le 20 juillet 1922.

André Pantigny avait entrepris une brillante scolarité à l’école communale d’Oignies et achevé une première année au collège d’Arras lorsqu’éclata la guerre. Pendant quatre ans, la vie à Oignies fut dramatique : le front éventrait le bassin minier à quelques kilomètres de là. Déjà de santé fragile, Pantigny souffrit des privations alimentaires et contracta la fièvre typhoïde en 1915. Alité pendant près de deux ans, il échappa de peu à la mort, mais sa croissance fut entravée et il souffrit dès lors d’une semi-surdité. La tourmente passée, l’un de ses oncles, qui était ingénieur, le prépara au brevet élémentaire qu’il obtint en 1919. Devenu instituteur à La Bassée (Nord), il effectua son service militaire à Metz puis à Mayence avant de reprendre son poste. Il exerça ensuite à Wahagnies, puis dans le bassin minier du Pas-de-Calais à Libercourt et à Dourges. Son retour dans le Pas-de-Calais coïncida avec la concrétisation sur le terrain des scissions de la SFIO et de la CGT. Déjà surveillé pour ses antécédents socialistes familiaux au cours de son service militaire, André Pantigny engagea à partir de 1922 une intense action politique et syndicale. Il fut notamment l’un des premiers enseignants du Pas-de-Calais à adhérer à la CGT. Mais c’est surtout au socialisme qu’il consacra l’essentiel de ses efforts.

La Fédération du Pas-de-Calais, étroitement liée au syndicat des mineurs, sortait de la scission avec des troupes nombreuses mais avec une direction vieillie. Pantigny appartenait à une deuxième génération de militants qui vint à la SFIO sans être passée par le moule du syndicat d’où était issue la vieille garde des « leaders historiques » du Pas-de-Calais : Charles Ferrand, Alfred Maës, Émile Basly et Henri Cadot. Le noyau de jeunes militants comprenait, outre Pantigny, Maurice Piquet, Just Évrard et Marcel Bidoux, qui fut par la suite directeur administratif du Populaire. Dès la fin de 1922, la Fédération des Jeunesses socialistes était réorganisée et Pantigny en devenait le conférencier attitré grâce à de remarquables dons d’orateur et de polémiste. Remarqué par ses aînés, il entrait au comité cantonal SFIO de Carvin et, dès la fin de 1923, devint délégué à la propagande de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, aux côtés de R. Évrard. Il mena dès lors de front son métier d’enseignant, son rôle de conférencier, d’animateur des sections locales des communes, ainsi qu’une importante contribution de publiciste dans les colonnes de l’Éclaireur et, plus tard, de la Voix populaire. Ses activités politiques lui laissaient peu de place pour une vie de famille : il se maria néanmoins en 1927 avec une institutrice, Marguerite Christophe.

Délégué au congrès national du Parti SFIO à Marseille en 1925, puis au congrès international de Bruxelles en 1928, André Pantigny ne cessait d’accroître son influence au sein des instances fédérales du Pas-de-Calais. La querelle de génération, formule facile qui recouvrait une opposition idéologique et stratégique, latente depuis plusieurs années, éclata en 1928 à l’occasion de la redistribution des responsabilités qui suivit la mort de Basly. André Pantigny devint secrétaire adjoint de la Fédération du Pas-de-Calais avec à ses côtés, au sein de la commission exécutive, une équipe de jeunes militants de la tendance Paul Faure (Piquet, Masselin) qui ne tarda pas à écarter Raoul Évrard et les dirigeants du syndicat des mineurs, laissant cependant ces derniers représenter le parti aux consultations électorales. Dès 1929, Pantigny était, de facto, secrétaire fédéral. Le journal de la Fédération, l’Éclaireur, devint plus agressif grâce à la plume du secrétaire fédéral qui en signait l’éditorial hebdomadaire. Un congrès tenu à Arras le 11 janvier 1930 entérinait la désignation de Pantigny à la place de Raoul Évrard, Edmond Vignon étant trésorier et Masselin secrétaire adjoint. André Pantigny devait conserver ce poste jusqu’à la guerre, faisant de sa Fédération l’une des plus dynamiques. Conscient de la nécessité d’assurer le rajeunissement de l’encadrement, il soutint le développement de la Fédération des Jeunesses que dirigeait B. Chochoy, et assura la coordination entre les deux groupements en animant personnellement un comité mixte d’action.

Mais les longues nuits de veille, les déplacements par tous les temps pour tenir des réunions, minaient sa santé. En 1931, un début de tuberculose le contraignit à interrompre ses activités pour suivre un traitement en Haute-Savoie. A peine convalescent, il revint dans le Pas-de-Calais au bout de trois mois pour mener la campagne législative de Raoul Évrard dans la circonscription de Carvin-Hénin-Liétard. En 1934, il multiplia les conférences antifascistes.

