POIRAUDEAU Jean, Jules, Eugène. Écrit parfois POIREAUDEAU Jean

Par Justinien Raymond, Florence Regourd

Né le 15 janvier 1911 à Landeronde (Vendée), mort le 23 septembre 1940 à Tallud-Sainte-Gemme (Vendée) ; instituteur, socialiste, espérantiste, militant syndicaliste et pacifiste en Vendée.

Fils d’un sabotier et d’une lingère, Jean Poiraudeau, après des études primaires, fréquenta le cours complémentaire de La Roche-sur-Yon qui le prépara au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de la même ville. Promotion 1927-1930. Il bénéficia d’une bourse du conseil général pour son trousseau d’élève maître, la famille nombreuse ne disposant pas des ressources nécessaires. Jean Poiraudeau laissa à l’École normale le souvenir « d’un élève remarquable, très travailleur, énergique, premier de sa promotion ».

Entré à la section SFIO de La Roche-sur-Yon en 1929 quand il était normalien, il créa un groupe d’Étudiants socialistes qui comptait 10 membres fin 1929 et 40 en 1930, afin de le transformer en groupe adhérent aux Jeunesses socialistes. Il représenta le groupe de La Roche-sur-Yon au congrès national de Toulouse de 1931. Les JS approchaient la centaine de membres en 1933, alors répartis en 7 groupes.

À sa sortie de l’École normale, il milita au sein du Parti socialiste dans les différentes localités où il exerça, notamment à Palluau, Bois-de-Céné, Mouilleron-en-Pareds et au Tallud-Sainte-Gemme. Il fut particulièrement actif dans la section de La Roche-sur-Yon, il intervint par exemple sur le programme agraire du parti, insuffisant à ses yeux en 1931, sur l’ordre du jour du 28e congrès national où il souhaitait que soient inscrites les questions du désarmement, les relations du parti avec la Russie, la révision des traités. Il participa aux congrès fédéraux à partir de 1931, sur le programme agraire par exemple, quand Ludovic Clergeaud* était le secrétaire fédéral. Opposé à l’organisation des femmes socialistes de manière autonome mais toujours très en avant sur des motions portant sur la paix, le désarmement, la défense nationale (mai 1931). En janvier 1932, il intervint longuement au congrès fédéral de Sainte-Hermine sur le programme électoral dans la perspective des législatives : sur la nécessité de renforcer le parti, jeter à bas la puissance des banques, nationaliser les industries, les transports, contrôler le commerce extérieur : « le parti socialiste doit être un parti de classe, un parti de lutte contre la bourgeoisie ». Poiraudeau sollicitait souvent les conseils de Ludovic Clergeaud, secrétaire fédéral, avec lequel il entretint une correspondance amicale, notamment en 1933 pour l’organisation des JS et dans la nomination de délégués adultes au CFM : comité fédéral mixte des JS. Au congrès fédéral de Damvix (janvier 1933), Poiraudeau, en tant que secrétaire des JS proposa de participer à un meeting contre la guerre avec le syndicat unitaire, sur les bases du Congrès d’Amsterdam mais il fut mis en minorité.

Jeune instituteur, Jean Poiraudeau adhéra au Groupe des Jeunes de l’Enseignement de Vendée dont il fut, pendant un an, le secrétaire. Il posa, dès 1930, sa candidature au conseil syndical départemental du SNI de Vendée. Il intervint sur la pratique de la lutte des classes et les propositions du Manifeste des « 22 » avec lesquelles il était en accord (le Cri du peuple, 21 janvier 1931) dans le Bulletin du SNI de Vendée (1931) ; il vota alors contre le rapport moral du syndicat national avant de se rapprocher des unitaires regroupés autour du Syndicat laïc de l’enseignement, animé par Eugène Péaud. C’était le sens d’un article paru dans L’Émancipation de Vendée en 1933 : « Un socialiste peut-il adhérer à un syndicat unitaire ? » Par ailleurs, il était espérantiste. Il s’exprimait dans Le Jeune prolétaire, organe mensuel des JS de Vendée qu’il avait créé en 1931 (ce n’étaient alors que quelques pages ronéotypées) et dont il était le principal rédacteur. Le journal qu’il tirait et expédiait souvent seul, s’étoffait à partir de 1934-1935. Imprimé, il paraissait en encart avec La Vendée pacifiste. Poiraudeau participa à de nombreux meetings antifascistes où il intervint comme orateur. Considéré comme un militant aux idées très avancées, Poiraudeau combattait le réformisme, l’inertie bureaucratique. Au sein des pacifistes vendéens, Poiraudeau suivit plutôt Jean Zyromski, dans la constitution de forces d’autodéfenses actives avec les TTPS Toujours Prêts Pour Servir, que le pacifisme intégral de certains, comme Paul Chauvet. Il se rapprocha de Marceau Pivert, au congrès départemental de Vendée à Benet, en 1935, année où il fut, avec sa femme, Marie Perrault institutrice épousée en 1932, délégué par les socialistes vendéens (385 adhérents fin 1934 et seize mandats au congrès) au XXXIIe congrès national de la SFIO à Mulhouse.

