POTHIER Léon, Benoît

Par Jacques Girault

Né le 14 mai 1899 à Paris (XVIIe arr.) ; mort le 5 août 1981 à Toulon (Var). Ouvrier, puis artisan plombier ; militant communiste, secrétaire de la IXe Union régionale CGTU (1926-1929) ; adjoint au maire de Toulon (1945-1947).

Fils de petits commerçants devenus hôteliers dans le XIXe arr. de Paris, Léon Pothier, sixième d’une famille de sept enfants, fut orphelin très jeune. Il fréquenta l’école de la rue de la Grange-aux-Belles où son instituteur de dernière année, Roussel (s’agit-il du futur dirigeant syndicaliste ?) pratiquait des méthodes pédagogiques originales qui le marquèrent. Après avoir obtenu le Certificat d’études primaires en 1912, il commença un apprentissage de commis plombier métreur. Il passa toute la guerre à Paris. Membre des Jeunesses syndicalistes dans le Xe arr., il fut mobilisé le 15 avril 1918 dans l’infanterie. Sous-officier dans l’aviation en Allemagne, puis en Syrie, il participa à divers mouvements revendicatifs contre l’occupation et pour la démobilisation qui fut effective le 20 mars 1921. Son adhésion à l’Association républicaine des anciens combattants fut reçue par Jacques Duclos.

Pothier travaillait chez un métreur de la place Péreire quand il se maria en janvier 1922 (voir Francine Pothier) à Tonnerre (Yonne). Sa femme ne supportant pas le climat parisien, Pothier partit en novembre 1922 pour Nice (Alpes-Maritimes). Il adhéra au Parti communiste au début de 1923. Ses amis étaient alors de tendance anarchiste et il fréquenta Panaït Istrati. Il prit un congé lors des élections législatives de 1924 pour militer dans la région de Cannes. Ayant perdu son emploi, il y travailla alors comme ouvrier plombier.

En contact avec Robert Louzon, il devint secrétaire du syndicat CGTU des ouvriers plombiers qui se forma à la veille d’une grève. Secrétaire de la cellule communiste de Cannes, membre du comité du rayon communiste (signalé par la police comme secrétaire fédéral du Parti communiste), il se lia d’amitié avec Virgile Barel (voir ce nom). Il fut délégué au congrès national du Parti communiste à Clichy et certaines de ses interventions furent reproduites dans l’Humanité. Il intervint le 17 janvier 1925 sur la question des cellules en province. Il attaqua la « droite » du parti, approuva le Bureau politique qui, au nom de « l’ensemble du parti a exclu ceux qui ont donné un coup de poignard au parti », citant notamment Monatte et Louzon qu’il connaissait bien. Il souhaita notamment « une action méthodique parmi les petits porteurs de fonds russes », sensibilisé qu’il était par un des thèmes de la campagne des adversaires du Parti communiste dans les Alpes-Maritimes où ils étaient nombreux, y compris parmi les adhérents du Parti communiste. Le 22 janvier 1925, enfin, il s’opposa aux conclusions de Marrane sur l’Humanité du Midi qui, déficitaire, devait être supprimée.

Responsable de la commission syndicale de la région communiste niçoise, membre du bureau régional, secrétaire départemental de l’ARAC, il signa un article dans les Cahiers du bolchevisme (25 février 1926) en tant que secrétaire de la région niçoise. Dans ses rapports envoyés à la direction du Parti communiste au début de 1926, Pothier dut répondre aux diverses critiques concernant l’influence de la « droite » du parti dans les Alpes-Maritimes. Il pensait que Louzon n’avait plus d’influence parmi les membres du parti. De tels rapports laisse apparaître un militant nullement impressionné par les avertissements de la direction. Il se montrait aussi soucieux de préserver l’indépendance du syndicalisme et s’efforçait d’éviter les heurts fréquents entre Barel et Doucet* (voir ces noms). Il prit position contre la proposition de ce dernier d’instituer une direction unique du parti et du syndicat. Il présida le congrès régional communiste à Cannes en juin 1926.

Participant régulièrement aux réunions de la direction départementale de la CGTU, Pothier fit partie de la commission d’enquête nommée par le congrès régional de la CGTU, en avril 1926, pour trancher le différend Viort-Flandrin (voir ces noms) en région toulonnaise. Dans ses conclusions, l’enquête indiqua que la direction de la région syndicale devait revenir aux militants niçois. Aussi, lors de la réunion de la commission exécutive régionale, le 25 juillet 1926, il fut désigné comme secrétaire non permanent par 7 voix contre 5 à Flandrin. Intervenant le 18 septembre 1926 au nom de l’Union locale CGTU de Toulon lors de la réunion du Comité confédéral national, il opposa « la stratégie des grèves » celle de la « stratégie des revendications ».