Homme de terrain, Pantigny ne négligeait pas pour autant les débats idéologiques internes qui agitaient alors la SFIO. Antiparticipationniste, il avait considéré le départ de Renaudel et de ses partisans à l’issue du congrès d’Avignon (1933) comme un élément « clarifiant ». Toujours fidèle à Paul Faure, il entretenait de solides liens d’amitié avec Augustin Laurent qu’il connaissait depuis l’enfance, Léon Blum et J.-B. Lebas. Très hostile aux communistes, André Pantigny défendit avec véhémence la motion Lebas, hostile à l’unité d’action avec le PC, lors du congrès fédéral tenu à Lens le 8 juin 1935. Il joua cependant scrupuleusement le jeu de l’union lors de la campagne électorale de 1936.

Cette année-là lui apporta une série de satisfactions profondes avec la visite, le 11 octobre, de Léon Blum dans le bassin minier, visite qu’il avait organisée avec Just Évrard. Un meeting de plus de cent cinquante mille personnes eut lieu à Lens. Pour faire face à la montée subite des effectifs de la Fédération, il dut se résoudre à abandonner l’enseignement pour se consacrer à plein temps à ses tâches de secrétaire fédéral. Sa totale modestie lui fit refuser la candidature à la CAP de la SFIO que souhaitaient ses amis nordistes ; de même, il intervint rarement dans les congrès nationaux, à l’exception du débat de politique générale à Mulhouse (1935) et, plus tard, en 1938, à Royan pour combattre, au nom de sa fédération, la motion Pivert. André Pantigny n’aimait guère les concessions. Ceci explique qu’il se soit rarement présenté aux élections. Candidat malheureux aux municipales de 1929 à Oignies, puis de 1935 à Carvin-Libercourt, il fut par contre élu conseiller d’arrondissement de Carvin aux élections de 1937, succédant à François Autem, adjoint au maire de Dourges, qui ne se représentait pas.

Dès le début de l’année 1937, l’entente avec les communistes s’effrita dans le Pas-de-Calais, notamment en raison de la fulgurante percée de ces derniers au sein du syndicat réunifié des mineurs.

De 1936 à 1939, ses fonctions de secrétaire fédéral amenèrent Pantigny à coordonner l’aide à l’Espagne républicaine dans le Pas-de-Calais. En janvier 1939, il mena, avec J. Évrard, un convoi de cinq camions de vivres et de médicaments jusqu’à Barcelone. Après avoir passé quelques jours sur le front, ils rejoignirent Barcelone où on leur confia une partie des archives de la Généralité de Catalogne ainsi que les familles de plusieurs dirigeants républicains pour les conduire en sécurité en France (Le Populaire, 27 janvier 1939). A son retour dans le Pas-de-Calais, André Pantigny se chargea, en liaison avec des municipalités socialistes, de l’accueil de deux cents familles de réfugiés espagnols et de l’adoption de plusieurs dizaines d’orphelins.

La déclaration de guerre le surprit alors qu’il prenait quelques jours de vacances à Lugrin (Haute-Savoie). Revenu immédiatement dans le Pas-de-Calais, il fut mobilisé à Arras, mais réformé aussitôt en raison de sa demi-surdité. Soucieux de se rendre utile, André Pantigny reprit un poste d’instituteur, à Hénin-Liétard, de septembre 1939 à février 1940. Cependant, il avait demandé, et finalement obtenu que l’on cassât son arrêt de révision. Il rejoignit son corps à Rouen, le 15 mai 1940, en pleine débâcle.

Au moment où il fut démobilisé (7 août 1940), il se trouvait à Mézin (Lot-et-Garonne). A bicyclette, il regagna Lugrin (Haute-Savoie) où son ami Henri Nortier (mort en déportation à Mauthausen, Autriche) tenait un hôtel. Ce périple fut émaillé de multiples crochets afin de rétablir des contacts avec plusieurs dirigeants socialistes : André Pantigny rencontra ainsi Pierre Courtin, secrétaire de la section socialiste d’Hénin-Liétard à Clairvivre (Dordogne), Marx Dormoy à Montluçon. Le 19 octobre 1940, il était de retour à Hénin-Liétard. Aussitôt, il entreprit de joindre les responsables locaux, désemparés après quatre mois d’occupation, ponctués de perquisitions et de menaces diverses. Pantigny rapportait avec lui des directives précises fournies par les dirigeants rencontrés en zone Sud. Déjà, ce qui restait de la SFIO s’organisait dans le Nord avec A. Laurent, V. Provo, Van Walput (alias Bosman) à Lille. En rapport étroit avec ces hommes, Pantigny structura les premiers noyaux de résistance socialiste avec J. Boulinguez à Douai, E. Wéry et A. Leroy à Bruay, F. Lobbedey à Arras ; H. Henneguelle à Boulogne tentait d’organiser les militants de la zone littorale. Cependant, dans les premiers mois de 1941, la résistance socialiste ne se distinguait guère du mouvement « Voix du Nord ». Dans la région d’Hénin-Liétard, André Pantigny, aidé de R. Troy, de P. Courtin, de C. Delabre, diffusait les publications clandestines de cette organisation. Mais, pour beaucoup de militants, la nécessité d’une structure autonome, animée par les seuls socialistes, se faisait sentir. Une réunion importante eut lieu en septembre 1941 dans ce but dans la vallée de la Meuse, en Belgique, avec des militants français (Pantigny, J. Évrard, A. Laurent, A. Van Walput, V. Provo) et belges. Les Comités d’action socialiste en naquirent, du moins dans leur forme structurée.

