PEYROTTE Élie, Louis, dit Louis [Parfois PEYROTTES]

Par Jean Sagnes et Gilles Pichavant

Né le 21 juin 1876 à Gaja-la-Selve (Aude), mort le le 6 février 1944 à Béziers (Hérault) ; facteur du télégraphe, gardien de bureau aux PTT, entreposeur aux PTT ; Membre fondateur du syndicat national des sous-agents des Postes (1905), révoqué en 1909, syndicaliste CGT puis CGTU ; socialiste avant 1914, à Narbonne (1907), puis à Béziers (1910-1916) ; conseiller municipal de Narbonne (1907).

Né le 21 juin 1876 à Gaja-la-Selve (Aude), fils d’un courrier-convoyeur des Postes, Louis Peyrotte fut nommé facteur des télégraphes au Tréport (Seine-inférieure, Seine-Maritime) en septembre 1900, et y travaillait en 1901, lors de son mariage. Muté très peu de temps après à Narbonne (Aude), il commença à militer syndicalement et politiquement. Il fut l’un des fondateurs du syndicat national des sous-agents des Postes en 1905, syndicat créé en rupture avec l’Association nationale des sous-agents (loi 1901), et membre du conseil syndical. A partir de cette époque, il fut un orateur dans de nombreux meeting du midi de la France, propagandiste actif du syndicalisme interdit pour longtemps encore chez les fonctionnaires. En 1907, il était secrétaire de la Fédération socialiste de l’Aude. En 1907, il fut candidat aux élections municipales à Narbonne, sur la liste du docteur Ferroul, et fut élu. Lors d’un procès en cour d’assises qui se tint du 20 au 22 février 1908, il témoigna comme conseiller municipal des journées sanglantes des 19 et 20 juin 1907 à Narbonne, et de la mort de Ramon* l’ancien secrétaire de la Bourse du travail, et son témoignage fut repris dans la presse nationale.

En 1905, est-ce ce même Peyrotte qui fut élu membre de la commission administrative du Parti socialiste unifié (SFIO), à sa création ? Toujours est-il que Louis Peyrotte fut délégué de l’Aude au VIIe congrès national du Parti socialiste, tenu à Paris les 15 et 16 juillet 1910. Suspendu le 4 mai 1909 lors de la grande grève des PTT, pour avoir pris la parole le 1er mai dans un meeting à Carcassonne, il fut révoqué le 19, et dut attendre plusieurs années avant d’être réintégré à Béziers vers 1910-1911. Il n’en poursuivit pas moins son action militante. Au début de 1914, il était secrétaire général du syndicat national des sous-agents des PTT pour le département de l’Hérault. Il fut candidat socialiste aux élections municipales de 1912 et de 1913 à Béziers, et aux élections cantonales de 1913. Membre du comité de propagande de la Fédération socialiste en 1912, il se situait à la gauche du parti, dans l’opposition aux dirigeants fédéraux E. Barthe et J. Félix.

Louis Peyrotte demeura à Béziers pendant la guerre. En 1919, il fut délégué de Béziers (Hérault) au congrès du syndicat national des Sous-agents des PTT, puis au congrès constitutif de la fédération postale. Dans le congrès des sous-agents (les facteurs) tenu les 25, 26 et 27 août à Paris, il y joua un rôle de premier plan. Le 25 août, son intervention sur rapport moral conduisit le journaliste de « l’Humanité » à le citer longuement et à le décrire comme un orateur éloquent.

