POUILLOUX Jules

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 27 juin 1890 à Caunay (Deux-Sèvres), mort le 4 décembre 1981 à La Verrière (Yvelines) ; instituteur ; secrétaire du syndicat unitaire de l’enseignement de la Vienne.

Fils d’un cordonnier-cultivateur, Jules Pouilloux reçut les premiers sacrements catholiques. Il sortit de l’École normale d’instituteurs de Parthenay en 1910 mais dut, comme d’autres normaliens, aller enseigner dans la Vienne, secrétaire de mairie la première année, et adhéra au syndicat. Après deux ans et demi de service militaire, Pouilloux, mobilisé comme sergent, fit cinq ans de guerre et fut blessé à deux reprises. Il fut démobilisé comme sous-lieutenant.

Revenu du front profondément antimilitariste, il se consacra à la propagande pacifiste et au syndicalisme : « Dès 1920, j’ai pris la parole au cours de banquets de combattants. J’étais mal accueilli, "je faisais de la politique", je ne mangeais ni du boche, ni du communiste. » Affilié à l’Union fédérale des anciens combattants, il présida la commission de contrôle de sa mutuelle. Il la quitta pour rejoindre l’Association républicaine des anciens combattants. Les deux années suivantes, il mena une active campagne de solidarité en faveur des victimes de la famine en URSS.

Il se maria avec une institutrice d’origine protestante devenue libre penseuse. Le couple eut trois enfants. Instituteur à Thurageau de 1922 à 1928n il obtint sa mutation pour Poitiers en 1928.

De 1919 à 1935, Pouilloux assista à tous les congrès de la Fédération de l’enseignement (Tours, Bordeaux, Brest, Paris, Dijon, Grenoble) puis à ceux de la Fédération unitaire. Pendant cette période il exerça diverses responsabilités dans le syndicat de la Vienne : secrétaire, secrétaire adjoint, trésorier, secrétaire au Bulletin. Le syndicat unitaire avait, au plan départemental, une influence hors de proportion avec ses effectifs (60 à 65 sur 1 200). Pouilloux appartenait aussi au Syndicat national. Aussi Jules Pouilloux fut-il candidat au conseil départemental de l’enseignement primaire tantôt contre la liste SNI, tantôt sur une liste commune. La fusion de 1935 réalisée, il soutint la tendance École émancipée et parvint difficilement à faire paraître dans L’École libératrice des articles favorable au syndicat unique. Il fut alors élu au conseil départemental au titre du SNI. Déjà gréviste le 12 février 1934, il fut gréviste, avec son épouse, le 30 novembre 1938 et fut sanctionné de huit jours de retenue de salaire. Bien que non membre d’un parti politique, il votait toujours pour les candidats communistes, avant et après la guerre « bien que je sois offusqué par le culte de la personnalité ». Contre la non-intervention pendant la guerre d’Espagne, favorable aux accords de Munich, il ne participa pas à la campagne contre la guerre décidée par la direction du SNI à l’automne 1938, « persuadé que la guerre était inévitable ».

Non mobilisé en 1939, Pouilloux empêcha son fils, ingénieur, de partir au Service du travail obligatoire en lui trouvant une embauche d’ouvrier agricole. Il approuva l’entrée en Résistance de ses deux fils.

Jules Pouilloux assista au congrès mondial contre la guerre et le fascisme salle Pleyel, créa des sections de la Ligue internationale des combattants de la paix et fut élu en décembre 1938 président de la section locale. Ses convictions pacifistes l’amenèrent à approuver les accords de Munich.

À la Libération, bien qu’ayant atteint l’âge de la retraite, Pouilloux recréa le Syndicat des instituteurs de la Vienne dont le secrétaire était mort en déportation. Pour surmonter « l’esprit catégoriel », il lui donna un statut de syndicat unique ouvert aux professeurs et aux inspecteurs. L’expérience dura deux ans puis il fallut se soumettre aux statuts du SNI. Il mit sur pied une section départementale de la FEN dont il assura le secrétariat pendant quatre ans, tout en siégeant aux conseils syndicaux de la FEN et du SNI. En 1947, Jules Pouilloux se prononça contre l’autonomie de la FEN et fut un moment favorable au courant cégétiste. Il resta de 1948 à 1950 secrétaire de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale, puis à nouveau en 1953, et fut membre de la commission administrative nationale, titulaire en 1946 et suppléant en 1948 et en 1949. Il fut membre de la FEN-CGT au moins jusqu’en 1954 tout en appuyant la tendance École émancipée, héritière de la Fédération unitaire, dans la FEN. Il prit en 1968 l’initiative de regrouper les pionniers du syndicalisme enseignant restés dans le sillage de l’École émancipée.

Pouilloux avait repris ses activités pacifistes à la Libération, au sein des Combattants de la paix. Il assista à deux congrès nationaux salle Pleyel et au congrès mondial pour la paix à Varsovie.

Veuf depuis 1971, en 1975, Pouillloux résidait au centre gériatrique La Chimotaie de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale en Vendée. Il continuait d’écrire le récit de sa vie. Diverses publications furent ronéotées dont Souvenirs d’un petit paysan, Souvenirs d’un militant. Il mourut au centre gériatrique Marcel Rivière de la MGEN.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127138, notice POUILLOUX Jules par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 14 août 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Unité... Unité... Unité à la CGT au moment de la scission, s.d. [1947]. — Vous aimez la paix... mais êtes-vous pacifiste ?, (brochure approuvée par Yves Farge* et préfacée par l’abbé Boulier, vendue à deux mille exemplaires). — 50 ans de syndicalisme, SNI-Vienne, 1981.

SOURCES : Le Front populaire de la Vienne, 25 février 1939. — L’École émancipée, 23 mai 1970. — Le Barrage, 15 décembre 1938. — Lettres de Jules Pouilloux (1970-1974). — Notes de Laurent Frajerman. — Renseignements fournis par l’intéressé à Jacques Girault (1975-1978).

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