PHEULPIN Alphonse, Alfred

Par Éric Nadaud

Né le 17 août 1900 à Ronchamp (Haute-Saône), mort le 12 août 1972 à Ronchamp ; mineur ; syndicaliste CGT, délégué-mineur (1929-1959), secrétaire du syndicat des mineurs de Ronchamp, membre du Conseil national (1948-1972) et secrétaire (1950-1963) de la Fédération nationale CGT des travailleurs du Sous-sol, secrétaire de l’UD CGT des syndicats ouvriers de la Haute-Saône ; militant socialiste SFIO, USR, unitaire, membre du comité directeur du PS de Gauche ; maire de Ronchamp (1945-1971), conseiller général de Haute-Saône.

Alphonse Pheulpin
Alphonse Pheulpin

Alphonse Pheulpin était l’aîné des trois enfants de François Alfred Pheulpin, ouvrier mineur boiseur et militant syndical à Champagney (Haute-Saône), et d’Amélie Joséphine Lamboley, sans profession.

Ouvrier manœuvre dès l’âge de quatorze ans, il entra à dix-sept ans, comme mineur, aux Houillères de Ronchamp. Après avoir obtenu le certificat d’études, à l’âge de vingt ans, grâce à des cours du soir, il s’orienta vers l’action militante sous l’influence de Jean Lagelée, maire socialiste de Ronchamp, et organisateur de l’UD-CGT et de la Fédération SFIO de la Haute-Saône. Porteur dès 1919 d’une carte de la CGT, il devint en 1925 secrétaire du syndicat CGT des mineurs de Ronchamp. Ce fut le premier et le plus durable de ses mandats, et la source de tous les autres. Les mineurs lui furent très reconnaissants de l’ardeur avec laquelle il défendit leur cause. Quand il fut licencié des Houillères du fait de son activisme syndical, en octobre 1926, ils ajoutèrent à son mandat ceux de trésorier et de propagandiste permanent, pour lui permettre d’être rémunéré. Ils en firent également le trésorier de leur Caisse de secours en 1927, leur délégué-mineur en 1929, mandat qu’il conserva jusqu’à la fin de l’exploitation minière à Ronchamp, et dans les années 1930 le secrétaire de la Caisse de maladie de leur syndicat et de celui des Métaux de la ville, ainsi que le secrétaire adjoint de la section locale de la Fédération des Mutilés et Invalides du travail. Son activité ne se limita pas à la seule défense des mineurs de Ronchamp. Il siégea aussi à la commission administrative de l’UD-CGT de la Haute-Saône en 1926, avec la fonction de trésorier, et au secrétariat de l’Union locale des syndicats de Ronchamp en 1937. Au plan national, il représenta le syndicat de Ronchamp dans presque tous les congrès de la Fédération nationale CGT des travailleurs du Sous-sol à partir de 1925, et accéda au Conseil national de la Fédération, comme membre suppléant, au titre de la Région Alsace-Lorraine et Haute-Saône, en février 1936. Il prit part également à un congrès confédéral de la CGT, en 1931.