Il s’affirma partisan des Comités syndicalistes révolutionnaires et présenta une motion favorable à la IIIe Internationale au congrès de 1920 de la Fédération postale Dans ce congrès, il fut élu ou réélu membre du conseil syndical « pour la province » par 227 voix, meilleur élu de cette partie du conseil syndical. En 1921, il prit ses distances avec l’orientation réformiste du syndicat et fit désormais partie de la minorité dite révolutionnaire. Politiquement, il suivit la majorité du parti socialiste qui, au congrès de Tours, a choisi d’adhérer à la 3e internationale. Syndicalement il restait cependant « favorable à l’autonomie du syndicalisme par rapport au politique ». Pour lui, les communistes et les syndicalistes pouvaient rester révolutionnaires tout en admettant l’adhésion aux réformes. Le 14 juin 1921, lors du congrès du syndicat des employés, c’est lui qui affronta Digat (voir Léon Digat) leader des mahjoritaires, et sa motion, fusionnée avec celles d’autres minoritaires (motion Filippi-Peyrotte), obtint une majorité de 63 voix, contre 57 à celle de Digat-Bordères, ce qui conduit « l’Humanité » à titrer : « Les Employés des PTT décident à leur tour l’adhésion à Moscou ». Le processus de désaffiliation du syndicat de la CGT était engagé.

Le 12 mars 1922, bien implanté et largement reconnu dans sa région, Louis Peyrotte fut élu représentant du personnel titulaire de sa catégorie, au conseil de discipline régional de Montpellier. Le 21 avril 1922, avec Lartigue, il apporta le salut de la Fédération postale unitaire au syndicat des ouvriers qui venait de voter sa désaffiliation à la CGT et son affiliation à la CGTU. Le 23 avril 1922, avec Marmonnier*, dans la grande salle de la Bellevilloise, il prit la parole dans le congrès de la Fédération postale, séance qui fut la dernière réunion regroupant les deux tendances, qui constatèrent l’impossibilité de rester ensemble : deux syndicats (ouvriers et employés) étaient adhérents à la CGTU ; un troisième (Agents), restait adhérent à la CGT. La scission était consommée.

Peyrotte participa au 1er congrès de la CGTU, du 25 juin au 1er juillet 1922. Il y porta étonnamment les mandats du syndicat des ouvriers des PTT de l’Aisne. La même année il figura parmi les souscripteurs fondateurs du Foyer des PTT de Béziers. Il demeura membre de la CGTU jusqu’à la réunification syndicale.

En début 1923, la fédération postale unitaire fut gravement handicapée par l’arrestation de plusieurs de ses militants, arrêtés pour attentat à la Sûreté extérieure et intérieure de l’État, en réalité pour avoir participé à la création du « Comité d’action contre l’impérialisme et la guerre ». Louis Peyrottes fut appelé à Paris pour assurer l’intérim. Dans cette période il fut sur tous les fronts, à la fois sur celui des revendications, comme celui de l’organisation de la CGTU et de la Fédération postale unitaire. Il participa aux conseils nationaux de la fédération et la représenta dans des congrès. Les militants arrêtés ayant fini par être relâchés, en juillet 1923 il était de retour dans le midi et il représenta la CGTU lors du congrès constitutif de la 15e Région Confédérale, à Toulouse, réunissant Haute-Garonne, Lot, Tarn-et-Garonne, Hautes Pyrénées, Ariège, Tarn et Gers. Il s’affirma comme un acteur important et habile qui permit progressivement à ce que la fédération postale unitaire devienne un pilier de la CGTU. Opposé à l’organisation de tendances au sein de la CGTU, il s’opposa rapidement aux anarchistes qu’il accusa de s’employer à briser le syndicalisme unitaire qu’ils n’arrivaient pas à domestiquer. Il fut candidat de la fédération postale unitaires à des élections au conseil central de discipline, ou au conseil supérieur des PTT, mais ne fut pas élu. Jusqu’à la fin des années 20, il participa à tours les congrès fédéraux et aux conseils nationaux de la fédération postale unitaire.

En 1934, le 3e jour du 6e congrès de la fédération postale unitaire, Louis Peyrotte, qualifié de « militant de la première heure, fidèle à son passé révolutionnaires », fut mis à l’honneur à la tribune. Il évoqua les luttes du passé, les batailles menées. Il stigmatisa l’attitude de la CGT qui, de capitulation en capitulation, de concessions en concessions, mène au fascisme. « Le flambeau que nous avons porté, clama Peyrotte, « nous vous le léguons, soyez à la hauteur pour le tenir haut, soyez des révolutionnaires ».

