RALAIMONGO Jean

Par S. Randrianja

Né le 4 octobre 1884 à Antoebe (Madagascar), mort le 10 août 1943 à Ambalavao. Militant anticolonialiste.

Premier enfant de la famille, Jean Ralaimongo, alors qu’il n’avait encore que sept ans, fut capturé par des bandits pour être vendu comme esclave ainsi que la presque totalité de sa famille. Pendant huit jours, ils restèrent enfermés dans une caverne et son grand-père fut éventré devant lui. Il fut échangé contre neuf zébus à un dénommé Malazory qui avait déjà quatre esclaves dont une femme. De 1891 à 1898, Ralaimongo devait rester en tant qu’esclave en pays Bara, comme bouvier de Malazory qui l’adopta par la suite.

Le 15 janvier 1895, les Français débarquèrent à Majunga et, le 26 septembre 1896, l’esclavage fut officiellement aboli à Madagascar. De cette période, Ralaimongo devait dire plus tard : « Je restais en esclavage chez les Bara jusqu’en 1898, c’est-à-dire trois ans après la prise de Tananarive par les Français ; je suis rentré chez mes parents grâce à la France libératrice. »

Ainsi, contre l’ancien régime et ses alliés, Ralaimongo garda une animosité certaine. Il vécut donc la colonisation comme une évolution.

À l’âge de quatorze ans, il retourna chez ses parents. Quoique n’étant pas théoriquement assujetti aux impôts et aux corvées mais, ne pouvant pas prouver son âge, il fut obligé de travailler pendant trente jours à la construction du pont d’Ankadivato, à titre de prestation. Il voulut ensuite entrer à l’école mais sa famille, voulant le marier à une jeune fille instruite, s’y opposa. Celle-ci lui apprit à lire et à écrire. Ce début d’instruction l’incita à s’initier aux techniques nouvelles. En 1899, il entra à l’école protestante d’Ikalamavony. Le 7 août 1899, malgré l’insuffisance de son instruction, il fut admis à l’École normale de Fianarantsoa « sans examen et par pitié » disait-il lui-même.

En juin 1900, Ralaimongo figura parmi les quatre élèves qui passèrent en deuxième année puis, fut admis en troisième année. Très doué, il fut suivi pendant toute sa scolarité par le pasteur Henri Randzavola et s’attira les sympathies de ses précepteurs, tel que le directeur de l’institution, Élysée Escandre.

Marié, père d’un fils (Samuel), en 1901, il prépara en janvier 1902 le certificat d’aptitude à l’enseignement primaire, à Madagascar : 144 candidats s’y présentèrent ; Ralaimongo fut parmi les 84 admis et septième de sa promotion. En août 1092, il fut nommé instituteur à l’école d’Ikalamavony avec un traitement de 15 F par mois. En juin 1903, il quitta la Mission protestante française et entra à l’école François de Mahy à Fianarantsoa où il suivit un stage le préparant à l’enseignement laïque. Il devait rester instituteur jusqu’en 1913.

En mars 1904, étant en poste en pays Tanala, il servit d’interprète aux occupants lors d’une révolte dans la région. Pour des raisons de santé, en octobre 1908, il fut affecté à Fianarantsoa comme professeur assistant et ce fut pendant cette période qu’il fit la connaissance de celui qui, avec Dussac, allait être son compagnon de lutte, Jules Ranaivo. Sur les conseils de ce dernier, il demanda un congé en 1910 et s’engagea comme domestique dans une famille française qui partait pour la France. Le 4 août, ils s’embarquèrent à Majunga et, le 28, Ralaimongo était à Paris.

Il suivit des cours gratuits à Vincennes. Étant rentré trop tard, un soir, il fut congédié par ses employeurs mais le directeur de son école lui trouva un emploi chez son fils dentiste. En octobre 1910, il entra en relation avec le professeur d’économie Charles Gide en vue de fonder une association coopérative. Ils restèrent liés jusqu’à la mort de Gide en 1932.

Ralaimongo travaillait et fréquentait l’école Pigier pour préparer le Brevet élémentaire qu’il obtint en septembre 1911. Instituteur diplômé, il décida de rentrer à Madagascar. Mais, sans argent, il se fit rapatrier le 7 novembre 1911 et retrouva sa famille au début de l’année suivante.

À la rentrée scolaire, il fut nommé instituteur à Mahabibo-Majunga mais, ne gagnant pas plus qu’avant son départ, il quitta l’Éducation nationale pour travailler dans le privé. De 1913 à 1916, il fut successivement clerc d’avocat puis employé à la Compagnie des messageries maritimes et travailla aussi comme secrétaire bénévole à la Croix rouge de Majunga. Durant cette période, Ralaimongo fut déçu par le manque de reconnaissance de ses capacités durement acquises. Il commença à « militer » dans des organismes humanitaires.

Le 24 juin 1917, Ralaimongo s’engagea comme soldat « par amour pour la France ». Il fut nommé caporal et affecté au 19e bataillon des tirailleurs malgaches qui partit pour le front après trois semaines. Du fait de son instruction, Ralaimongo fut secrétaire interprète pendant la durée de la guerre.

Dès la fin de celle-ci, Ralaimongo, comme beaucoup de ses camarades du feu, chercha à se faire libérer en France pour entreprendre de nouvelles études. Il en fit six fois la demande et, six fois elle lui fut refusée. Le député Georges Lévy intervint alors en sa faveur et, le ministre autorisa sa démobilisation en France.

