PROUDHON Émile, Jules, César

Par Jean Belin

Né le 4 avril 1887 à Pleuville (Charente), mort le 5 avril 1971 à Chassignelles (Yonne) ; tailleur de pierre et artiste sculpteur ; syndicaliste CGT puis CGTU de l’Yonne et de Côte-d’Or ; militant communiste ; résistant au sein des FTPF en Côte-d’Or et dans l’Yonne, alias « Père Robert » dans la Résistance, lieutenant FFI.

Fils de César Jean Baptiste Léonidas Proudhon, ouvrier tailleur de pierre, originaire du Doubs, et de Marie Eliane Rosalie Perrin, petit neveu de Pierre Joseph Proudhon, Émile Proudhon commença à travailler à l’âge de treize ans à la scierie de taille de Chassignelles (Yonne) où il résidait. Tailleur de pierre comme son père et son grand-père, avant et après son incorporation d’octobre 1908 à septembre 1910, il s’engagea à la CGT et milita activement dans le syndicat des carriers et tailleurs de pierre de Chassignelles dont il fut le secrétaire avant d’être à nouveau mobilisé du 1er août 1914 au 10 avril 1919. Au cours du conflit, il fut blessé à Barbey (Seine-et-Marne) en septembre 1914 et fut fait prisonnier par l’armée allemande en février 1915 avant d’être rapatrié le 12 décembre 1918. Il se retira à Chassignelles où il reprit ses engagements syndicaux et politiques.

Émile Proudhon était secrétaire du Cartel de la pierre CGTU de Bourgogne et Franche-Comté dans les années 1920. Fin 1924, il fut mis en minorité par les anarcho-syndicalistes (70 voix contre 30) et le syndicat devint autonome. Il revint à l’Union départementale unitaire en janvier 1926. Ses engagements ne furent pas du goût de ses employeurs et Émile Proudhon fut licencié malgré une grève de solidarité du chantier de Chassignelles où il travaillait depuis une vingtaine d’années. Sans emploi, il s’installa chez Jules Gianordoli en octobre 1928 à Ladoix-Serrigny (Côte-d’Or) et fut embauché comme tailleur de pierre par ce dernier. Il organisa une cellule communiste dans sa commune dont il fut le secrétaire. En octobre 1931, il fut candidat du parti au conseil général dans le canton de Beaune-sud.

À la suite d’un conflit social qui opposa le maître carrier, Jules Gianordoli aux dirigeants du syndicat CGTU qui se constitua dans le bassin, Émile Proudhon dut quitter son employeur et son domicile. Il retrouva un emploi chez Civet-Pommier à Corgoloin, une commune voisine. Au cours des grèves de juin juillet 1936, il anima le comité de grève aux côtés de Louis Trentini. Ce fut dans son usine que le mouvement de grève débuta le 18 juin avec occupation des locaux, et très vite s’étendit à l’ensemble des carrières du canton. La grève dura un mois et demi. Secrétaire du syndicat CGT des ouvriers carriers et tailleurs de pierre du bassin de Comblanchien (Côte-d’Or) en 1938, il fut contraint d’abandonner ses fonctions à la suite de la grève du 30 novembre contre les décrets-lois Daladier-Reynaud.
Émile Proudhon fut parmi les militants qui reconstituèrent le Parti communiste clandestin dès 1940 en Côte-d’Or. Il participa à la diffusion de tracts sur Beaune, Nuits-Saint-Georges et le bassin de Comblanchien aux côtés d’ André Lefils, Louis Trentini, Raymond Piot. Pendant l’occupation, il joua un rôle actif dans la Résistance. En juillet 1941, il était arrêté et interné avec 58 hommes et femmes à la prison de Beaune (Côte-d’Or), sur mandat administratif pour « activités communistes » et considéré comme individu dangereux. Libérés en octobre 1941, il s’engagea au sein du Front national (FN) et des Francs-tireurs partisans français (FTPF).

Sa sécurité mise en danger, il quitta alors Comblanchien avec sa famille où il était domicilié pour entrer dans la dure vie de l’illégalité. Il rejoignit son département d’origine, l’Yonne, en octobre 1942. Émile Proudhon (alias « Père Robert »), nommé responsable régional technique à l’armement était présent aux côtés de François Grillot (Commandant Germain), responsable aux opérations militaires de la 4e Région, Marcel Asmus (Dupré), responsable politique de la 4e Région, et Albert Gueusquin (Bob), représentant le bureau militaire national FTPF à la fondation du groupe des sédentaires FTPF de Ravières (Yonne) qui se tint le 10 novembre 1942 dans un hôtel près de la gare d’Avallon (Yonne). Ce groupe eut pour mission d’organiser dans le département des groupes de combat contre l’occupant. Il était dirigé par Émile Proudhon et entama sans tarder ses premiers sabotages. Le groupe utilisa la cheddite dérobée aux carrières de Ravières. Les cibles ne manquèrent pas car le secteur de Ravières était situé sur un axe majeur de circulation. Un faisceau de voies de communication stratégiques (canal de Bourgogne, voie ferrée PLM, route nationale 5) suivait la vallée de l’Armançon et reliait le Bassin parisien à la vallée de la Saône et du Rhône.

