POUILLOUX Jules

Par Alain Dalançon, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 27 juin 1890 à Caunay (Deux-Sèvres), mort le 4 décembre 1981 à La Verrière (Yvelines) ; instituteur ; militant syndicaliste, secrétaire du Syndicat unitaire de l’enseignement de la Vienne, puis du Syndicat unique des personnels de l’enseignement public de la Vienne.

Les parents de Jules Pouilloux, Jacques Pouilloux, cordonnier de son état, et Adeline Brousseau, mariés le 8 février 1875 à Caunay, dans un pays où le protestantisme était resté vivant, le firent baptiser à l’église et lui firent faire sa première communion. Il fut élevé avec son frère aîné, Louis, et une petite cousine, Cécile Brousseau, tous deux nés en 1883, dans ce village où son père cultivait aussi quelques arpents. Puis bon élève, il alla à l’école primaire supérieure de Parthenay (Deux-Sèvres) et devint élève maître à l’École normale d’instituteurs du département installée dans la ville. Il en sortit en 1910 mais, comme d’autres normaliens deux-sèvriens, il alla enseigner dans le département voisin de la Vienne, à Marnay, entre Vivonne et Gençay, à une trentaine de km seulement de son village natal qu’il pouvait rallier à vélo.
Il effectua son service militaire, d’octobre 1911 à octobre 1913, au 125e régiment d’infanterie de Poitiers, qu’il termina au grade de sergent et reprit son service d’instituteur à Marnay. Il s’y maria aussitôt après, le 12 novembre 1913, avec Berthe Monnet, institutrice, issue d’une famille protestante, devenue libre penseuse, née le 20 mai 1889 à Souvigné (Deux-Sèvres), commune proche de la sienne, où son père était également cordonnier. C’est sans doute à cette époque qu’il adhéra au Syndicat des instituteurs dirigé par Alphonse Bouloux qu’il allait souvent retrouver par la suite.
En août 1914, Jules Pouilloux fut remobilisé pendant cinq ans dans divers régiments d’infanterie. Blessé par balles à la fesse droite dès le 24 août 1914, il revint au front avec le grade de sous-lieutenant. À nouveau blessé le 6 mai 1916 à Verdun par un éclat d’obus au bras droit, il obtint une citation (« officier très consciencieux et très brave ») et ne fut démobilisé que le 5 août 1919, au grade de lieutenant de réserve, et fut gratifié de la Croix de guerre puis de la Légion d’honneur en 1921 (renseignements inscrits dans son dossier militaire) mais il ne le rappela jamais.
Ayant passé sept ans sous l’uniforme, dont quatre au front, il revint à la vie civile, pensionné à 45%, profondément antimilitariste, et se consacra dès lors à la propagande pacifiste et au syndicalisme.
« Dès 1920, racontait-il, j’ai pris la parole au cours de banquets de combattants. J’étais mal accueilli, "je faisais de la politique", je ne mangeais ni du boche, ni du communiste. » Affilié à l’Union fédérale des anciens combattants, il présida la commission de contrôle de sa mutuelle. Il la quitta pour rejoindre l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC). Les deux années suivantes, il mena une active campagne de solidarité en faveur des victimes de la famine en URSS.
Jules Pouilloux et son épouse furent nommés à Morthemer (Vienne) en 1919, puis à Thurageau de 1922 à 1928. Ils avaient alors deux fils, Jean né à Poitiers en 1915, et Jacques né à Morthemer en 1920. Ils obtinrent leur mutation pour Poitiers en 1928.
De 1919 à 1935, il exerça diverses responsabilités dans l’Association syndicale puis Syndicat unitaire départemental de la Vienne : secrétaire, secrétaire adjoint, trésorier, secrétaire au bulletin L’Action corporative. Le syndicat avait une influence hors de proportion avec ses effectifs (60 à 65 sur 1 200 instituteurs et institutrices). Il était dirigé par le communiste Bouloux au début de la décennie, et Pouilloux eut avec ce dernier quelques démêlées : ainsi lui écrivit-il en novembre 1921, après l’AG, pour se plaindre que sa proposition de débat sur le droit syndical et l’unité ait été rejetée car non prévue à l’ordre du jour. Il appartint en effet également au Syndicat national (CGT). Aussi fut-il candidat au conseil départemental de l’enseignement primaire tantôt contre la liste SNI, tantôt sur une liste commune.
De 1919 à 1935, Jules Pouilloux assista à tous les congrès de la Fédération unitaire de l’enseignement. À celui de 1927, alors que la confrontation entre tendances se tendait, il fit adopter une motion (163 voix, contre 37 et 3 abstentions) permettant de publier dans la presse fédérale (L’École émancipée et l’Émancipation) « tout article de haute tendance qui ne risquerait pas de nuire à la fédération ».
La fusion de 1935 réalisée, il soutint dans le SNI les « Amis de l’École émancipée », demanda au congrès national de 1936 la création d’un syndicat unique (« Plusieurs professeurs de faculté dans la Vienne, me demandent souvent : « quand vous, instituteurs, voudrez-vous bien nous recevoir parmi nous ? », et il parvint difficilement à faire paraître dans L’École libératrice des articles reprenant cette proposition. Il fut cependant élu en 1938 au Conseil départemental.
Jules Pouilloux assista au congrès mondial contre la guerre et le fascisme salle Pleyel, créa des sections de la Ligue internationale des combattants de la paix et fut élu en décembre 1938 président de la section locale. Il fut cependant opposé à non-intervention pendant la guerre d’Espagne, mais favorable aux accords de Munich, sans participer à la campagne contre la guerre décidée par la direction du SNI à l’automne 1938, « persuadé que la guerre était inévitable ». Déjà gréviste le 12 février 1934, il fut gréviste, avec son épouse, le 30 novembre 1938 et ils furent sanctionnés de huit jours de retenue de salaire. Bien que non encarté dans un parti politique, il votait toujours pour les candidats communistes, avant et après la guerre, « bien que je sois offusqué par le culte de la personnalité ».
Non mobilisé en 1939, Jules Pouilloux évita à son fils aîné, Jean, ingénieur des Arts et métiers, de partir au Service du travail obligatoire en lui trouvant une embauche d’ouvrier agricole. Il approuva l’entrée en Résistance de ses deux fils.
À la Libération, bien qu’ayant atteint l’âge de la retraite, Jules Pouilloux fut la cheville ouvrière de la création d’un Syndicat unique des personnels de l’enseignement public de la Vienne comportant six sections (premier degré, second degré classique, moderne, technique, services administratifs, retraités), qui correspondaient aux syndicats nationaux de la FGE-CGT reconstituée. L’appel fut lancé début novembre 1944 par Louis Robert, dernier responsable du SNI d’avant-guerre, secrétaire général provisoire, Téneau, trésorier, et par lui, responsable du bulletin. À l’AG qui suivit, il fut élu secrétaire général avec Biais et Marthe Rivereau pour adjoints. Le syndicat comptait déjà, à la fin 1944, 557 adhérents dans 20 cantons, 7 n’ayant pas encore transmis leurs cotisations.
Babin fut élu secrétaire général de la section du Syndicat national des instituteurs à l’AG du 21 juin, à qui succéda Pelladeau en novembre 1945. Pouilloux ne figurait plus dans le bureau du SN, mais participa au conseil national de la FGE des 23 et 24 juillet 1945, où il défendit le principe de la constitution de syndicats uniques départementaux. Au congrès national fédéral d’avril 1946, qui vit la transformation de la FGE en FEN, fédération d’industrie de la CGT, il souhaita aller plus loin que le rapport de Paul Delanoue qui fut adopté, conciliant l’existence des syndicats nationaux avec celle des syndicats départementaux qu’il convenait de développer : il insista une nouvelle fois pour que se constitue obligatoirement des syndicats uniques départementaux. Il fut élu titulaire de la CA nationale ; il en était encore suppléant en 1948 et en 1949. Il resta secrétaire du syndicat de la Vienne jusqu’en 1949, résistant jusqu’au bout à l’existence de ce type de structure qui fut abolie par le congrès de la FEN de 1949 au bénéfice des seules sections départementales ;
En 1948, Jules Pouilloux se prononça pour le maintien du SNI et de la FEN à la CGT (la consultation au SNI donna dans le département 334 pour le maintien, et 212 contre) et il adhéra à la FEN-CGT dont il fut élu à la CA nationale en 1949. Il resta fidèle à cette affiliation individuelle à la centrale ouvrière au moins jusqu’en 1954, tout en appuyant les positions des « Amis de l’École émancipée », héritiers de la Fédération unitaire. Il avait donc une position originale parmi les « cégétistes », comme Laurent Schwartz, mais sans jamais avoir été tenté par le trotskisme. Il soutint René Bibault, résistant, jeune instituteur communiste, quand celui-ci devint secrétaire général de la section du SNI en juillet 1949, et il réoccupa un temps, en 1953, le secrétariat de la section départementale de la FEN, faute de candidat actif.
Jules Pouilloux, tout en refusant de s’inscrire à un parti politique, avait repris son militantisme pacifiste à la Libération, au sein des Combattants de la paix. Il assista à deux congrès nationaux salle Pleyel et au congrès mondial pour la paix à Varsovie.
Il prit en 1968 l’initiative de regrouper les pionniers du syndicalisme enseignant restés dans le sillage de l’École émancipée.
Veuf depuis le 29 décembre 1971, il résidait en 1975, au centre gériatrique La Chimotaie de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) en Vendée. Il continuait d’écrire le récit de sa vie. Diverses publications furent imprimées par la SEUC, imprimerie du SNI de la Vienne, mise en place par son ami René Bibault, dont Souvenirs d’un petit paysan, Souvenirs d’un militant et 50 ans de syndicalisme. Il mourut au centre gériatrique Marcel Rivière de la MGEN.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127138, notice POUILLOUX Jules par Alain Dalançon, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 avril 2021.

