PRINGOLLIET André

Par Justinien Raymond, Gilles Morin

Né le 23 janvier 1879 à Ugine (Savoie), mort le 13 juillet 1965 à Ugine ;
cultivateur-négociant ; organisateur de la Mutualité agricole ; maire d’Ugine (1908-1940, 1947-1959), conseiller d’arrondissement (1910-1919), conseiller général (1919-1941), député socialiste puis néo-socialiste (1932-1942).

Né de parents cultivateurs dont il partagea les travaux après ses études primaires, André Pringolliet conserva ses attaches rurales quand il s’installa commerçant à Ugine, tenant un commerce de vins, débitant de boissons et de restauration, tout en conservant son exploitation. Il fut en Savoie l’un des promoteurs de la Mutualité agricole et n’avait guère plus de vingt ans lorsqu’il fut amené à présider la Fédération des mutuelles-bétail de la Savoie. Louis Gros* qui devait être député socialiste et maire d’Avignon, avait bien connu cette activité de Pringolliet quand il était inspecteur du Travail à Ugine. Il l’appela plus tard dans son département à soutenir l’action mutualiste. Il le présenta ainsi à son auditoire : “ C’est un modeste, né paysan et resté paysan... M. Pringolliet est un apôtre de la coopération. Il appartient à cette catégorie d’hommes qui font peu de bruit, mais qui travaillent en silence et obtiennent des résultats merveilleux... ”

Pringolliet s’intéressa aussi à la vie des corps de sapeurs-pompiers, agents de protection contre ce fléau qu’est l’incendie pour les exploitations agricoles isolées. Il fut membre du Conseil supérieur des sapeurs-pompiers et consacra à ces derniers une part de son action législative.

André Pringolliet entra dans l’action politique en franc-tireur, à l’avant-garde de la République. Conseiller municipal le 3 mai 1908, élu maire le 17 mai suivant il administra Ugine durant pratiquement cinquante années, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, puis de la Libération jusqu’en 1959, et lui donna un grand essor. En 1910, le canton d’Ugine l’élut au conseil d’arrondissement. En 1919, après avoir combattu pendant toute la guerre, il passa au conseil général. Aux élections législatives de novembre 1919, il figurait comme « cultivateur » sur la liste d’Union républicaine des candidats opposée au Bloc national et menée par Antoine Borrelqui fut le seul élu. Par deux fois, il se présenta aux élections sénatoriales : en 1927, il recueillit 118 voix et, le 3 mai 1931, 141 voix sur 647 votants contre 338 à l’élu, Antoine Borrel, député républicain-socialiste.
En 1932, le siège d’Albertville-Moutiers étant libéré par l’élection d’A. Borrel au Sénat, Pringolliet qui était devenu socialiste SFIO, ce qui signifiait pour lui l’affirmation d’un républicanisme fervent et actif mais non l’adhésion au marxisme et à la révolution, arriva aux élections législatives en tête au 1er tour avec 5 563 voix sur 18 161 inscrits et, au second tour du scrutin, l’emporta par 9 037 suffrages. Il appartint aux commissions d’administration générale, départementale et communale, et des PTT. Il fit partie de la commission extraordinaire d’enquête sur l’affaire Stavisky. Il fut rapporteur de plusieurs propositions de loi sur le régime des collectivités locales.

En 1933, lors de la scission néo-socialiste, il suivit Marcel Déat* et Adrien Marquet* par fidélité à un socialisme réformiste a-doctrinal. Sa réélection de 1936 en fut rendue plus difficile. Sur 18 555 inscrits, il ne recueillit que 4 051 voix comme candidat d’Union socialiste. La discipline du Front populaire le sauva au second tour : il l’emporta avec 7 566 voix contre 6 979 à Martin.
Au cours de la législature, Pringolliet réintégra le Parti socialiste SFIO. Il annonça que la section d’Ugine l’avait réintégré lors d’une réunion en présence de Sibué et Meunier le 20 décembre 1936. Le 10 juillet 1940, à Vichy, il vota la délégation des pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain. Arrivé à Vichy le 8 juillet, il écrira avoir voté les pleins pouvoirs au “Gouvernement de la République” comme je les avais votés aux gouvernements précédents”. Franc-Maçon, il fut suspendu de ses fonctions de maire en décembre 1940 et démissionné de celles de Conseiller général en février 1941. Il se retira alors dans sa propriété où pendant longtemps il n’eut aucune activité, si ce n’est de fréquenter un cercle restreint d’amis (Rapport des RG, 16 avril 1945). Il entra en contact avec des officiers de l’Armée secrète et organisa la résistance dans son canton au début de l’année 1943. Un an plus tard, se sentant peu en sécurité, il gagna le maquis malgré son âge. Président du Comité des Mouvements unis de la Résistance d’Ugine, il organisa à partir du 6 juin deux compagnies de 250 hommes dans son canton. Le 26 août 1944, il reprit avec le Comité départemental de la Libération (CDL) la mairie d’Ugine et la conserva jusqu’en janvier 1945, date à laquelle il démissionna à la suite de difficultés pour faire approuver les délibérations du conseil municipal par les socialistes locaux et il ne se représenta pas aux municipales de 1945.