En avril 1920, il épousa une vendeuse du BHV et les Magasins de gros (coopérative) lui assurèrent un emploi grâce à Charles Gide. Ce fut durant cette même année que la Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits de citoyen fut créée avec sa participation. À cette époque, Ralaimongo fut aussi initié à la Franc-maçonnerie et appartint sans doute à la Ligue des droits de l’Homme. Le 31 août 1920, il entreprit de demander sa naturalisation pour pouvoir mieux militer mais, déjà « fiché », elle le lui fut refusée. Ralaimongo assista à la naissance du Parti communiste et collabora à ses organisations anticolonialistes balbutiantes.

En 1921, la Ligue envoya Ralaimongo en mission à Madagascar. Une pétition circula en faveur de l’assimilation et il recueillit quatre-vingt-neuf signatures.

En rentrant en France, Ralaimongo fut convaincu de la justesse de ses idées sur la naturalisation en masse. En mai 1922, il revint à Madagascar avec sa femme mais, en juillet, le gouverneur général lui laissa le choix entre l’exil à Mayotte aux îles Comores et le retour immédiat en France. Ralaimongo rentra donc en France, laissant sa femme enceinte à Tananarive. Ces événements le poussèrent, encore plus, à militer. Il se battit pour l’amnistie en faveur des incarcérés et pour l’assimilation en masse. Le 22 novembre 1922, ses amis obtinrent l’annulation de son exil ce qui lui permit de rentrer à Madagascar.

En 1924, Ralaimongo s’installa à Diego-Suarez et envisagea de transférer à Madagascar le journal le Libéré qu’il avait fondé à Paris avec des amis progressistes comme Gouttenoire de Toury mais, personne ne voulut l’imprimer. C’est alors que Gouttenoire de Toury lui envoya une imprimerie complète (qui devait être confisquée avec tous ses biens en 1930). En 1925, l’imprimerie arriva et Ralaimongo envisagea de publier le journal l’Opinion. Il fut calomnié avant même que l’Opinion ne soit créée et fut traduit une première fois en justice mais fut acquitté. Le 28 octobre 1927, il fut condamné à un an de prison pour délit de presse. Après la manifestation du 19 mai 1929, alors qu’il n’y avait pas pris une part directe et en dépit du fait qu’il ait tempéré ses activités militantes depuis sa sortie de prison en 1928, Ralaimongo fut mis en résidence surveillée à Port-Bergé pour cinq ans. Il continua pourtant à militer, à dénoncer les abus administratifs mais admit toutefois difficilement le nouveau mot d’ordre de « l’indépendance ». Le 25 juillet 1936, Ralaimongo fut libéré et, le 30 juillet, 10 000 personnes l’attendaient à Antanimena. Il n’arriva que le lendemain à Tananarive, en compagnie de Dussac et de Ranaivo, dans une voiture découverte ornée de fleurs rouges et portant un drapeau rouge frappé d’un marteau et d’une faucille. L’accueil que lui réservèrent 20 000 personnes, fut triomphal.

Avec Dussac, il se remit à parcourir l’île pour mener une propagande de soutien au Front populaire ; il fut élu secrétaire général du Secours populaire français à Madagascar mais, le 20 janvier 1937, il fut à nouveau incarcéré. De sa prison, il continua à écrire sous le pseudonyme de Georges Razanakolona. Dans le Prolétariat malgache, n° 81, il écrivait : « ...Nous mettons nationalisme, séparatisme et monarchisme dans le même sac que le fascisme dont nous sommes l’ennemi numéro un. Communistes convaincus, nous resterons entièrement soumis aux ordres du Parti communiste français dont la direction centrale est à Paris. » Le 29 juin, il fut libéré. Il reprit ses inlassables tournées, recruta des militants pour le jeune Parti communiste de Madagascar et, ce fut au cours d’une ces tournées qu’il fut attaqué par des colons, battu et laissé pour mort.

En 1938, son ami Dussac mourut à Paris lors d’une mission que lui avaient confiée ses camarades malgaches ; il devait y rencontrer les dirigeants du Parti communiste français pour avoir des explications sur le désaveu public que le PCF avait prononcé à l’égard du Parti communiste malgache. Ralaimongo fut très affecté par cette perte. De plus en plus seul, en proie à des incertitudes : indépendance ? assimilation ? Ralaimongo était las. Les journaux du mouvement parurent de moins en moins régulièrement et, ce fut au cours d’une de ses tournées, à Ambalavao-nord, près d’Ambodisatrana, qu’il mourut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128004, notice RALAIMONGO Jean par S. Randrianja, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 27 mai 2020.

Par S. Randrianja

ŒUVRE : « Compte rendu d’un voyage effectué à Madagascar de juillet à décembre 1921 », L’Émancipatrice, 1922, 7 p.

SOURCES : MFOM Madagascar, c354 d 957. — Domenichini, Jean Ralaimongo et l’origine du mouvement national malgache, DES, 1960-1961, MFOM D 4.301 ; « Jean Ralaimongo (1884-1943) Madagascar au seuil du nationalisme », Revue française d’histoire d’Outre-Mer, T. LVI, n° 4, 4e trimestre, pp. 236-287.

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