Alphonse Pheulpin défendit aussi la cause du socialisme. Un moment tenté par le Parti communiste (PC), il joua un rôle actif, à l’instigation de ce dernier, dans la constitution en décembre 1923 du Bloc ouvrier et paysan de Champagney, dont il fut le trésorier. Mais en février 1924, il préféra rejoindre la SFIO. Il lui suffit de quelques années pour s’imposer comme une personnalité influente de la Fédération socialiste de la Haute-Saône. D’abord fondateur et secrétaire du groupe socialiste de La Piotnaz, il devint en 1929 secrétaire de la section de Ronchamp, puis en 1930 secrétaire du comité électoral socialiste du canton de Champagney, ainsi que du comité de presse fédéral, et en 1932 membre de la commission exécutive fédérale, où il siégea jusqu’en mai 1935. En février 1929, il représenta la Fédération au Conseil national de la SFIO. Il se lança aussi avec succès dans une carrière d’élu local. Il se fit élire puis réélire conseiller d’arrondissement du canton de Champagney (arr. de Lure) aux élections cantonales du 29 novembre 1931 et du 7 octobre 1934. À Ronchamp même, il fut grandement servi par l’implantation réussie de Louis-Oscar Frossard, qui abandonna sa circonscription de la Martinique pour se faire élire député socialiste de la 1re circonscription de Lure, dont Ronchamp relevait, aux élections législatives de 1932, et réélire à celles de 1936. La victoire de la liste Frossard aux élections municipales de Ronchamp en mars 1932, sur laquelle il figurait en troisième position, confirmée triomphalement par les élections de juillet 1934 et de mai 1935, fit de lui le deuxième adjoint de la municipalité dont Frossard fut le maire. Dorénavant très lié à ce dernier, il en épousa durant plusieurs années toutes les positions. Comme lui, il se situa à l’aile droite de la SFIO, et défendit avec la majorité des parlementaires socialistes, contre la direction et la gauche du parti, l’idée d’une participation socialiste à un gouvernement à direction radicale, lors de la crise qui déchira les socialistes en 1933, puis se rangea parmi les participationnistes « attentistes » qui demeurèrent dans la SFIO après la scission dite « néo-socialiste ». De même, s’il fut partisan d’une mobilisation massive contre le fascisme à la suite du 6 février 1934, au point de devenir l’un des deux secrétaires du Comité pour la défense de la République qui se forma à Ronchamp, il compta lui aussi parmi les socialistes les plus méfiants vis-à-vis de l’unité avec le Parti communiste. Quand Frossard quitta la SFIO pour entrer au gouvernement, en juin 1935, il sauta le pas également. Il le rejoignit au sein de l’Union socialiste républicaine (USR) avec la section de Ronchamp, qu’il transforma en un groupe de Ronchamp de l’USR, dont il resta le secrétaire. Et en octobre 1937, il l’aida grandement à se faire élire au Conseil général, en l’appuyant contre le candidat SFIO. L’association des deux hommes était sans nul doute fructueuse pour l’un et l’autre. Frossard, accaparé par sa carrière nationale à partir de juin 1935, y gagnait le soutien des mineurs de Ronchamp, et la possibilité de déléguer à un homme de confiance une partie de ses responsabilités d’édile. Pheulpin y trouvait l’occasion de se former à l’exercice de l’administration municipale, ainsi que celle de poursuivre son action syndicale par d’autres moyens, puisque son partenaire, ministre du Travail de juin 1935 à juin 1936, parvint à faire passer des réformes sociales, parmi lesquelles l’abaissement de 55 à 50 ans de l’âge de la retraite pour les ouvriers mineurs.

Durant la guerre, Pheulpin remplit à Ronchamp le rôle effectif d’un maire, que Frossard, pourtant confirmé dans ses fonctions en 1941, ne pouvait assurer. Dans le même temps, il se livra à des activités de résistance, qui lui valurent d’être arrêté. En 1944, il présida le Comité cantonal de Libération du canton de Champagney, et en février 1945 fut désigné vice-président du Comité départemental de Libération de la Haute-Saône.

Après la guerre, il reprit et élargit ses activités syndicales. À Ronchamp, toujours secrétaire du syndicat des mineurs, il s’opposa vigoureusement à la création de Force ouvrière en 1947 et 1948, ce qui permit à la CGT de conserver l’adhésion de la plus grande partie des mineurs. Il mit sur pieds et présida dès 1948 le Comité de défense des mines de Ronchamp, qui parvint à retarder la fermeture des Houillères, déficitaires, jusqu’en 1959. Après 1959, il fut le secrétaire du syndicat des retraités, veuves et invalides CGT de la ville. À l’échelon départemental, il exerça à partir de 1945 les fonctions de secrétaire de l’UD CGT de la Haute-Saône. Au plan national, sa résistance à Force ouvrière lui permit de renforcer sa position à la direction de la Fédération CGT du Sous-sol. Jusque-là simple membre suppléant, et encore renouvelé comme tel par le congrès fédéral de 1946, il obtint un mandat de membre titulaire du Conseil national de la Fédération au congrès de 1948, et fut porté au secrétariat fédéral par celui d’octobre 1950. Il resta secrétaire de la Fédération jusqu’au congrès d’octobre 1963, où il reprit sa liberté en invoquant des raisons de santé, et membre du Conseil national jusqu’à la fin de sa vie, comme représentant des mineurs actifs de sa région jusqu’en mai 1966, puis au titre des retraités. Son activité syndicale lui ouvrit enfin des fonctions d’administrateur. Il siégea à partir de novembre 1946 au conseil d’administration des mines nationalisées du bassin de Blanzy, sur proposition de la Fédération du Sous-sol. À la fin de sa vie, il administrait également la Caisse de sécurité sociale minière (SSM) du Haut-Rhin, ainsi que celle de l’Union régionale des SSM de l’Est.

