POIROT René

Par Claude Pennetier

Né le 30 mars 1903 à Plombières-les-Bains (Vosges), mort le 19 juillet 1990 à l’hôpital de Longjumeau ; ouvrier métallurgiste ; secrétaire adjoint du syndicat CGT des métallurgistes de la région parisienne ; militant communiste ; conseiller de la République.

René Poirot
René Poirot

René Poirot, fils d’un artisan ferronnier d’art, fut influencé par son grand-père paternel, lui-même artisan en ferronnerie d’art et créateur d’une société de secours mutuels en 1867. Le père de René revint gazé de la Première Guerre mondiale et dut abandonner son métier. Il tint une petite épicerie avec son épouse, commerce qui avait été laissé par le père de celle-ci « comme dote à son mariage ».

Titulaire du Certificat d’études primaires à onze ans, en 1914, René Poirot, ne voulant pas être à la charge de sa mère restée seule avec trois enfants, partit travailler chez un maréchal-ferrant en Haute-Saône. En 1919, il obtint une bourse d’État et entra par concours à l’École nationale d’horlogerie de Besançon. Ses études terminées en 1922, il partit se perfectionner quelques mois en Suisse.

Après son service militaire effectué comme 1er mécanicien au 21e régiment d’aviation de Nancy, il vint à Paris et travailla dans plusieurs dizaines d’entreprises (quatre-vingt a-t-il compté) dont Farman à Boulogne-Billancourt (en 1925) et Peugeot à Issy-les-Moulineaux (1927). De 1928 à 1931, il participa chez Gaumont à la fabrication du premier matériel français de réalisation du cinéma parlant. Suivirent deux années à la Société générale d’optique Lavalette et Bosch, un an chez Hotchkiss (Clichy et Levallois), puis chez Potez à Courbevoie d’où il fut licencié après avoir dirigé une grève.

Ce fut sa dernière entreprise. En effet, en 1928 Poirot était devenu un militant de la CGTU et en mai 1934, il avait adhéré au Parti communiste, vraisemblablement dans le XIe arr. de Paris. En 1934-1936, il était membre du Comité régional Ouest parisien. Il devint secrétaire permanent du syndicat CGT réunifié des métallurgistes de la région parisienne en juillet 1935. Il participa activement aux grèves de juin 1936 et fut un des signataires de la convention collective de la Métallurgie. Son syndicat et lui-même jouèrent un rôle actif dans l’aide matérielle aux républicains espagnols. René Poirot fut membre de la commission exécutive et secrétaire adjoint du syndicat CGT des métallurgistes de la région parisienne de 1936 à 1939. Membre du comité exécutif de la Fédération CGT des Métaux durant la même période, il fut également membre du conseil d’administration de la mutuelle des métallos en 1938 et 1939. Par ailleurs, il était responsable des métaux du XIe arrondissement et créateur du Métallo-sporting club (FST puis FSGT).

Le Parti communiste lui fit suivre l’école centrale de six mois en 1937. L’évaluation était peu enthousiaste : on lisait « Jeune militant syndical sans aucune préparation théorique, il était accoutumé à résoudre toutes les questions selon son ’flair de prolo’ sans étudier profondément les questions. Souffre d’un certain apolitisme ». Son autobiographie de janvier 1936 était d’ailleurs classée B sans que les raisons de ce mauvais classement apparaissent clairement et sans conséquence visible.

Mobilisé au 1er régiment de génie d’Épinal, il fut affecté spécial dans une usine d’armements. Militant clandestin, il succéda à Henri Janin* après l’arrestation de celui-ci au début d’avril 1940 à la tête de l’organisation syndicale clandestine de la Région parisienne. Arrêté à son tour le 23 avril, il réussit à s’évader et devint responsable communiste aux usines Renault à l’automne 1940. Arrêté à nouveau le 6 décembre 1940 au cours d’une réunion clandestine, il fut condamné à dix-huit mois de prison pour reconstitution de ligue dissoute, emprisonné à la prison de la Santé puis à Fresnes et interné à Rouillé (Vienne). Il réussit à s’évader le 3 mars 1942 avec Désiré Le Lay et Robert Vonet.

Après quelques jours de repos, le Parti communiste le nomma responsable politique régional à Nantes en avril 1942. Il échappa à l’arrestation le 5 mars 1943 à Rezé (Loire-Inférieure) grâce au courage d’Alex Auvinet qui en tirant sur la police l’avertit du danger. La situation était difficile en raison du retournement de deux dirigeants importants par la SPAC : James Rogier dit Jacques et Léon Renard dit André. En juillet 1943, il devint inter-régional en Normandie après la mort d’Auguste Delaune. À Rouen, en octobre 1943, les Allemands le surprirent dans le pavillon où allait se réunir le comité régional militaire FTP. Blessé par balle, il réussit à s’échapper et à se faire soigner par un docteur résistant. Il devint en novembre 1943 inter-régional pour le Cher, l’Indre-et-Loire, la Nièvre, le Loir-et-Cher. C’est à Dijon qu’en août 1944 Marcel Dufriche* vint le chercher pour monter un état major FTP en Lorraine. Ils partirent en vélo jusqu’à Charmes (Vosges) où ils étaient lors de la libération.

Après la Seconde Guerre mondiale, il devint secrétaire général du syndicat CGT des Métaux de la région parisienne de 1945 à 1946 et secrétaire de l’Union départementale de la région parisienne. En 1946, il était membre de la commission exécutive de la Fédération CGT des Métaux.

Poirot cessa alors ses activités pour raisons de santé. Il partit à la maison de repos des métallurgistes à Vouzeron (Cher). Ambroise Croizat, ministre du Travail, le chargea d’une mission au Bureau international du travail à Montréal. Il s’agissait d’obtenir la venue de deux mille travailleurs italiens en Lorraine. À son retour, il fut chargé de former les futurs membres des comités d’entreprise.

En décembre 1946, l’Assemblée nationale l’élut conseiller de la République. Il siégea au Palais du Luxembourg, sans enthousiasme semble-t-il (il affirmait préférer les fonctions syndicales), jusqu’en mai 1948. Il fut ensuite appelé au secrétariat général du Conseil mondial de la Paix et prépara un grand rassemblement national à la porte de Versailles sous la présidence de Frédéric Joliot-Curie*. Nommé directeur des relations internationales, il organisa techniquement l’appel de Stockholm. En 1951, le conseil dut quitter la France. Poirot refusa, pour raisons familiales, de s’expatrier en Tchécoslovaquie. En mai 1951, Louis Saillant* lui demanda de faire paraître en France une revue de la FSM au nom de la Société française d’édition de publications syndicales internationales. La revue disparut en janvier 1955 après une perquisition policière, un procès et une condamnation.

René Poirot renonça alors à sa vie de permanent. Il créa une entreprise de menuiserie dans le XIe arr. de Paris puis se retira à Palaiseau.

René Poirot mourut le 19 juillet 1990 à Longjumeau (Essonne). 

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126763, notice POIROT René par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 21 janvier 2022.

Par Claude Pennetier

René Poirot
René Poirot

SOURCES : RGASPI, Moscou : 495 270 4585, autobiographies du4 juillet 1935 et du 31 janvier 1936 ; évaluation de l’école. — Arch. Poirot. — Le Métallo, 1934-1938. — Roger Linet*, 1933-1943, la traversée de la tournente, Messidor, 1990. — Stéphane Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, Th., op. cit. — A. Rossi, Les communistes dans la drôle de guerre, op. cit. — Témoignage d’A. Gillot et de Madame Poirot.

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