Tout en habitant Cannes, Pothier dut s’occuper du Var. Les militants toulonnais y virent une victoire de Viort. Au congrès de Saint-Raphaël, le 27 mars 1927, il fut réélu avec difficultés. Les heurts avec Nicolini et Orsini (voir ces noms) atteignirent une rare violence. Aussi, décida-t-il de venir habiter Toulon. Sans emploi, il fut appointé par la CGTU. Il venait d’être inculpé pour bagarre avec la police à la suite d’une manifestation contre les fascistes à Nice, le 19 mars 1927. Condamné à deux mois de prison par le Tribunal correctionnel, après onze jours de détention préventive il fut placé en liberté provisoire, son dossier, selon la police, ayant été égaré. Ce dernier fut ressorti en juin 1929 et la condamnation fut confirmée. Peu après son arrivée à Toulon, en juin 1927, des troubles avaient éclaté à la prison maritime après le 14 juillet. Léon Pothier assista au congrès de la CGTU tenu les 19-24 septembre 1927 à Bordeaux (Gironde). Délégué au meeting parisien de la Grange-aux-Belles, le 6 octobre 1927, Pothier exprima sa solidarité avec les mutins et demanda l’amnistie.

Pothier entretenait des rapports avec les socialistes. Leur hebdomadaire, le Réveil du Var notait, le 10 novembre, qu’il était « doux, correct et conciliant [...] en présence des délégués SFIO ». Cette attitude irritait les communistes toulonnais. Pourtant, Pothier arriva à se faire admettre. Dans son rapport pour la direction du parti, le 18 septembre 1928, Arrighi estimait qu’il avait « bien travaillé » et qu’il jouissait « d’une assez grande influence sur les ouvriers », formant la « charpente » du parti dans la région toulonnaise.

Délégué aux congrès nationaux de la CGTU (détenant les mandats de huit syndicats de la région au congrès de Bordeaux, les 19-24 septembre 1927), participant aux réunions du Comité confédéral national, Pothier fut désigné pour assister au congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou en avril 1928. Selon ses souvenirs, il fut plus marqué par le pays que par le congrès lui-même.

Habitant dans le 3e canton de Toulon, Pothier y fut candidat communiste pour le conseil d’arrondissement, le 14 octobre 1928, et obtint 117 voix sur 9 526 inscrits et en conserva 28 au 2e tour. Il avait réussi à asseoir son autorité. Lors de l’assemblée générale de la Bourse du Travail, le 24 janvier 1929, sa motion sur l’alternance nécessaire entre CGT et CGTU pour les postes de responsabilités au secrétariat, obtint 20 mandats contre 23 à celle présentée par Portalis (voir ce nom) dirigeant de la CGT.

En raison de cette autorité accrue, le Parti communiste envisagea de lui confier la responsabilité de l’organisation. Membre du comité du rayon communiste, il devait, selon la police, en mars 1929, en assurer le secrétariat, décision qui souleva l’hostilité des syndicalistes. Chargé du secrétariat de l’Union locale CGTU, il demanda, en avril 1929, à être remplacé, s’estimant atteint d’une « sérieuse fatigue morale », voulant « reprendre sa place au chantier ». Le congrès de la neuvième Union régionale CGTU, le 20 mai 1929, le remplaça au poste de secrétaire général lui attribuant la fonction de secrétaire général suppléant. En juillet 1929, il reprit son emploi d’ouvrier plombier après avoir été candidat aux élections municipales sur la liste du Bloc ouvrier et paysan, les 5 et 12 mai 1929.

Pothier dut séjourner quelques temps en Algérie. Il fut dépêché pour diriger la grève des dockers, à la suite de l’arrestation de Toorecillas* et Sastre. Il écrivit un article à son sujet dans la Vie ouvrière du 5 juillet 1929.

Toutefois, sa mise à l’écart progressive ne se comprend que replacée dans le contexte général de la lutte contre « l’opportunisme » qui visait les militants du Var. Le 12 janvier 1930, le rapport au comité régional communiste citait Pothier pour avoir empêché « la clarification et la lutte politique contre les opportunistes ». Lors de la conférence du rayon communiste à Carnoules, le 26 janvier 1930, les critiques furent atténuées. La Région pensait en effet lui proposer la responsabilité du secrétariat de rayon que Seillon (voir ce nom) venait d’abandonner, victime des mêmes accusations. Elle lui demandait notamment d’être plus « ferme » avec les ouvriers de l’Arsenal maritime. Ce que Pothier refusa.

