RANNOU Albert, Marie

Par Claude Pennetier

Né le 5 mars 1914 à Guimiliau (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier maçon ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant au sein des FTPF.

Albert Rannou
Albert Rannou

Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou s’engage dans la Marine nationale et revint dans son village en 1933. Ouvrier maçon, il adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne le 1er août 1937, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme le sabotage des stations électriques de l’Arsenal, l’attentat contre la Kommandantur de Brest et l’état major de la Kriegmarine en septembre 1942 et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942 avec dix-huit autres FTP, interné à Pontaniou (torturé par la police française) puis à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine) d’où il écrit clandestinement des lettres à ses parents (documents conservés), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.
Les Allemands le fusillèrent le 17 septembre 1943, au Mont-Valérien.
Ses restes furent exhumés en 1947 et enterrés au cimetière de Guimiliau. Une plaque a été rajoutée dans les années 2000.
Son nom est gravé sur le monument aux morts de Guimiliau, sur la cloche du Mont-Valérien et au jardin des fusillés à Brest.

Dernières lettres :

Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943

Cher Papa et chère Maman
Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu’on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j’ai toujours aimée et pour laquelle j’ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j’en ai la certitude) n’aura pas été vain. J’ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.
 
(Censuré)
 
Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu’Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m’avez choyé depuis mon enfance jusqu’à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m’avez pardonné. Je n’oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j’ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu’ils sachent que j’ai fait mon devoir de Français et de communiste.
Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.
Soyez courageux.
Adieu tous.
Votre fils Albert.
Vive la France, Vive le parti communiste
Paix- Liberté- Justice

 
***

A remettre à Madame Bérard. Fresnes le 17 Septembre 1943

Chers oncle et tante
Je pars… d’où l’on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.
Recevez les derniers baisers de votre neveu
Albert Rannou

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128081, notice RANNOU Albert, Marie par Claude Pennetier, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 18 septembre 2020.

Par Claude Pennetier

Albert Rannou
Albert Rannou
Avis de fusillade de 19 résistants et communistes du Finistère.
Avis de fusillade de 19 résistants et communistes du Finistère.
Dernière lettre d’Albert Rannou, 17 septembre 1943, 2 pages, reproduite sur le site de la section communiste de Morlaix.
Dominique Derrien, professeur d’histoire, tenant la photo d’Albert Rannou au cimetière de Guimiliau.
Photo Ouest france.

SOURCES : AVCC, Caen, B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). – Notes Eugène Kerbaul. – État civil. — Article de Ouest-France sur les recherches de Dominique Derrien, professeur d’histoire au lycée Tristan-Corbière, 16 septembre 2020.

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