RAQUILLET Philippe

Par Madeleine Rebérioux

Né le 24 octobre 1855 à Bourgneuf-Val-d’Or (Saône-et-Loire), mort le 11 septembre 1925 à Mercurey ; propriétaire terrien et négociant ; militant socialiste.

Philippe Raquillet est un exemple rare — particulièrement en Saône-et-Loire — de propriétaire aisé devenu militant socialiste. Possesseur d’une belle fortune, en partie foncière, en partie acquise « dans le commerce des liquides », et que le commissaire spécial de Chalon-sur-Saône évaluait au début de 1906 à 400 000 ou 500 000 f, il fut d’abord radical et évolua, au début du siècle, vers le socialisme révolutionnaire le plus avancé. Élu maire de la commune viticole de Mercurey, le 7 décembre 1898, il conserva ses fonctions jusqu’au 25 janvier 1908. Mais c’est surtout entre 1905 et 1911 que ses moyens financiers et son antimilitarisme de tendance hervéiste le mirent au premier plan de la vie politique socialiste en Saône-et-Loire, et même au-delà.

Son influence dans la fédération socialiste de Saône-et-Loire fut à son apogée en 1905-1907. Secrétaire du groupe socialiste de Mercurey, il fut élu, au congrès de Saint-Vallier en août 1905, membre de la commission de propagande fédérale et, en août 1906, secrétaire de la fédération, fonction qu’il assuma jusqu’en septembre 1907. En avril 1906, il avait accepté de financer pour 2 000 f — soit près des quatre cinquièmes — la campagne électorale des six candidats socialistes trop démunis d’argent pour pouvoir payer leur quote-part. La fédération ne lui attribua pourtant, personnellement, que la première circonscription de Charolles où il obtint 131 voix.

Son antimilitarisme enflammé lui valut des poursuites et de sévères sanctions à l’occasion d’un article intitulé « En fait de patrie » qui parut le 6 octobre 1907 dans Le Socialiste de Saône-et-Loire, Le préfet y vit, dès le surlendemain, l’occasion de frapper une notabilité locale, un magistrat municipal dont le soutien politique et financier était acquis aux socialistes. Sur ordre du procureur général de Dijon, une instruction judiciaire fut ouverte contre Raquillet. Bien défendu par Wilm, il fut acquitté par la cour d’assises de Chalon le 9 janvier 1908, mais il avait été suspendu de ses fonctions municipales le 5 janvier et sa révocation fut décidée le 10. Effrayé, le conseil municipal de Mercurey désigna, le 25 janvier, un autre maire et le conseil départemental de l’enseignement primaire le révoqua également à l’unanimité de ses fonctions de délégué cantonal. L’intimidation avait réussi.

Sans cesser de militer, Philippe Raquillet s’exprima dès lors de façon plus prudente. Il continua d’ailleurs à représenter la fédération à tous les congrès nationaux de la SFIO, sans exception, jusqu’au congrès de Saint-Quentin (1911) ; et, dès 1909, il était réélu délégué au Conseil national. Son intervention sur la « question agraire », au congrès de Saint-Étienne en 1909, causa une certaine sensation : il s’affirma partisan de l’élargissement de la production et du marché intérieur et d’un passage rapide à la propriété collective de la terre.

Assez désorienté, semble-t-il, par l’évolution de Gustave Hervé à partir de 1912, Raquillet la suivit cependant. « Jusqu’au boutiste » pendant la guerre, il collabora à La Victoire. La guerre finie, il organisa un temps, avec des militants du Jura et de l’Ain, une « fédération socialiste communiste », mais il finit par réintégrer la SFIO.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128121, notice RAQUILLET Philippe par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Mun. Mercurey. — Arch. Dép. Saône-et-Loire, 30 M 02 et 30 M 44. — Arch. Nat. F7/12545. — Archives privées de Maurice Dommanget. — Témoignage de V. Ponsot. — Louis Lévy*, Vieilles histoires socialistes.

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