PERNIN Jean [Saint-Ouen]

Par Robert Kosmann, Claude Pennetier

Né le 7 janvier 1850 au Creusot (Saône-et-Loire), mort en octobre 1925 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), forgeron chez Schneider (1863-1871) puis à Saint-Ouen chez Farcot ; participant à la Commune du Creusot, militant blanquiste, premier maire « ouvrier et socialiste » de France à Saint-Ouen en 1887, puis de 1889 à 1891.

Tombe en 2020.

Fils de François Pernin, forgeron, 24 ans, et de (prénom inconnu) Deliaud, 18 ans, Jean Pernin fut élève forgeron chez Schneider en 1863 puis ouvrier forgeron à l’usine du Creusot jusqu’à l’âge de vingt ans. Il fut incorporé dans un régiment qui refusa de marcher contre la Commune du Creusot animée par Jean Baptiste Dumay, Jean Pernin participa ensuite à cette dernière. La direction de son usine refusa de le reprendre dans ses ateliers ce qui le contraignit à quitter Le Creusot. Venu s’établir à Saint-Ouen en 1871, Pernin travailla chez Voisin, chez Gouin, puis Farcot. Pernin participa à la campagne en faveur de l’amnistie des condamnés de la Commune et s’affilia aux groupes blanquistes. L’industriel Eugène Farcot forma une liste pour les municipales de 1878, Pernin consentit à y figurer et fut élu. Au conseil, il s’opposa à son patron et démissionna en 1881. Il fut réélu conseiller en 1884 jusqu’en 1898, mais le Conseil fut invalidé, le 2 avril 1887, pour avoir protesté contre la dissolution du conseil municipal de Marseille qui avait glorifié le souvenir de la Commune de Paris. Le maire, Léonce Basset (blanquiste également à cette époque), fut démis de ses fonctions à l’occasion de la distribution des prix aux écoles jugée « contraire à la morale ». Les livres incriminés traitaient « des femmes et la révolution », des chansons d’Eugène Pottier et des traités de médecine.
Jean Pernin fut désigné maire à sa place le 3 novembre 1887 et devint le premier maire « ouvrier et socialiste de France ». Il rendit son fauteuil à Léonce Basset, le 19 mai 1888. Il fut reconduit à cette fonction le 11 mai 1889 jusqu’au 5 septembre 1891. Jean Pernin fut révoqué, la même année, avec l’ensemble du Conseil municipal qui avait protesté contre le massacre de Fourmies. Le Conseil fut dissous par le préfet, les électeurs audoniens soutinrent la municipalité sortante et la même liste blanquiste fut réélue intégralement ; Jean Pernin laissa sa place de maire à Claude Guinot, ouvrier tourneur mécanicien et blanquiste comme lui. En 1893, Jean Pernin fut candidat aux élections législatives au premier tour et se désista au second pour Albert Walter, socialiste révolutionnaire qui fut élu.
]La politique des socialistes révolutionnaires à Saint-Ouen était radicale, une majorité appartenait au Comité Central Révolutionnaire (CRC) dirigée par Edouard Vaillant, dirigeant de la Commune de Paris et membre de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). Les membres du Conseil municipal votaient le soutien aux grèves ouvrières locales et nationales (Decazeville et Vierzon en 1886). Ils furent les promoteurs d’une crèche, se préoccupaient de la santé des populations. Un bureau de bienfaisance fut créé qui distribua, dans cette époque de « Grande dépression » : lait, vêtements et chaussures aux indigents. Des cantines municipales « Fourneaux économiques » furent créées ainsi qu’une pharmacie municipale. A la suite d’un vœu du conseil en mai 1887 : le commissaire de police fut sommé de quitter les locaux de la mairie « en effet il est scandaleux que dans une commune comme Saint-Ouen où la population est essentiellement socialiste, les citoyens qui pour une cause quelconque sont appelés à la Mairie, soient obligés de se coudoyer avec la bande à Vidocq. »