Pantigny, qui évoluait dans une semi-clandestinité, lançait à la fin de 1941 une feuille clandestine, Socialisme et Liberté, tout en poursuivant sa collaboration à la IVe  République. En février 1941, il avait effectué un premier voyage à Lyon pour établir une liaison avec les organisations de la zone libre et notamment avec Suzanne Buisson du groupe de Vincent Auriol et Robert Lacoste. Sur place, dans le bassin minier, l’action d’André Pantigny ne cessait de se diversifier. Il assurait la collecte des renseignements destinés aux alliés dans les cantons de Carvin, Lens-est et Vimy. A partir de 1942, il organisait, avec R. Troy une série de sabotages (lignes électriques notamment). Membre de la direction de « Voix du Nord » pour le Pas-de-Calais, Pantigny rejoignit naturellement le mouvement Libération-Nord, animé par les socialistes, dès sa constitution dans les premiers mois de 1943 et en devint le chef départemental pour le Pas-de-Calais. Déjà recherché par la police, il avait plongé dans une totale clandestinité, utilisant de multiples noms de couverture et de faux papiers que lui fournissait Marcel Dubus, rédacteur à la mairie d’Hénin-Liétard. L’étau se resserra rapidement à la fin du mois de juin 1943. Le 1er juillet, un émissaire venu de Lyon informait sa femme qu’André Pantigny figurait parmi les résistants mentionnés dans les documents saisis lors de l’arrestation de Jean Moulin. Malgré une lettre de sa femme qui le suppliait de quitter la région, Pantigny revint à Hénin-Liétard le 8 juillet.

Le 12, il se rendit à Lille pour rencontrer Albert Inghels, Arthur Tytgat et Jean Piat. Le même jour, en compagnie de son vieil ami Camille Delabre et d’un autre militant, il partit pour la gare de Tourcoing afin de récupérer des valises de tracts arrivant de Lyon. C’est là qu’ils furent tous les trois arrêtés par deux policiers français qui pensaient mettre la main sur des trafiquants du marché noir, chargés de lourdes valises. Amenés au commissariat, ils furent très rapidement livrés à la Gestapo. Les trois hommes furent incarcérés à la Centrale de Loos-lès-Lille et mis au secret. La femme de Pantigny, qui avait été détenue elle aussi (13-26 juillet 1943) ne fut autorisée à le revoir qu’une seule fois, le 9 mars 1944. Il avait été atrocement torturé. Le 27 mai 1944, toujours en compagnie de C. Delabre, André Pantigny fut déporté en Allemagne. Ils furent d’abord détenus à Gross-Strehlitz, en compagnie de l’historien belge Léon Halkin, puis transférés à Gross-Rosen (Haute-Silésie), le 30 octobre. Là, les deux amis furent séparés. Son organisme déjà affaibli par la torture ne put résister au froid et au travail forcé. Atteint d’une pneumonie, il fut conduit à l’infirmerie du camp le 14 novembre et il mourut le 4 décembre 1944. Son corps fut incinéré et ses cendres dispersées. André Pantigny fut élu conseiller municipal d’Oignies en 1945, son avis de décès n’étant alors pas encore parvenu en France.

De son vivant, Pantigny avait été décoré de la Médaille de la Résistance par la gouvernement d’Alger. Fait maire honoraire d’Oignies en mai 1945, il obtint à titre posthume la Légion d’honneur. Un monument à sa mémoire a été inauguré le 23 septembre 1951 au cimetière de sa ville natale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article124770, notice PANTIGNY André, Paul par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 octobre 2020.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13084. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 5221. — L’Espoir, 20 avril 1945. — L’Éclaireur, année 1930. — Fernand Pantigny, André Pantigny, militant et résistant (1900-1944), Arras, 1964, 48 p. — J. Michel, Émile Basly, M. M. , Lille III, 1972. — M. Rousseau, « La répression dans le Nord de 1940 à 1944 », Revue du Nord, n° 203, octobre-décembre 1969. — Entretien avec Camille Delabre, maire de Courrières,1978. — Lettre de Fernand Pantigny.

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