RENAUD Charles, Jean

Par Antoine Olivesi, Renaud Poulain-Argiolas

Né le 18 février 1894 à Malzéville (Meurthe-et-Moselle) ; plombier-chaudronnier ; militant syndicaliste révolutionnaire ; secrétaire du syndicat CGT des Métaux ; secrétaire de l’UL CGT de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; résistant ; conseiller municipal de Port-de-Bouc.

Selon le recensement de la population de 1906 à Malzéville, la famille de Charles Renaud vivait au 25, rue Sadi-Carnot et était composée de : Jean-Baptiste Renaud, chef de famille, né à Metz, corroyeur ; Eugénie Lafage, sa femme, également née à Metz, lingère ; l’aînée des enfants, Caroline, née en 1887 ; le cadet, Charles ; la benjamine, Jeanne, née en 1904.

Plombier-chaudronnier aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) à Port-de-Bouc, Charles Renaud fut, dès avant le Front populaire, le dirigeant syndical des métallos de l’entreprise. Dans un contexte de montée en puissance des communistes, qui conditionnaient les luttes syndicales aux luttes électorales, il devint secrétaire du syndicat, sans être au minimum sympathisant communiste. Au contraire, il se déclarait lui-même anarcho-syndicaliste, se tenant à l’écart des organisations politiques et revendiquant son abstentionnisme électoral.
En juin 1936, il fut élu secrétaire général du syndicat des Métaux de Martigues-Port-de-Bouc avec l’appui des communistes. À partir du 6 juin, il eut la tâche de défendre le contrat collectif adopté par le personnel, augurant des conventions collectives dont la généralisation ne fut effective à l’échelle nationale qu’à la fin du mois à travers les accords Matignon. Le syndicat devenait alors l’interlocuteur entre salariés et direction et entre les différentes corporations dont il devait désormais gérer les contradictions.
Le cahier de revendications que Renaud avait fait adopter fut refusé le 8 juin par la direction de Jean Fraissinet, hostile au traitement de la question des salaires. A l’inverse, dans le reste de la région, ces nouvelles pratiques avaient été acceptées par le patronat, qui considérait avec une certaine crainte le succès du mouvement social.
L’attitude de la direction entraîna l’occupation des Chantiers par près de six cents ouvriers et une vingtaine d’employés (dont une majorité de dessinateurs) pendant une semaine. Par son nombre de participants (deux tiers des employés des CAP) la grève fut un succès. L’occupation se fit dans le calme, sans causer de désordre dans la ville. Les classes moyennes manifestèrent leur sympathie pour le mouvement, les élus locaux envoyèrent des lettres de soutien et le mouvement national joua en faveur des grévistes. Ces derniers eurent donc gain de cause.

Devenu secrétaire de l’Union locale de Port-de-Bouc, membre de la commission administrative de l’Union départementale, Charles Renaud participa à la grève du 30 novembre 1938.
Il ne révéla pas au personnel des CAP qu’elle avait été préparée par le Parti communiste, dont les cellules et la direction de section s’étaient réunies tous les soirs du 20 au 30 novembre, remplaçant de fait la section syndicale. Il se rendit seulement à la réunion de la cellule des métaux le 29 pour connaître les décisions prises par les communistes pour le lendemain. Toutefois, il assuma son rôle de secrétaire du syndicat dans la suite des événements, jusque dans le dénouement de la grève.
Alors que le mot d’ordre de grève ne portait que sur la journée du 30, la direction des CAP réprima le mouvement en affichant le 29 au soir que quiconque cesserait le travail verrait son contrat rompu. Puis, le 1er décembre, elle effectua un lock-out des chantiers.
Une répression à grande échelle se mit alors en place dans tout le pays, aux airs de revanche patronale pour les conquêtes arrachées par le Front populaire et animée par un souffle anticommuniste. Rien que dans les Bouches-du-Rhône, 1129 salariés furent licenciés, dont 134 délégués du personnel.
Le syndicat des chantiers appela à la poursuite de la grève, l’UL CGT organisa un meeting qui rassembla plus de 1200 personnes. Le 5 décembre, 823 ouvriers étaient en grève dans l’entreprise. Comme la direction réussit à isoler les CAP des autres entreprises de la ville, elle porta à 67 le nombre de licenciements parmi ses salariés.
Compte tenu de la situation, Charles Renaud proposa en réunion de conseil syndical « de se sacrifier avec les camarades du syndicat pour permettre au plus grand nombre d’être réintégré ». L’idée fut mise en suspens, car les militants syndicaux pronostiquaient une mise en minorité imminente de celui qui leur faisait la chasse, le président du Conseil Daladier, lors d’un vote parlementaire. Mais Daladier en sortant vainqueur, la grève s’essouffla et la reprise du travail fut décidée le 15 décembre. Le syndicat avait perdu, quoiqu’il réussit à réduire à 30 le nombre des licenciés.
Conséquence de ces licenciements, le mouvement ouvrier des CAP était démembré et Charles Renaud fut inculpé d’obstruction à la reprise du travail. Avec lui d’autres militants d’importance furent exclus des chantiers, comme Armand Guigue, Louis Barsotti, Jean Nunez, Sauveur Pastourel et Pierre Santoru.
La section syndicale fut conservée, bien que fonctionnant à l’extérieur de l’entreprise. Renaud garda son mandat, continuant à signer la correspondance du syndicat et essayant d’obtenir l’annulation des licenciements. Cependant la Commission départementale d’arbitrage et de conciliation trancha le 29 juillet 1939 en faveur de la direction. Le contenu des échanges entre les parties impliquées démontrait que la politique de la direction était clairement une riposte à la montée de l’influence des communistes sur le lieu de travail.

Le nom de Charles Renaud fut cité dans des rapports de police effectués à partir du 10 novembre 1939 à la demande de Daladier. Il s’agissait de repérer les militants communistes encore actifs après la dissolution de leurs organisations suite au pacte germano-soviétique. Bien qu’il ne fut pas communiste, il figurait parmi 65 noms de suspects, dont 24 salariés aux CAP. Il quitta Port-de-Bouc vers 1940.
René Rieubon alla le rencontrer dans le Gard à la fin de l’Occupation au nom du Front national. Il souhaitait le convaincre de reprendre les fonctions syndicales qu’il avait exercées avant la guerre, une initiative qui fit grincer des dents les communistes plus orthodoxes.
Dans le livre qu’il a consacré à l’histoire des Chantiers et Ateliers de Provence, Jean Domenichino considère qu’il faudrait y voir autant une volonté du futur maire de réconcilier les habitants de Port-de-Bouc que d’utiliser toutes les énergies de la commune, mais aussi le reflet de la politique unitaire du PCF de reconstitution du « grand parti unique des travailleurs ».
Par conséquent, Renaud retrouva à la Libération ses responsabilités syndicales. Il fut même élu conseiller municipal de Port-de-Bouc en avril 1945. On perd sa trace par la suite.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128523, notice RENAUD Charles, Jean par Antoine Olivesi, Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 12 novembre 2020, dernière modification le 4 décembre 2020.

Par Antoine Olivesi, Renaud Poulain-Argiolas

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône M 5/8, M 6 248 bis. — Le Petit Provençal, 1936-1938. — M. Tournier, MM, op. cit. — Jean Domenichino, Une ville en chantier : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989. — Renseignements de René Rieubon. — Acte de naissance n°7 de Malzéville, année 1894. — Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, recensement de la population de Malzéville de 1906, 6 M 33/338.

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