POMMERA Marcelle, Renée, épouse LAURAT

Par Jean-Louis Panné

Née le 30 octobre 1905 à Paris (XIe arr.), morte le 26 août 1965 à Paris (XIVe arr.), institutrice ; militante socialiste, animatrice de la tendance Combat marxiste, professeur au Centre confédéral d’éducation ouvrière, conseillère du gouvernement Léon Blum*.

Fille de Herni Pommera, mécanicien devenu marchand de couleurs et vernis avenue de Clichy, et d’Augustine Ruelle, ménagère, Marcelle Pommera entra à l’École normale d’institutrices où elle rencontra Marthe Marcouly qui devint son amie. Devenu institutrice, elle exerça à l’école de filles de la rue Vauvenargues (XVIIIe arr.) et, dès sa nomination, adhéra au syndicat unitaire des membres de l’Enseignement laïc de la région parisienne.

En 1928, elle fit la connaissance de Lucien Laurat dit Otto Maschl, au Cercle communiste Marx et Lénine. À partir de cette rencontre, l’itinéraire de Marcelle Pommera se confondit, dans le domaine politique et personnel, avec celui de Lucien Laurat qu’elle épousa le 6 mars 1930 à Paris (XVIIIe arr.). Cette année-là elle soutint l’action du « Comité des 22 » en faveur de l’unité syndicale et participa à la conférence des minoritaires parisiens à la Bourse du Travail réunie les 30 novembre et 14 décembre 1930. Toutefois, avec quelques camarades du Cercle, syndicalistes CGT ou CGTU, elle critiqua, dans une lettre (non publiée par le Cri du Peuple) la référence à la Charte d’Amiens, considérant celle-ci comme obsolète pour le mouvement syndical des années trente. Avec ces mêmes camarades, elle prôna courant 1931, l’unification au sein de la CGT qui offrait, selon eux, plus de liberté d’action aux révolutionnaires que la CGTU. En conséquence, elle adhéra à la centrale dirigée par Léon Jouhaux.

Passionnée de pédagogie, elle s’intéressa aux expériences de l’école Montessori qu’elle présenta dans Monde. Elle publia en mai 1931 une contribution sur « l’École du capitalisme » dans le numéro spécial de cet hebdomadaire consacré au cinquantenaire de l’École laïque.

En mars 1931, Marcelle Pommera s’était associée à la protestation élevée contre la déportation du directeur de l’Institut Marx-Engels de Moscou, David Riazanov. Collaboratrice de la Critique sociale, elle y rendit principalement compte des ouvrages planistes notamment de Révolution constructive, ouvrage publié par P. Boivin, G. Lefranc et M. Deixonne, dont elle ne partageait pas les analyses. Mais à partir de 1932, ce fut au sein du Parti socialiste que Marcelle Pommera exerça l’essentiel de son action. Avec plusieurs membres du Cercle communiste dont Lucien Laurat, elle rejoignit la SFIO et anima le courant qui, s’inspirant du planisme belge, publiait la revue le Combat marxiste. Ce groupe dominait la IXe section socialiste de Paris et organisa son propre Cercle d’études marxistes administré par W. Epstein. Les cours d’économie marxiste de Marcelle Pommera, « lecture commentée du Capital », furent édités en fascicules

En vue du congrès de la Fédération socialiste de la Seine de 1934, le groupe présenta une motion intitulée « Pour l’offensive socialiste », que Marcelle Pommera signa avec des membres de Révolution constructive, des rédacteurs du Populaire et de la Bataille socialiste. L’idée d’une économie de transition planifiée « caractérisée par la coexistence d’un secteur collectivisé et d’un secteur libre » y était mise en avant. Les événements du 6 février ne permirent pas que cette motion soit débattue, mais le groupe présenta pour le congrès national de Toulouse (20-23 mai 1934) un appel et plusieurs textes qui recueillirent quelques mandats. Amenée à traiter plus fréquemment de la question russe dans le Combat marxiste, Marcelle Pommera dénonça en 1934 la « carence de la presse socialiste » en ce domaine.