Par Alain Dalançon, Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Unité... Unité... Unité à la CGT au moment de la scission, s.d. [1947]. — Vous aimez la paix... mais êtes-vous pacifiste ?, (brochure approuvée par Yves Farge et préfacée par l’abbé Boulier, vendue à deux mille exemplaires). — 50 ans de syndicalisme, SNI-Vienne, 1981. — Souvenirs d’un petit paysan, Souvenirs d’un militant et 50 ans de syndicalisme.

SOURCES : Arch. Dép. Deux-Sèvres et Arch. Dép. Vienne, état civil, registre matricules 1910, recensement Thurageau de 1926. — Arch. IRHSES : L’Action corporative, Bulletin du Syndicat unique de la Vienne ; Cahier des délibérations du SNI de la Vienne (1927-1951) ; L’Action syndicaliste universitaire, octobre 1949 ; L’École émancipée, mars 1952 (« 40 ans au service du syndicalisme révolutionnaire), 23 mai 1970.— L’Humanité, 9 août 1927 ; Le Temps, 5 août 1936 ; Le Barrage, 15 décembre 1938. — L’École libératrice, L’Enseignement publicLe Front populaire de la Vienne, 25 février 1939. — Lettres de Jules Pouilloux à Jean Maitron (1970-1974). — Renseignements fournis par l’intéressé à Jacques Girault (1975-1978). — Notes de Laurent Frajerman.

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