Le Jury d’honneur, présidé par René Cassin, le 2 octobre 1945 le releva de l’inéligibilité qui frappait les parlementaires “ayant voté la délégation du pouvoir constituant à Philippe Pétain”, “Considérant qu’il est établi que l’intéressé a effectivement participé à cette lutte [contre l’ennemi ou l’usurpateur”] (J.O. du 14 octobre 1945. Le CDL, selon le préfet, se montrait “unanime pour informer les pouvoirs publics de l’attitude patriotique pendant l’occupation de M. Pringolliet qui a pris une part très active à l’action civile et militaire menée dans le département par la Résistance” (lettre du 1er octobre 1945). Le congrès extraordinaire du Parti socialiste du 9 décembre 1944 le maintint dans la SFIO pour services rendus au parti et à la Résistance pendant l’Occupation, mais avec suspension de tout mandat pendant la durée d’une législature, sanction confirmée par le congrès d’août 1945. Il fut exclu par la section d’Ugine, décision jugée illégale par le secrétariat national, le 21 septembre 1945. Aussi, lorsqu’il fut placé par la fédération de Savoie en 3° position sur la liste pour les élections législatives de juin 1946 (par 115 mandats sur 127), la section d’Ugine ne prit pas part au vote. Pringolliet fut réélu maire d’Ugine en 1947, à la tête d’une liste de concentration républicaine à laquelle fut opposée une liste SFIO et une liste PC. La liste socialiste orthodoxe battue au premier tour se retira laissant le choix du vote aux électeurs. Il fut réélu jusqu’en 1959. Pringolliet revint certainement à la SFIO puisqu’il fut désigné comme candidat à l’élection partielle de 1952 pour le Conseil de la République. Il retrouva par ailleurs une grande activité dans le domaine agricole, étant vice-président de la Caisse régionale de Crédit agricole, président de la Fédération départementales des mutuelles de Bétail, administrateur national de la Fédération de la mutualité agricole. et membre du Conseil d’administration des Caisses centrales de Mutualité agricole en 1952. À partir de 1948, il présida l’Association des maires de l’ancien arrondissement d’Albertville.

En 1954, il fut condamné par le tribunal de Chambery pour diffamation envers Bertin, secrétaire général des petites et moyennes entreprises dont il rappelait dans un article du Savoyard socialiste du 1er mars 1953 le passé de syndicaliste vichyste, responsable à Paris du Journal Au Travail. Cette condamnation suscita un immense émoi et des protestations de la Résistance régionale unie. Un meeting, réunissant les organisations de résistants, des partis de gauche, des syndicats et de nombreuses personnalités, rassembla 800 personnes le 10 janvier 1954. La Cour d’Appel de Chambery relaxa Pringolliet le 27 janvier 1955 et Bertin fut condamné aux dépens.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127448, notice PRINGOLLIET André par Justinien Raymond, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 juin 2014.

Par Justinien Raymond, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3382 ; fonds du Jury d’honneur. — Arch. Dép. Savoie, dossiers électoraux. — Dict. parl., op. cit. Le Socialiste savoyard, 1er mai 1931, 22 octobre 1932. — Le Monde, 15 juillet 1965. — Arch. Nat., F/7/15742, n° 2934, F1c/II/248. — Archives de l’OURS, correspondance Savoie. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001, p. 268. 

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