Courant 1935, elle préconisa un rapprochement entre les planistes de la SFIO et la CGT dont le « mérite [était] d’avoir amorcé techniquement, par le Plan, les tâches des socialistes au pouvoir », face à un Parti socialiste incapable d’animer la commission du plan mise en place après le congrès socialiste de Toulouse et présidée par J. Zyromski. À l’automne 1935, Marcelle Pommera critiqua la plate-forme d’action commune PS-PC du point de vue économique ; elle considérait que les nationalisations ne pouvaient être confondues avec le socialisme et que le mot d’ordre communiste « Faire payer les riches » n’était que démagogie anti-marxiste. Elle dénonça « la provocation de Jacques Duclos* », qui dans son discours du 2 décembre 1935 à la Mutualité, avait développé les conceptions communistes en matière d’unification des Partis socialiste et communiste. Les exigences de Duclos rendaient, selon elle, cette unité impossible car « ni le dogme de l’infaillibilité bolchevique, ni l’adhésion à la IIIe Internationale, ni la structure bolchevique du parti » n’étaient acceptables. En juin 1936 au Combat marxiste succéda Idée et action, revue mensuelle du mouvement socialiste et syndicaliste international. Les témoins de l’époque affirment que cette revue financée par W. Epstein avait été créée à l’intention de Marcelle Pommera qui en devint la secrétaire de rédaction.

Déléguée au XXXIIIe congrès national du Parti socialiste (Paris, 30 mai-2 juin 1936), au titre de la Fédération de la Seine, elle réclama l’application intégrale du programme de Front populaire dont elle n’envisageait la réalisation que par des réformes de structures allant vers une « société de transition à vastes secteurs collectivistes ». Elle critiqua également le projet de charte d’unité des partis socialistes et communistes présenté par la Bataille socialiste parce que ce projet imposait « un credo envers le caractère socialiste de la Russie soviétique » qu’elle jugeait comme non acquis au regard des critères avancés par Zyromski lui-même.

Conseillère au ministère des Affaires sociales dans le gouvernement Léon Blum, l’accroissement du nombre d’élèves au Centre confédéral d’éducation ouvrière l’amena à assurer des cours d’économie politique en parallèle à ceux dispensés par Lucien Laurat, durant l’année scolaire 1936-1937. Elle enseigna également à l’école supérieure socialiste de la SFIO de 1936 à 1940 et collabora à l’Almanach populaire. Contrairement à son mari, Marcelle Pommera ne signa pas l’appel du 15 septembre 1938 lancé par les Nouveaux cahiers qui proposait la neutralisation de la Tchécoslovaquie sous la garantie des grandes puissances européennes. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle collabora au Pays socialiste, hebdomadaire des paul-fauristes, qui avait succédé au Socialiste.

Lors de la défaite de 1940, Marcelle Pommera partit à bicyclette vers le sud de la France en emmenant le fichier des Femmes socialistes. Rentrée à Paris, elle s’abstint de toute collaboration à la presse (contrairement à ce qui a été écrit un peu légèrement) à l’inverse de Lucien Laurat. Elle put ainsi témoigner au procès de G. Albertini*, ce dernier ayant évité la déportation à W. Epstein.

Marcelle Pommera milita ensuite dans le mouvement européen, anima une association « Art et Connaissance » destinée à faire découvrir les richesses artistiques, architecturales, picturales et autres de la France. Elle participa dans les années cinquante au Cercle d’études sociologiques animé par G. Vinatrel et Albert Vassart* et collabora au BEIPI. Les militantes qui l’ont connue conservent d’elle le souvenir d’une femme de forte personnalité, sensible, intelligente et courageuse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126840, notice POMMERA Marcelle, Renée, épouse LAURAT par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 11 mars 2021.

Par Jean-Louis Panné

ŒUVRE : Collaboration aux périodiques cités. — Cercle d’études marxistes, cours de M. Pommera (10 fasc.). — Collaboration à Grandeur et déclin de la France à l’époque contemporaine, Martel, 1946. — Le drame économique et monétaire français depuis la Libération, Les Iles d’or, 1953 (avec L. Laurat).

SOURCES : Arch. PPo. 96. — Le Bulletin communiste, n°32-33, juillet 1933. — Monde, n° 133, 20 décembre 1930. — Le Combat marxiste, 1933-1936. — Idée et Action, 1936-1937. — Est & Ouest, n°347, 16-30 septembre 1965. — C. Ronsac, Trois noms pour une vie, Laffont, 1988. — J. Rabaut, Tout est possible, les "gauchistes" français, 1929-1944, Denoël, 1974. — G. Lefranc, Essais sur les problèmes socialistes et syndicaux, Payot, 1970. — Témoignages de Cécile Michaud et Lucienne Rey.

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