Alphonse Pheulpin renoua aussi avec le combat socialiste. Revenu à la SFIO, il pouvait briguer la mairie de Ronchamp, à laquelle Frossard, trop attentiste durant l’Occupation, et qui devait mourir début 1946, n’était plus en mesure de prétendre. Il en fit la conquête aux élections de mars-avril 1945. Cependant, ce fut comme un opposant qu’il se comporta dans le parti. Désormais situé à l’aile gauche, il contesta à partir de septembre 1947 la politique « anti-ouvrière » menée par le gouvernement du socialiste Ramadier. Puis il quitta de nouveau le parti, pour adhérer en février 1949 au Parti socialiste unitaire, constitué par les leaders de l’ancienne tendance socialiste de gauche Bataille socialiste exclus de la SFIO en 1948. Il en fonda la Fédération de la Haute-Saône, dont il devint le secrétaire général, et siégea dans son comité directeur national, à compter de novembre 1954. Durant ces années, il se comporta en fidèle compagnon de route du PC. Il prit part à ses grandes batailles, principalement pour la paix. Ainsi signa-t-il à l’occasion d’un voyage en RDA, en 1950, un appel commun par lequel les mineurs d’Allemagne de l’Est et de la CGT française proclamaient qu’ils ne voudraient jamais « faire la guerre des capitalistes ». Sa candidature aux élections législatives en Haute-Saône, le 2 janvier 1956, en deuxième position sur la liste conduite par le communiste Tortey, manifesta l’étroitesse de ses liens avec les communistes, bien qu’elle ne fût pas couronnée de succès. Dans les années 1960, il demeura un socialiste de gauche. Il rejoignit le Parti socialiste autonome, puis le Parti socialiste unifié, dont il fut l’animateur à Ronchamp, et le candidat, malheureux, aux élections législatives dans la deuxième circonscription de Lure, le 18 novembre 1962. Sous ces différentes étiquettes, il se fit réélire maire de Ronchamp sans discontinuer, le plus souvent avec facilité, jusqu’aux élections municipales de mars 1971. Quand ces dernières eurent lieu, il ne se représenta pas, pour raisons de santé, mais soutint avec succès la candidature de son fils Jean, qui lui succéda à la mairie sans transition, pour trois mandats consécutifs. Il fut également conseiller général du canton de Champagney, des élections cantonales de septembre 1945 jusqu’à sa mort. Vice-président du Conseil général de la Haute-Saône en 1945, il dut néanmoins renoncer à ce mandat en 1950, en raison des remous provoqués par son voyage en RDA.

Il était aussi délégué cantonal de l’Éducation nationale, et officier dans l’ordre des palmes académiques.

Décédé des suites d’une longue maladie, il eut des obsèques civiles, qui furent suivies par une grande partie de la population de Ronchamp. D’un mariage également civil avec Marie Alexandrine Lucienne Richard, contracté le 1er décembre 1928 à Ronchamp, il avait eu cinq enfants, Jean, Paulette, Claudine, Colette, et Pierre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126044, notice PHEULPIN Alphonse, Alfred par Éric Nadaud, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 24 mai 2014.

Par Éric Nadaud

Alphonse Pheulpin
Alphonse Pheulpin

SOURCES : État civil de Ronchamp. — Entretien avec Colette Pheulpin (2003). — Germinal, 1923-1924. — Germinal et Le Travailleur de l’Est réunis, 1924–1926. — La Tribune de l’Est syndicaliste et socialiste, 1926-1929. — Le Socialiste de la Haute-Saône, 1929-1935. — Le Populaire, 1935. – Le Petit Luron, 1937-1939. — L’Union démocratique de la Haute-Saône, 1932-1972. – Le Droit minier, 1948-1963. – Le Travailleur du sous-sol, 1950-1971. – Le Sous-sol lorrain, août-septembre 1972. — Fédération du Sous-sol CGT, Congrès nationaux, Comptes rendus des travaux, 1926-1971. — Georges Taiclet, Alphonse Pheulpin 1900-1972, 2000, Éditions de Haute-Saône. — DBMOF, tome 38, notice par Henri Carel.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément