PERINETTI Raymond [PERINETTI Remo ou Rémy, Giovanni ou Jean, dit Raymond, dit Andral]

Par Pierre Broué, Gil Emprin

Né le 22 octobre 1911 à Caravino (Italie), mort le 26 décembre 1990 ; peintre en bâtiment ; militant des Jeunesses communistes, de la CGTU puis de la CGT ; communiste, colonel FFI ; maire de Grenoble (Isère) en 1948.

Raymond Perinetti à la tête du 1er régiment du Rhône entrant dans Lyon libéré
Raymond Perinetti à la tête du 1er régiment du Rhône entrant dans Lyon libéré

Raymond Perinetti naquit dans une famille d’ouvriers du Val-d’Aoste (Italie). Son père, blessé en 1917 dans l’armée italienne, mort en 1922 des suites de ses blessures, avait milité avant sa mobilisation dans les rangs du Parti socialiste italien et approuvé en 1919 son adhésion à la IIIe Internationale. En 1924, la famille Perinetti — le jeune Remo avait six oncles, tous maçons — émigrée depuis plusieurs années, s’installa à Grenoble (Isère).

Raymond Perinetti obtint son Certificat d’études primaires à l’âge de onze ans et entra en apprentissage chez un artisan peintre. À partir de 1926, il suivit les cours du soir de l’école d’art industriel de la rue Lesdiguières. Il adhéra en 1927 aux Jeunesses communistes et à la CGTU. En 1930, il devint secrétaire du syndicat des peintres affilié à la Fédération unitaire du Bâtiment : avec deux cents adhérents, ce syndicat était l’un des plus solides de cette Fédération sur le plan local.

Membre du Parti communiste depuis 1932, Raymond Perinetti milita surtout au cours des années trente dans les Jeunesses et les organisations sportives. Secrétaire de la commission régionale des Jeunes de la CGTU et, après la réunification syndicale, secrétaire régional de la FSGT, il devint en même temps secrétaire régional du syndicat CGT des peintres en bâtiment. En 1934, il passa au Parti communiste. Dans toutes ces activités, il utilisa longtemps le pseudonyme de Raymond, ou A. Raymond, dont il devait faire ultérieurement son prénom, précaution nécessaire tant qu’il n’avait pas obtenu sa naturalisation, ce qui fut fait le 6 avril 1938.

En 1935, il devint membre du bureau régional du Parti communiste, et en 1938, secrétaire adjoint de la XIe région du Bâtiment de la CGT. Il joua un rôle important dans les grèves du Bâtiment en 1936 et les négociations qui s’ensuivirent. En 1938, il fit partie du comité de grève pendant la dure grève du Bâtiment qui dura quarante-cinq jours entraînant plus de dix mille travailleurs : il fut l’un des six signataires du protocole d’accord qui y mit fin. Pendant cette période, il collaborait régulièrement au Travailleur alpin sous les pseudonymes d’A. Raymond, ou Andral.

Lors de l’assassinat de Georges Sandra->#], secrétaire général de l’UD-CGT en décembre 1938 et de son remplacement à la tête de l’UD par Gaston Charreton, secrétaire de l’Union locale de Voiron (Isère), Raymond Perinetti fut appelé à remplacer ce dernier à ce poste très important. Il participa en août 1939 au comité régional semi-clandestin qui organisa la diffusion d’un tract, « La vérité aux Français », sur le Pacte germano-soviétique, à la fin du mois, mais ne fut pas touché par les arrestations des dirigeants de la région et de la section de Grenoble. Avec Paul Billat, puis André Dufour, il s’attela à la reconstruction du Parti communiste dans la clandestinité. La police le soupçonnait d’assurer la liaison avec le Comité central clandestin et saisit, le 9 novembre, le prétexte de sa venue, avec d’autres militants connus, dans un café où se trouvaient les dirigeants communistes de la CGT pour les arrêter tous et les inculper de « tentative de reconstitution d’un parti adhérant à la IIIe Internationale ». D’abord interné à la prison Saint-Joseph, il fut transféré à la justice militaire et incarcéré à la prison Saint-Paul à Lyon. Une décision de son parti lui ayant été communiquée d’avoir à se protéger au maximum du fait de sa naturalisation récente, il nia en bloc devant le tribunal toutes les accusations, et, ses dires ayant été corroborés par ses camarades, le procureur renonça le 27 août 1940 à l’accusation contre lui. Il fut libéré le même jour.

Raymond Perinetti revint alors dans la région grenobloise et reprit le travail clandestin que dirigeait désormais l’ancien métallo d’Ugine, Alfred Martin. Il ne put trouver de travail ni à Grenoble ni à Voiron et venait d’être embauché sur le chantier du preventorium d’Autrans (Isère) quand il fut arrêté, le 30 novembre 1940, et interné à Fort-Barraux. Il y fut désigné par ses codétenus communistes comme leur responsable et réussit à organiser une liaison régulière avec les dirigeants régionaux. Mais les militants les plus redoutables, Raymond Perinetti et plusieurs autres, furent transférés en octobre 1941 au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). Un décret l’ayant déchu de la nationalité française, il fut transféré au camp du Vernet (Ariège), avec les « étrangers », dont de nombreux anciens combattants des Brigades internationales. Il y fut soumis à une surveillance très stricte, n’étant jamais envoyé au travail en dehors des limites du camp. Il réussit pourtant à s’évader en solitaire le 12 février 1943, parvint à rejoindre Toulouse où il pensait pouvoir « reprendre le contact », mais n’échappa que de peu à l’arrestation par la Gestapo. Il revint alors dans la région grenobloise et se réfugia à Malleval, sur la bordure du Vercors. Il n’y resta qu’un mois et demi, le temps d’y organiser, avec son vieux camarade Paul Billat et le jeune Lambert, le premier maquis FTP de l’Isère.

En avril 1943, la délégation du Comité central en zone sud l’affecta à Saint-Étienne au commandement militaire des FTP de la Loire dont il fut l’un des principaux organisateurs. En juillet, il fut nommé commandant interrégions, pour la Loire, le Rhône, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme. Le 9 novembre, il dirigea personnellement l’opération contre la prison Bellevue de Saint-Étienne qui aboutit à l’évasion de trente-deux détenus politiques. Au mois de décembre, il fut appelé à l’état-major des FTP de la zone sud,responsable du recrutement et des maquis et, à partir de cette date, représenta les FTP au comité du Front national jusqu’au 15 mai 1944, où vingt de ses vingt-trois membres furent arrêtés par la Gestapo. Raymond Perinetti fut l’un des trois rescapés et rejoignit alors le maquis d’Aergues, dans les monts du Lyonnais avant de prendre le commandement du camp du Chamelet sous le pseudonyme de commandant Brun. Quelques jours avant la libération de Lyon, dans les derniers jours d’août, il fut appelé à remplacer le colonel Lepetit (André Tourné), blessé, et pénétra à Lyon à la tête du 1er régiment du Rhône des FTP en qualité de colonel. En septembre 1944, il participa, présenté comme « colonel Perinetti », à la conférence régionale du Parti communiste de l’Isère à Grenoble. Intégré ultérieurement à la 1re armée française avec le grade de capitaine de réserve, il fut affecté d’abord à l’armée des Alpes, puis à l’occupation en Autriche où il établit le contact avec le Parti communiste autrichien. Il n’obtint une démobilisation qu’il réclamait avec insistance depuis l’armistice qu’à la fin de 1945 et revint aussitôt à Grenoble.

D’abord secrétaire fédéral chargé des questions d’organisation, Raymond Perinetti devint rapidement secrétaire fédéral. En 1948, il fut élu conseiller municipal de Grenoble. Au lendemain des violents incidents qui marquèrent une manifestation du RPF au cours de laquelle fut tué l’ancien FTP Voitrin, le maire ayant démissionné, Raymond Perinetti fut élu maire de Grenoble. Il ne le demeura que peu de temps, le conseil municipal ayant été dissous et de nouvelles élections, au cours desquelles le PC progressa, ayant abouti à l’élection du leader socialiste, le docteur Martin, par une coalition étendue à droite. Perinetti participa à la fondation du mouvement des Combattants de la paix dans l’Isère et fut élu membre du Bureau national de ce mouvement lors de son 1er congrès.

Le Comité central, réuni à Saint-Denis, critiqua, au début de 1950, la direction fédérale pour ce qu’il appela « ses conceptions étroites de direction substituées aux règles normales du centralisme démocratique ». La conférence fédérale de mars remplaça Raymond Perinetti au secrétariat fédéral par Gaston Gamond. Il demeura membre du bureau fédéral, mais cessa d’être employé comme permanent du Parti communiste. Faute d’avoir trouvé un employeur, il s’installa comme artisan à Seyssinet (Isère). De 1953 à 1969 au moins, Raymond Perinetti siégea au bureau fédéral de l’Isère. En 1961, il avait suivi une école centrale d’un mois du PCF puis, en 1968, de quatre mois. En 1961, il était membre de la Fédération des officiers de réserve républicains, du bureau départemental de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance et du comité de section de Grenoble.

Secrétaire départemental du Mouvement de la paix de 1955 à 1969 au moins, il siégea également au comité national en 1963 puis au bureau national en 1966.

Il continua à militer dans les rangs des Combattants de la paix et fut élu secrétaire, non permanent, de son conseil mondial siégeant à Helsinki. En cette qualité, il participa à des délégations dans de nombreux pays. Il continua à représenter son parti dans les compétitions électorales et fut candidat du Parti communiste en mars 1973 dans la 4e circonscription de Grenoble pour les élections législatives.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article125567, notice PERINETTI Raymond [PERINETTI Remo ou Rémy, Giovanni ou Jean, dit Raymond, dit Andral] par Pierre Broué, Gil Emprin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 6 mars 2020.

Par Pierre Broué, Gil Emprin

Raymond Perinetti à la tête du 1er régiment du Rhône entrant dans Lyon libéré
Raymond Perinetti à la tête du 1er régiment du Rhône entrant dans Lyon libéré
Perinetti élu maire de Grenoble
Perinetti élu maire de Grenoble
Perinetti pendant un discours
Perinetti pendant un discours
Toutes les photos viennent du fonds Raymond Perinetti

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 52 M 119. — Le Travailleur alpin, 1934-1938 et 1944-1950, passim, 3 juin 1951. — La Voix du Peuple, 1938-1939, passim. — P. Champion, Biographies de militants communistes, TER Grenoble, 1973. - Arch. comité national du PCF. - Notes de Julien Lucchini. — Notes et photos fournies par Martine Peters, fille de Raymond Perinetti

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