Jean Pernin pendant son mandat au Conseil municipal vota pour l’exclusion de l’enseignement religieux à l’école, contre l’armée de métier et contre l’implantation d’un commissariat de police. En tant que maire, très anticlérical, il publia un arrêté municipal interdisant au curé de sonner les cloches « vu l’état du clocher qui risque de s’effondrer ». Il rétablit l’égalité des salaires des emplois municipaux pour les enseignants sur le principe « À travail égal, salaire égal », directeurs d’école, instituteurs, hommes et femmes touchèrent alors le même salaire. Il fit ouvrir un hospice municipal, deux crèches municipales ainsi que des garderies, classes d’études et de vacances. Des cantonniers furent embauchés en grand nombre, ils travaillaient 8 heures par jour, élisaient annuellement leurs chefs de travaux, suppression des contremaîtres, toutes les fonctions devaient être électives. Les fêtes révolutionnaires étaient célébrées, le drapeau rouge flottait sur la mairie à l’occasion des victoires électorales. Ce drapeau était interdit, les ouvriers blanquistes se battaient avec la police au moment des obsèques de l’un des leurs pour lever leur emblème et la préfecture reprit Jean Pernin qui avait couvert la place de la mairie dans cette couleur. Le maire répondit que le préfet « avait confondu des drapeaux avec de simples oriflammes, quant au drapeau national il était bien présent même si la partie bleue et blanche avait été roulée. ». Surtout Jean Pernin créa, en 1890, la première bibliothèque municipale « composée de façon que chacun y trouve une aide au développement de ses aptitudes intellectuelles et professionnelles et que tous y puisent avec la conscience et la qualité d’homme, le désir d’une vie moins pénible, le moyen de faire cesser un état de choses qui réduit la plus grande partie de l’humanité au rôle de machine. »
Sur un plan personnel, Jean Pernin fut marié en 1872 avec une couturière, Marguerite Ménager, ils eurent trois enfants dont un seul, François survécut. Elle décéda en 1879. Lors d’un second mariage, en 1881, avec Caroline, employée ils eurent cinq enfants : Louis, Brutus, Emilie, Jeanne et Suzanne.
Devenu paralytique vers 1900 Jean Pernin ne put continuer à militer, mais il regroupait encore des militants autour de lui et refusa l’unité avec le groupe socialiste de Louis Dain. Il mourut en octobre 1925 et fut inhumé le 20 à Saint-Ouen, un article du journal l’Humanité lui rendit hommage. Sa sépulture mentionna simplement son nom, ses dates, son titre de maire et fut ornée de deux drapeaux rouges entrecroisés pour lesquels il s’était battu toute sa vie durant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article125581, notice PERNIN Jean [Saint-Ouen] par Robert Kosmann, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 9 janvier 2022.

Par Robert Kosmann, Claude Pennetier

Tombe de Jean Pernin avant 1996
Avant 1996
Tombe en 2020.

SOURCES : Archives communales de Saint-Ouen. , — Kernoa Catherine , Saint Ouen, du village à la ville industrielle (1830-1914), maîtrise d’Histoire contemporaine, Paris I, sous dir. Mrs M. Agulhon et A. Corbin, septembre 1990. — Kernoa Catherine, Bulletin du Centre d’Histoire de la France contemporaine , n° 13, 1992, Université Paris X Nanterre.. — Le courrier socialiste, 24 octobre 1925. — B. Épin, J. Lefort, Chez nous à Saint-Ouen, Temps actuels, 1982. – L’Humanité, 20 novembre 1925, « Un vieux militant disparaît. —Brunet Jean-Paul, Saint-Denis la ville rouge 1890-1939, Hachette, 1980. —Dommanget Maurice, Histoire du drapeau rouge,ed. Le mot et le reste, 2006. – Vidéo : « La Tombe rouge » Emission Aléas, avril 1998, FR3, réalisation Jean Luc Blanchet.

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