POLDÈS Léo (SZESZLER Léopold dit)

Par Nicolas Offenstadt

Né le 2 décembre 1891 à Paris (IXe arr.), mort le 18 décembre 1970 à Paris (XVIIe arr.). Journaliste, militant socialiste puis communiste, fondateur et président du Club du Faubourg et de la Fédération des Tribunes libres.

Fils de Samuel Szeszler, bijoutier, et de Pauline Bloch, Léo Poldès effectua sa scolarité au collège Rollin. Il fréquenta par la suite l’école libre des Sciences politiques, l’école de journalisme et l’école des Hautes études sociales. Il prit part aux batailles politiques du quartier Latin comme membre des Jeunesses socialistes, auxquelles il avait adhéré vers 1907. Plus tard, il évoqua sa "jeunesse tumultueuse et mouvementée où nous portions déjà au Mur des fédérés des cravates rouges qui nous faisaient passer à tabac (par la police)" (lettre à Gilbert Nowina, 24 juin 1963).

Léo Poldès commença sa carrière de journaliste à la Guerre sociale de Gustave Hervé où il tint quelques mois une rubrique artistique et théâtrale. Il collabora régulièrement aux Hommes du jour d’Henri Fabre, puis au Bonnet rouge fondé par Miguel Almereyda en 1913. C’est dans ce dernier journal qu’il mena une campagne remarquée contre la drogue qui joua un rôle dans le vote de la loi contre le trafic de stupéfiants (1916).

En 1914, Léo Poldès, mobilisé dans le 14e corps d’armée, participa à la campagne d’Alsace (1915) puis fut réformé. En 1916, il créa le journal la Grimace, mais fut évincé de sa direction par un de ses collaborateurs. Il reprit volontairement du service dans un hôpital militaire jusqu’à la fin de la guerre.

En 1918, Poldès fonda le Club du Faubourg. Il s’agissait d’organiser des conférences sur les sujets les plus variés avec des orateurs de toutes tendances. Poldès affichait de nobles ambitions : il fallait d’une part "assassiner l’implacable adversaire des penseurs libres et des écrivains indépendants : le silence" et d’autre part apprendre à tous la libre discussion, le respect du contradicteur. Boris Souvarine* vit cette création d’un œil un peu différent. "Il (Poldès) avait observé à la 9e section (de la SFIO) ce besoin de s’exhiber et de pérorer qu’ont des gens de toute espèce, et le goût du public pour le cabotinage et les joutes oratoires." Paul Brûlat, Georges Pioch*, Henri Guernut, Paul Vaillant-Couturier*, le futur Hô Chi Minh furent parmi les premiers orateurs. Le Faubourg se réunissait trois fois par semaine, là où des salles étaient disponibles. En outre, Poldès créa un journal le Faubourg (1er numéro, septembre 1918) rédigé entièrement par lui et consacré pour l’essentiel aux activités du Club.

Bien que le Club du Faubourg représentât son activité principale, Léo Poldès n’en continua pas moins à militer. En 1919 il fut désigné par la Fédération socialiste des Basses-Pyrénées comme candidat aux élections législatives. La liste socialiste fut largement battue. Poldès pour sa part avait récolté 4 373 voix. Il fut délégué, comme membre des Jeunesses socialistes, par la même fédération, au congrès de Strasbourg (février 1920). Il y siégea à la commission des résolutions pour appuyer la motion réclamant l’amnistie pour les pacifistes. Gagné au bolchevisme, il adhéra au Comité de la IIIe Internationale. Dans son journal il appela à soutenir la Russie. Par ailleurs il collabora au Journal du peuple d’Henri Fabre, lui aussi favorable au communisme. Il adhéra à la SFIC après le congrès de Tours (décembre 1920) et lança une souscription au Club du Faubourg pour le PC. Il appartint par la suite au conseil de direction de l’Humanité.

En septembre 1921, Poldès se rendit à Francfort pour manifester avec les communistes allemands après l’assassinat d’Erzberger. En décembre de la même année il fut délégué au premier congrès communiste à Marseille. La 9e section de la Fédération de la Seine en fit son candidat pour les élections au Conseil national en janvier 1922. Cependant il entra en opposition avec la direction du parti dès 1922 et critiqua notamment la tactique du Front unique. La commission nationale des conflits du congrès de Paris (octobre 1922) lui infligea un blâme. On peut penser que Léo Poldès quitta le Parti communiste avec les "résistants", critiques à l’égard de l’Internationale et de la gauche du PC, en janvier 1923.

Dès lors Léo Poldès va se consacrer exclusivement au Club du Faubourg, aidé par sa femme, Lorenza Mario, qui en était administratrice. Celui-ci se dota de multiples activités, outre les conférences : service d’ordre, éditions, théâtre, banquets, procès satiriques... En province et à l’étranger s’étaient constituées des tribunes libres sur le modèle du Faubourg. Poldès ne souhaitait pas en faire des sections. Néanmoins, il les regroupa dès 1919 dans une Fédération des Tribunes libres, dont il fut président.

