PRUDENT Jean-Marie

Par Maurice Moissonnier

Né le 15 octobre 1909 à Saint-Germain-du-Bois (Saône-et-Loire), disparu le 19 juin 1944 à Limoges (Haute-Vienne) ; ouvrier du bâtiment ; syndicaliste et coopérateur ; adjoint communiste au maire de Villeurbanne (Rhône) ; volontaire des Brigades internationales, militant clandestin du PC ; résistant Action ouvrière/MUR puis dans les FTPF en Haute-Vienne.

Jean-Marie Prudent était le fils de Claude, journalier, né en 1876, et de son épouse Eugénie, née en 1874. Il était le dernier d’une fratrie de 6 enfants. Nanti de son Certificat d’études, entra en apprentissage et devint maçon.
Installé à Villeurbanne, 31 rue de Mulhouse, avec son épouse Ida Moschietti, employée de maison, le couple s’était marié en 1932 à Vaulx-en-Velin (Rhône). Il milita à la CGT unitaire et, en 1932, donna son adhésion au Parti communiste. Il fonda avec quelques camarades la coopérative ouvrière « Les asphalteurs réunis » qui existait toujours en 1976 et, au moment où se réalisait l’unité dans le Bâtiment lyonnais (voir Hildebert Chaintreuil*), il fut élu, dès 1935, secrétaire général du syndicat des asphalteurs bétonniers de Lyon et banlieue. En 1936, il fit partie de la délégation du Bâtiment au congrès d’unification de Toulouse (2-5 mars 1936) où il vota contre les statuts, contre l’incompatibilité des mandats politiques et syndicaux et contre les liaisons internationales proposées par la majorité de la CGT. Le 25 octobre 1936, au congrès régional de la Xe région fédérale du Bâtiment CGT, tenu à Lyon, il devint membre de la commission exécutive régionale.

Jean-Marie Prudent fut candidat en mai 1935 sur la liste du Bloc ouvrier et paysan conduite par Camille Joly* pour la conquête de la mairie de Villeurbanne. Avec 4 314 voix au 1er tour, cette liste l’emporta avec 6 508 voix au second contre la liste du maire sortant, le socialiste Lazare Goujon*. Prudent fut un moment adjoint au maire de Villeurbanne puis, en octobre 1936, il fit partie du premier contingent de volontaires des Brigades internationales de la région lyonnaise (voir Marc Perrin*). Il devint commandant de compagnie mais le 1er janvier 1937, lors de la bataille de Guadarrama, il fut blessé à la cheville. De retour dans la région lyonnaise, il tint de nombreux meetings en faveur de l’Espagne républicaine et exerça les responsabilités de permanent du Secours rouge et de responsable de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT).

Mobilisé en 1939, il entra dans la clandestinité dès 1940, date de son retour à la vie civile. Militant de l’action syndicale clandestine, il dut céder au cours de l’année 1941 ses parts sociales de la coopérative.
Résistant, agent de l’Action ouvrière (responsable Louis Gault) à partir du mois de mai 1942, il diffusait de la propagande contre le Service du travail obligatoire en Allemagne, organisait des planques et assurait des liaisons avec les Mouvements unis de la Résistance. Le 14 mars 1943, il fut incorporé aux FTP puis affecté à la 2e et à la 3e compagnie de Ville. Le 10 janvier 1944, il échappa à une souricière tendue par la Gestapo et quitta Villeurbanne le 1er mars 1944. Il séjourna quelque temps au Maquis du Vercors puis sur ordre de Léon Mauvais*, rejoignit les maquis de Haute-Vienne par l’intermédiaire de Guingouin*. Alias Capitaine Jean de Paris, selon certaines sources, il aurait disparu le 16 juin 1944 entre Saint-Léonard et Limoges au cours d’une mission qui consistait à assurer le transport d’un poste émetteur parachuté par les Anglais et de fonds destinés à l’état-major du Maquis. En effet depuis Eybouleuf, il effectuait la liaison avec Charles Molher du Service Maquis et acheminait par le train avec sa femme Ida Prudent, résistante FTP, des armes et des pièces détachées pour les appareils de radio. Malgré la disparition de son mari, elle continua deux à trois fois par semaine la liaison entre Eybouleuf et Limoges alors qu’elle était enceinte.
Selon la fiche de Jean Prudent du SHD sur Mémoires des Hommes, il est porté disparu à Limoges le 19 juin 1944. Il pourrait avoir été capturé au cours de la mission évoquée précédemment et avoir été exécuté (ou torturé à mort) par les Allemands ou la milice sans que son corps ait été retrouvé. La consultation de ses dossiers au SHD, à Caen et à Vincennes, permettra d’éclaircir les circonstances de sa mort.
Il obtint la mention Mort pour la France et fut homologué FFI. Il obtint le titre d’Interné résistant. La Médaille de la Résistance lui fut décernée par décret en date du 18 mars 1970. Son nom est inscrit sur le monument aux Morts de Villeurbanne (Rhône), mais, semble-t-il, sur aucun monument de Haute-Vienne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127530, notice PRUDENT Jean-Marie par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 juin 2022.

Par Maurice Moissonnier

Jean-Marie Prudent en Espagne
Jean-Marie Prudent en Espagne

SOURCES : Arch. de l’UD-CGT du Rhône. — La Voix du peuple, 12 mars 1937. — C.r. du congrès de Toulouse (mars 1936) de la CGT et du congrès de la Xe Région du Bâtiment (octobre 1936), Imprimerie intersyndicale. — Rens. de Lisette De Filippi, sa fille. — Mémoire des Hommes. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 492552 et Caen SHD/ AC 21 P 651657 et AC 21 P 131967 (nc). — Archives dép. de Saône-et-Loire en ligne, recensement de 1911 à Saint-Germain-des-Bois. — Notice mise à jour par Dominique Tantin (avril 2021). — Bruno Permezel, Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours 2824 engagements, 2003, p. 569 : notes Annie Pennetier, juin 2022.

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