RENAUD Élisabeth

Par Justinien Raymond, Julien Chuzeville

Née le 8 août 1846 à Seloncourt (Doubs), morte le 15 octobre 1932 à Paris (XIIIe arr.) ; institutrice ; militante socialiste depuis 1896 ; féministe.

Institutrice, Élisabeth Renaud (née Catherine, Émilie Renaud) fut, avant la guerre de 1914, une active militante féministe et socialiste.
En juillet 1897, elle fut déléguée au congrès national du Parti ouvrier, tenu à Paris.
En mars et avril 1898, elle publia un article en deux parties sur « La Femme au XXe siècle » dans L’Humanité nouvelle, reprenant le texte d’une conférence qu’elle avait faite le 28 octobre 1897. Ce texte fut ensuite repris en brochure (36 pages, imprimerie Jean Allemane, Paris, 1898). Élisabeth Renaud y disait notamment que « les féministes dignes de ce nom travaillent à la résolution de la question sociale en mettant la femme, que des siècles d’une éducation déprimante ont infériorisée, en état de prendre sa place dans une société nouvelle ».

Après la mort d’Aline Valette en 1899, elle fonda avec Louise Saumoneau le Groupe féministe socialiste (parfois désigné comme groupe des Féministes socialistes). En septembre 1899, le groupe diffusait un texte affirmant l’innocence d’Alfred Dreyfus. Déjà, en novembre 1898 c’est certainement elle qui signait une pétition dreyfusarde en tant que « Mme E. Renaud, institutrice ».

En décembre 1899, Élisabeth Renaud fut déléguée au congrès socialiste de la salle Japy (Paris). En septembre 1900, elle était membre du comité de rédaction de la Bibliothèque ouvrière socialiste.
En mars 1901, dans le vide créé par la disparition de L’Harmonie sociale, journal éphémère d’Aline Valette, Élisabeth Renaud créa le mensuel La Femme socialiste (« organe féministe socialiste ») qui dura jusqu’en septembre 1902 et, le plus souvent, se plaçait sur le terrain de classe. Mais le Groupe féministe socialiste, formé surtout de membres de l’enseignement et de travailleuses de l’habillement, connut de grandes difficultés. En 1900, le groupe adhéra à la Confédération des socialistes indépendants ; en mars 1900, une de ses réunions publiques était cependant présidée par Jean Allemane. Élisabeth Renaud participa activement au congrès international de la condition et des droits de la femme qui se tint à Paris (5-8 septembre 1900), où elle défendit notamment les intérêts des domestiques. En mai 1901, elle fut déléguée par le Groupe féministe socialiste du Ve arrondissement de Paris au congrès socialiste de Lyon.

En 1902, Élisabeth Renaud était la secrétaire de l’Union féministe socialiste de la Seine. Elle était également membre du Comité général du Parti socialiste français. Elle fit partie des délégués du département de la Seine pour le congrès national du Parti socialiste français, tenu à Tours en mars 1902. Elle intervint à plusieurs reprises, pour défendre la création d’un journal socialiste qui soit fait « avec les sous des socialistes » ; elle en appelait aux « sentiments de l’esprit collectiviste et communiste ». Elle déclara également à la tribune que « le socialisme veut l’abolition de ce reste d’esclavage qui s’appelle le salariat ». En avril 1903, elle participa au congrès socialiste à Bordeaux.
Elle fit de nombreuses conférences, notamment dans le cadre des universités populaires.

Aux élections législatives d’avril 1910, le Groupe féministe universitaire posa sa candidature dans la 2e circonscription de Vienne (Isère). Elle était aussi la candidate de la fédération socialiste SFIO. Elle recueillit 2 869 voix, considérées comme « nulles ». Dans le quartier de l’Odéon (VIe arr. de Paris), la fédération socialiste de la Seine posa sa candidature aux élections municipales de mai 1912 : soutenue par Jean Longuet, elle obtint 482 suffrages, là où le candidat SFIO en avait précédemment obtenu 202 (en 1908).

En 1913, Élisabeth Renaud était la secrétaire du Groupe des femmes socialistes. Elle écrivit dans le mensuel L’Équité, « organe éducatif du prolétariat féminin ».
Elle quitta le Parti socialiste SFIO au début de l’année 1914 pour participer à son éphémère scission, le Parti ouvrier : elle fut membre de son Conseil central (aux côtés de Jean Allemane), et du comité de rédaction de son quotidien, Le Cri du peuple (mars-juin 1914). Elle se convertit en 1925 à l’Adventisme du Septième Jour.

Sa fille Émilie Baduel, également institutrice, s’était mariée en avril 1908 avec Léo Guesde.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128528, notice RENAUD Élisabeth par Justinien Raymond, Julien Chuzeville, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 11 janvier 2022.

Par Justinien Raymond, Julien Chuzeville

SOURCES : Comptes rendus des congrès. — Hélène Heinzely, Le Mouvement socialiste devant les problèmes du Féminisme, DES, Paris, 1957, p. 97-98, 112, 168-169. — Charles Sowerwine, « Le Groupe féministe socialiste, 1899-1902 », Le Mouvement social, n° 90, janvier-mars 1975. — L’Aurore, 27 novembre 1898, p. 2. — La Petite République, 1er, 8 et 17 mars 1900, 25 septembre 1900. — Le Parti ouvrier, 16 mai 1902. — L’Humanité, 25 avril 1910, 4 avril 1913 et 4 février 1914. — L’Action féministe, n° 8, juin 1910. — Le Cri du peuple, 18 et 31 mars 1914. — État civil de Paris.

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