Dans les années 30, Peyrotte ne semble pas avoir été adhérent du Parti communiste, mais il dirigea, à Béziers, le mouvement Amsterdam-Pleyel et le Comité d’unité d’action antifasciste. Militant au Secours populaire, il présida les comités d’entraide franco-espagnols de l’Hérault de l’été 1936 à la fin de 1937, puis de la région Aude-Hérault à partir de 1938.

En 1940, il fut emprisonné pour ses idées syndicales et ses sympathies communistes au château de Sérièges près de Cruzy (Hérault). Sérieusement malade, il fut libéré mais mourut le 6 février 1944 à Béziers.

Élie Louis Peyrotte s’était marié le 22 avril 1901 à Montoussé (Hautes-Pyrénées) avec Marie Corrège. Ils eurent 3 enfants. Jean, né à Montoussé (1901) ; Réné, né à Narbonne (1907) ; Églantine née à Béziers (1911). Celle-ci se maria en 1935 à Raymond Barbé, qui fut responsable de la section coloniale du PCF d’août 1945 au début 1950, puis membre de la section économique du PCF, et qui fut président du groupe communiste de l’Assemblée de l’Union française

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126011, notice PEYROTTE Élie, Louis, dit Louis [Parfois PEYROTTES] par Jean Sagnes et Gilles Pichavant, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 15 novembre 2021.

Par Jean Sagnes et Gilles Pichavant

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 39 M 283. — Le Populaire du Midi, 1912-1913. — Le Travailleur du Languedoc, 1926-1939. — Témoignage d’E. Fabre. — L’Humanité, 1er novembre 1905, 26 mai 1905, 4 novembre 1906, 5 novembre 1906, 24 juillet 1907,17 novembre 1907, 22 février 1908, 5 mai 1909, 6 mai 1909, 17 mai 1909, 19 mai 1909, 21 octobre 1909, 22 mars 1913, 13 juin 1913, 3 août 1913, 3 avril 1914, 5 avril 1914, 3 décembre 1916, 31 juillet 1919, 26 août 1919, 28 août 1919, 27 août 1919, 29 août 1919, 31 août 1919, 19 janvier 1920, 4 juin 1920, 5 juin 1920, 6 juin 1920, 7 juin 1920, 14 juin 1921, 15 juin 1921, 22 avril 1922, 24 avril 1922, 30 juillet 1922, 20 janvier 1923, 21 janvier 1924, 25 avril 1924, 27 avril 1924, 4 novembre 1924, 16Vfévrier 1925, 18 février 1925, 18 novembre 1925, 24 mai 1926, 10 avril 1934. — Le Peuple, 1er février 1921, 15 juin 1921, 21 novembre 1921, 15 juin 1921, 19 juin 1921, 24 avril 1922, 1er avril 1926. — L’Express du Midi, 21 septembre 1907, — Le Petit Marseillais, 5 mai 1909, 22 février 1908. — Le XIXe siècle (Paris. 1871), 23 février 1908. — Le Grand Écho du Nord de la France, 23 février 1908. — Le Rappel, 23 février 1908. — Le Petit Provençal, 22 février 1908. — L’Éclair, 8 août 1913. — Le Publicateur de Béziers, 3 mai 1912, 15 juillet 1922, 15 juillet 1922 — Le Petit Méridional, 12 mai 1938. — Brochure du 1er congrès de la CGTU, 1922. — Bulletin mensuel des Postes et télégraphes, mai 1922, octobre 1925. — Le Journal Officiel, 7 mars 1932. — Archives départementales de l’Aveyron, fiche matricule Rodez-Aveyron, N°798, classe 1896. —État civil — Notes de Gilles Pichavant

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