Animateur d’un comité commun aux JS et JC, pour l’unité organique des deux mouvements, c’est au congrès fédéral de septembre 1935 tenu à Maillezais qu’il suivit Pivert et la tendance Gauche Révolutionnaire devenant le principal animateur de la Gauche Révolutionnaire au sein de la fédération de Vendée avec Eugène Péaud. Il fut un de ceux qui cimentèrent en Vendée le Front populaire. Mais il ne lui ménagea pas ses critiques à l’épreuve du pouvoir, en particulier sur la question espagnole et la politique scolaire.

Très actif et fort estimé selon le témoignage de militants vendéens, Jean Poiraudeau, malgré sa maladie, milita, après l’unité syndicale, au SNI sur la liste syndicaliste révolutionnaire menée par l’ex-unitaire Eugène Péaud. Il fut alors élu au conseil syndical de l’unité fin 1935 à sa mort. Il donna une série d’articles au Bulletin départemental sur l’histoire du mouvement syndical français. La maladie l’handicapant physiquement, il obtint un congé de longue durée entre 1936 et 1937. Après son service militaire d’octobre 1935 à janvier 1936, il fut réformé (mal de Pott cérébral).

Au sein de la fédération socialiste de Vendée, qui a vu ses effectifs doubler avec près de 1 000 adhérents, la minorité de la Gauche Révolutionnaire passe à l’offensive à partir du congrès fédéral de juillet 1937 à Saint-Gilles-Croix-de-Vie et celui de La Chapelle-Thémer en janvier 1938, entraînant avec elle une forte représentation des instituteurs. Au congrès fédéral du 29 mai 1938, tenu à La Roche-sur-Yon, les positions se fixent autour des « pacifistes révolutionnaires ». Cette même année, Poiraudeau assista au XXXVe congrès de la SFIO à Royan, avec deux autres délégués Bernard et Antoine Bourdin. Les délégués vendéens portèrent leurs mandats sur les motions de la Gauche révolutionnaire de Pivert (quinze mandats sur vingt-neuf, contre six à Zyromski et huit à Blum). Ceci explique que Jean Poiraudeau soit devenu, après l’exclusion de la Gauche révolutionnaire de la SFIO, le secrétaire de la fédération vendéenne du PSOP (Parti socialiste ouvrier et paysan) constituée en juillet 1938 -elle entraîna une centaine d’adhérents vendéens-, et membre de la CE nationale de ce parti. Le journal La Parole Républicaine alors dirigé par Constantin Bouron leur ouvrit ses colonnes. Poiraudeau se défendait d’être un scissionniste, restait fidèle « en vrai socialiste » à la charte du PSU-SFIO de 1905, à la lutte des classes, à la défense laïque, voulant être « à la pointe du combat contre le colonialisme et pour l’émancipation de tous nos frères, quelle que soit leur race ou leur couleur » et « s’opposer à la sinistre duperie de la non-intervention en Espagne ». Il anima également un Groupe d’étude et d’action pour la paix rattaché à la Ligue internationale des combattants de la paix de Robert Jospin.

Au sein du SNI, il prit ses distances avec la CGT, tirant les leçons de l’échec du 30 novembre 1938 et s’affirmant désormais comme un militant révolutionnaire. Comme d’autres enseignants grévistes, le couple Poiraudeau fut privé d’une semaine de traitement et fut désormais particulièrement surveillé.

Après avoir sollicité sa réintégration dans l’enseignement à l’expiration de son congé de longue durée pour maladie, Jean Poiraudeau retrouvait un poste au Tallud-Sainte-Gemme en avril 1939. Il était alors secrétaire de mairie.

Au début de la guerre, il subit une perquisition de la gendarmerie comme « dangereux communiste », ce qui entraîna une cabale contre lui de la part du conseil municipal et de parents d’élèves demandant son déplacement.

Après la défaite, il fut chargé d’assurer la liaison avec Marceau Pivert
aux États-Unis puis au Mexique. Il dut bientôt interrompre toute activité pour de graves raisons de santé, devant rester longtemps allongé du fait de l’affection de la colonne vertébrale qui le paralysait. Il obtint un nouveau congé de longue durée en juillet 1940 mais il mourut dans sa trentième année, le 23 septembre 1940, laissant une veuve, Marie, institutrice, militante comme lui, et deux fils en bas âge. Ses obsèques civiles eurent lieu le 26 septembre 1940.

Dans un hommage rendu en 1946, Eugène Péaud rappelait la culture de ce militant socialiste révolutionnaire autant que les qualités de l’homme, sa grande intelligence, la cordialité de son accueil, l’intérêt de sa conversation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126742, notice POIRAUDEAU Jean, Jules, Eugène. Écrit parfois POIREAUDEAU Jean par Justinien Raymond, Florence Regourd, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 3 décembre 2020.

Par Justinien Raymond, Florence Regourd

SOURCES : Arch. Dép. Vendée, 4 M 404, 405 ; 1 M 261, 1 M 258. 1 T 302— Bulletins du SNI de Vendée, 1937-1939. — L’Émancipation (Vendée), 1933-1935. — L. Clergeaud, Le Socialisme en Vendée, op. cit., p. 31. — Fonds PS déposé au CDHMOT de Vendée. — Le Jeune Prolétaire, numéros restaurés, CDHMOT. — La Parole républicaine, 10 août 1946. — J.-P. Joubert, Le Pivertisme, Th. de sciences politiques de Grenoble, 1972, op. cit. — Enquête auprès de Madame Marie Poiraudeau. — Florence Regourd, Ludovic Clergeaud, métayer (1890-1956), 50 ans d’engagement en Vendée, Geste édition, 2013.

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