Représentant du Secours rouge international et militant assidu de la commission exécutive de la IXe Union régionale CGTU, Pothier fut reconduit dans ses responsabilités en juillet 1930.

Suivent alors des informations contradictoires. En avril 1930, la police le citait comme secrétaire du rayon. Il aurait exercé cette responsabilité du 16 avril 1930 à mai 1931, et fut à ce titre le responsable du travail antimilitariste. Pourtant, selon son témoignage, Pothier n’avait jamais exercé ces fonctions. Cette affirmation correspond aux notes prises par Kraus (voir ce nom) qui, à aucun moment, ne le cite comme secrétaire du rayon.

Son beau-frère l’aida à s’installer à son compte en juillet 1931. Pothier cessa progressivement de militer. Il se contenta de payer ses cotisations au trésorier de la cellule de Toulon-centre à partir de 1932. Avec son épouse, il devint un adepte du camping. Le Parti communiste lui proposa d’être candidat au conseil général en 1931. Son refus suscita de multiples protestations. Par la suite, il milita seulement au sein du Comité de défense prolétarienne contre les victimes du fascisme et au sein de l’association des Amis de l’Union soviétique.

Mobilisé en septembre 1939, démobilisé le 26 juin 1940, Pothier figurait parmi les communistes surveillés par la police en septembre 1940. Pendant la guerre, Georges Marrane le contacta pour lui proposer d’entrer au Front national. Il accepta et s’occupa de la presse clandestine. Arrêté en mars 1944 par le dirigeant du Parti populaire français Vedovini, il fut relâché peu de temps après, non sans avoir été molesté. À la Libération, il dirigea le journal le Front national. Devenu membre de la délégation municipale de Toulon, installée le 7 septembre 1944, présidée par Franck Arnal (voir ce nom), il y représenta le Parti communiste. Délégué aux travaux, il fut désigné comme membre consulaire du Tribunal de commerce.

Pothier prit possession des locaux du Petit Var et devint directeur du quotidien des forces de la Résistance, la Liberté du Var. Vice-président de l’association des directeurs de journaux de province, il participa à de nombreuses réunions nationales. Quand des désaccords survinrent entre le Parti communiste et le Mouvement républicain populaire au sujet du journal, Pothier se prononça la création d’un journal spécifiquement communiste. Il fut remplacé à la tête du journal en février 1946.

Secrétaire de la sous-section communiste du quartier Saint-Roch jusqu’en 1948, candidat aux élections municipales, le 29 avril 1945, sur la liste « d’Union patriotique républicaine antifasciste », Pothier fut élu sur la liste commune au 2e tour. Adjoint au maire (délégué aux travaux), il fut désigné pour la commission départementale du relogement. Candidat, le 19 octobre 1947, sur la liste d’Union républicaine et résistante et de défense des intérêts communaux, il fut élu. Il fut à nouveau candidat, le 8 mai 1949, sur la liste d’Union républicaine et résistante.

Pothier resta par la suite simple adhérent du Parti communiste. Quand se constitua la Confédération générale unifiée de l’artisanat, le 26 octobre 1946, il en devint le président national pendant deux ans. Il présida la neuvième région de la Confédération artisanale du bâtiment et des petites entreprises ainsi que le Comité artisanal du bâtiment dans le Var et, à partir de mars 1948, fut rédacteur en chef de l’Artisan varois, organe du Comité artisanal du bâtiment et des travaux publics. Président de la Chambre des métiers du Var de 1911 à 1971, il en fut ensuite président honoraire. Il fut aussi pendant quelques années vice-président de la Fédération nationale du bâtiment. À la fin 1977, Pothier vendit son entreprise à son neveu.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127069, notice POTHIER Léon, Benoît par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 mai 2022.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/12972, 13021, 13090, 13096-97, 13104-05, 13118, 13123, 13163-64, 13584, 13586. — Arch. Dép. Gironde, 1 M 577. Arch. Dép. Alpes-Maritimes, 416, 513. — Arch. Dép. Var, 2 M 6 25, 7 32 3, 35 4, 4 M 49 4 2, 59 4 1, 2, 3 Z 3 40, 2 10, 4 29. — Arch. IRM, microfilm 88, 122, 186, 305. — Arch. J. Sauli — Notes de R. Gallissot. — Rens. de l’intéressé, de sa la famille et J.-M. Guillon.

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