Le Club du Faubourg vit passer à sa tribune bon nombre des personnalités de son temps et ce dans tous les domaines, d’Édouard Herriot à l’aviateur Costes en passant par Henri Barbusse et l’Abbé Desgranges. Tous les grands sujets du moment firent l’objet de débats : le Club du Faubourg entendit ainsi les dadaïstes en 1920, Marthe Hanau après le scandale de la Gazette du franc, opposa Nestor Makhno à Joseph Kessel, Léon Daudet à Paul Painlevé... Les thèmes les plus variés y furent abordés, de l’hitlérisme aux sciences occultes. Poldès avait, semble-t-il, une autorité suffisante pour faire respecter les principes qu’il s’était fixés : aucune discrimination politique, liberté absolue de parole, respect de l’orateur. Il utilisait, pour arrêter les conférenciers trop loquaces, la "guillotine oratoire" qui, après un signal d’avertissement, coupait la parole par une sonnerie puissante. Il résistait à toutes les pressions politiques. Ainsi Miguel de Unamuno put-il prendre la parole au Faubourg en 1927, malgré les démarches du gouvernement espagnol.

Durant les années vingt, Poldès fut proche des milieux pacifistes (Georges Pioch* et Victor Margueritte étaient des orateurs réguliers du Faubourg). En 1923 il fit partie du comité de patronage de la Ligue pour l’objection de conscience. Il signa l’Appel aux consciences (1926) et l’Appel au bon sens (1928), publiés dans la revue Évolution de Victor Margueritte, qui demandaient la révision des traités de paix de 1919-1920. Dans le Manifeste du Faubourg de 1935, il affirmait de nouveau son pacifisme, rejetant la guerre civile comme la guerre étrangère.

Léo Poldès s’affirma ardent partisan de la radio dès ses débuts. Il créa en 1923 le premier journal sans fil sur la station Radiola. Mais dès la première émission (où devaient parler V. Margueritte et Ernest Judet), il fut censuré. Par la suite Poldès participa à de nombreuses émissions et en 1932, après un long combat, obtint qu’un micro de la TSF soit installé au Faubourg. Il s’intéressa également au cinéma et lança en 1931 Faubourg-ciné pour "défendre les intérêts du cinéma", journal qui ne dura que quelques numéros.

En 1928 Poldès se présenta comme candidat indépendant "au-dessus de tous les partis", aux élections législatives dans la 1re circonscription du XVIIe arrondissement de Paris. Il proposait un programme contenant des mesures classiques pour un homme de gauche qu’il était resté : droit de vote pour les femmes, droit de proposer des lois pour les électeurs, confiscation des bénéfices de guerre, contrôle des banques, maintien de la paix... et, plus original, l’application des méthodes du Faubourg aux luttes électorales. Il n’obtint que 614 voix au 1er tour (sur plus de 15 000 suffrages exprimés) mais se maintint au second tour pour ne pas rentrer dans des "marchandages". Il ne fut évidemment pas élu bien qu’ayant gagné plus de 500 voix. Il subit un nouvel échec aux élections municipales de Paris en 1929, présenté par l’Association républicaine indépendante du XVIIe.

Après la défaite de 1940 Léo Poldès s’exila en Amérique latine. Il fut déchu de la nationalité française et son appartement fut pillé par les Allemands. Au Brésil, selon Juliette Goublet, il créa la Tribune franco-brésilienne mais fut arrêté sur la demande de l’ambassadeur d’Allemagne. Il partit pour l’Uruguay où il créa une émission de radio : La voix de Paris, Tribune de la France Libre en Amérique latine, et milita pour la France Libre.

Il fut nommé consul honoraire de la République d’Uruguay et reçut la médaille de la Résistance. Il était chevalier de la Légion d’Honneur au titre de l’Éducation nationale depuis 1932 et titulaire de nombreuses décorations françaises et étrangères.

À la fin de la guerre Poldès revint en France et remit en activité le Club du Faubourg. À sa mort (1970) sa femme continua quelque temps à animer celui-ci.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126800, notice POLDÈS Léo (SZESZLER Léopold dit) par Nicolas Offenstadt, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Nicolas Offenstadt

ŒUVRE : Le Forum, pièce d’actualité en trois actes, Paris, Éd. du Faubourg, 1921.(joué au théatre d’art libre en 1920 et au théâtre confédéral en 1923). — Le Réveil, pièce en trois actes sur la Russie des soviets, Éd. du Faubourg, s.d. (joué au Faubourg en 1924). — L’éternel ghetto, Éd. Radot (1928). — Pour la défense des libertés le Club du Faubourg réclame justice, Au Club du Faubourg, 1936.

SOURCES : Arch. Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, ex. BMP, bobines n°20, 29, 59 (notes de Jacques Girault). — Parti socialiste,17e congrès national tenu à Strasbourg les 25-29 février 1920, c.r. sténographique. — Le Faubourg, 1918-1939, passim (Après 1945 le Faubourg ne reparaît que sous la forme d’un bulletin ronéotypé).

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