En février 1943 le groupe sédentaire FTP toujours dirigé par Émile Proudhon donna naissance au maquis F.T.P. « Vauban 1 », le premier qui fut créé dans le département. Les opérations similaires se multiplièrent sur les axes stratégiques dans toute la traversée de l’Yonne, de la Bourgogne et bien au-delà, causant d’importants préjudices.

Le maquis créa ainsi une zone d’insécurité pour les occupants et les collaborateurs. C’était certainement l’activité débordante du maquis « Vauban » qui poussa les autorités d’occupation à le traquer et à l’attaquer le 19 octobre 1943. Le maquis « Vauban » disloqué se reforma dans le Morvan et ne reprit ses activités dans la région de Ravières qu’après son retour fin février 1944. Pendant son absence, c’est le petit maquis « Berger », créé à l’initiative d’Émile Proudhon qui reprit le flambeau et détruisit vers le 10 mai 1944 plusieurs moteurs de bombardiers en gare de Poinçon-les-Larrey (Côte-d’Or). Après le 6 juin 1944, la préparation militaire du soulèvement et de la libération prit le pas sur les opérations de sabotage pour les hommes du maquis « Vauban ». Le lieutenant FFI Proudhon libéra Noyers (Yonne) avec le maquis « Vauban » et participa à la libération d’Auxerre.

Militant engagé, Émile Proudhon était également un tailleur et artiste sculpteur sur pierre reconnu. Avant la guerre, il fut l’un des premiers compagnons de France dont les œuvres furent exposées à maintes reprises au Salon de l’artisanat de Dijon et de Beaune. Il remporta le Prix d’Excellence avec mention spéciale lors d’un concours des artisans de la pierre le 19 juin 1938 au musée de la pierre inauguré ce jour-là à Beaune. Après la guerre, désormais retraité dans son village de Chassignelles, il s’attacha à perpétuer dans ses œuvres le souvenir de ses camarades de combat. Au travers de ses créations, Émile Proudhon rendit hommage aux résistants et autres personnalités communistes. Il réalisa des monuments commémoratifs, des vases, coupes, vasques et des bas-reliefs. En mai 2019, le musée des Pierreux à Massangis (Yonne) lui rendit hommage en lui consacrant une exposition. Une rue de Chassignelles porte son nom. Il fut décoré de la Légion d’honneur, de la Croix du combattant volontaire de la guerre 1939-1945 en mai 1960, de l’ordre de la Libération avec Rosette le 17 mai 1946.

Il se maria le 16 novembre 1907 à Chassignelles avec Marie Constance Régina Perrin avec laquelle il eut une fille, Andrée Jeanne Émilienne, née en 1911. Il était domicilié à Chassignelles lors de son décès.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127495, notice PROUDHON Émile, Jules, César par Jean Belin, version mise en ligne le 21 octobre 2020, dernière modification le 21 octobre 2020.

Par Jean Belin

ŒUVRE : L’Odyssée des maquisards FTPF de l’Yonne inter 28 Région n°4, édition Kindle, récit non publié par E. Proudhon, mais par ses arrières petits enfants.

SOURCES : Le Travailleur de l’Yonne-Côte-d’Or, 10 octobre 1931 et 25 juin 1938. — Le Travailleur de Bourgogne, 3 mars 1939. — Le Travailleur, 4 mars 1925, 3 février 1926. — Rapport de police, Arch. Dép. de Côte-d’Or, série 10M. — Arch. Dép. de Charente, état civil. — Arch. Dép. de l’Yonne, état civil, recensement de la population, fiche 458 de recrutement militaire. — Arch. Dép. de Côte-d’Or, recensement de la population, état civil. — Résistance en Côte-d’Or, Gilles Hennequin, tome 1, édition de 1987. — Les communistes dans la Résistance en Côte-d’Or, édition de 1996. — SDH Vincennes, GR 16 P 492230. — L’Yonne Républicaine, éditions des 3 mai et 10 août 2019.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément