REPIQUET Alfred, Jules, Jean-Baptiste

Par Claude Pennetier, Gilles Pichavant

Né le 7 mai 1854 à Paris (XIXe arr.), mort le 4 décembre 1940 à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) ; communard ; sellier, syndicaliste des Manufactures de tabacs ; conseiller municipal socialiste puis communiste d’Issy-les-Moulineaux.

Allocution de Repiquet en mai 1937 lors de la commémoration de la Commune, à Issy-les-Moulineaux.

Fils d’un marchand de vins, Alfred Repiquet participa à la Commune de Paris. Il se battit sur les barricades pendant la semaine sanglante du côté de La Villette ; arrêté, transporté à Cherbourg, il passa en conseil de guerre et fut acquitté. Il fut reconnu comme un vétéran de l’insurrection jusqu’à la fin des années 1930.

Repiquet fut recruté comme ouvrier sellier à la Manufacture des tabacs du Gros cailloux [VIIe arr. de Paris]. Artisan du syndicalisme des tabacs en région parisienne dans les années 1890, il intervint en province, notamment à Dieppe (1891) pour y constituer le syndicat ou la section syndicale des Tabacs. Lors des congrès de la Fédération nationale des ouvriers et ouvrières des manufactures de tabacs, qui eurent lieu en décembre 1891, décembre 1892 et juin 1894 à la Bourse du travail de Paris, Repiquet y représenta sa section, celle du Gros caillou. Pendant cette période pionnière, il siégea au comité central de sa fédération, mais il semble ne pas avoir été réélu en juin 1894.

En 1904, il fut élu onseiller municipal d’Issy-les-Moulineaux (Seine) avec Bourry, Bruneau, Caillez, Galice et Richier. Le 26 janvier 1905, il apparait dans une liste "d’ouvriers et d’ouvrières socialistes de la manufacture des tabacs du Gros Caillou", dans une "souscription pour les familles des victimes des massacres de Russie" publiée dans l’Humanité. Le Parti socialiste le présenta aux élections cantonales à Clamart en 1911. On lit dans l’Humanité du 9 mai 1915 : « Vanves : Commission exécutive de la 6e (Sceaux), à 10 heures, salle Blanchard, 7 rue de la Mairie. Question des loyers. Le Camarade Repiquet est prié d’assister à cette réunion. »

Devenu communiste, il était un des animateurs de la section d’ Issy-les-Moulineaux en 1924 (l’Humanité, 6 novembre 1924). Alfred Repiquet utilisa son passé de communard pour porter un propos communiste. Le 23 mars 1925, il participa à une réunion de commémoration de la Commune à Issy-les-Moulineaux. « D’une voix forte, malgré son grand âge, notre camarade énuméra les fautes de la Commune, cause de sa défaite : manque d’idéologie, d’unité politique, de discipline et d’organisation ; bavardages inconsidérés, lorsqu’il aurait fallu passer à l’action remis en question constante des décisions prises. Remerciant nos camarades de Moscou d’avoir en 1917 vengé ses frères tombés sous les balles versaillaises, Repiquet termina son bel exposé au milieu de l’émotion générale en exhortant tous les travailleurs à se grouper au sein du Parti Communiste, afin d’éviter demain les erreurs de 1871. Il insista aussi pour que l’ensemble du parti travaille dans les cellules, seule organisation capable de le lier étroitement à la Classe ouvrière, et de gagner sa confiance. » (l’Humanité, 1er avril 1925). Le 31 janvier 1927, l’Humanité le présente ainsi : « Colosse aux cheveux blancs, Repiquet, qui vécut aux cotés de la vaillante combattante Louise Michel les jours héroïques de la Commune lui apporte en quelques paroles énergiques, le salut fraternel des survivants de cette époque ». En septembre 1928, Alfred Repiquet prit la parole au Père-Lachaise, lors de l’incinération de Vigey, porte drapeau de l’association des combattants de la Commune. Il dit qu’il « connut Vigey à la salle de la Marseillaise, rue de Flandre. Puis sont venues les barricades. Nous nous sommes perdus de vue. Lui combattit du coté de Belleville, moi à mon secteur de La Villette. ».

Regards du 25 mai 1934 l’interrogea et publia sa photo.

" ’je n’entends pas bien de ce côté là.../ Je suis vieux vous savez... Depuis quatre ans, je ne peux plus lire ; c’est ma femme qui me lit l’Humanité ; mais quelquefois elle se trompe , alors je m’en aperçois et je la fais relire... Mes souvenirs sur la Commune mes braves enfants !... C’est que ma mémoire est devenue infidèle... J’avais dix-huit ans en soixante-et-onze... J’étais de garde à la barricade quand les Versaillais sont arrivés. J’ai été fait prisonnier... On nous a emmené au camp de Satory..., Nous étions 15 000 ! Attachés cinq par cinq, les femmes comme les hommes ! De Versailles on nous a transportés à Cherbourg dans des wagons à bestiaux ! ... Quarante par wagon, il y avait vingt flics revolver au poing ! ... En rade de Cherbourg cinq bâtiments nous attendaient. On est restés pendant treize mois dans ces bâtiments , entassés comme des sardines, on mangeait à dix dans la même gamelle suspendue au plafond par des fils de fer !
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_ Après on nous a ramenés à Paris. J’ai fait tout le voyage attaché avec un camarade ; on ne nous détachait même pas pour aller aux cabinets. On est resté enfermés pendant un mois au fort d’Issy. En suite on nous a transportés à la Manufacture de Sèvres, où on a passé au conseil de guerre. J’ai été acquitté à une voix de majorité . J’avais vingt ans."


Sa date de naissance (1854) coïncide avec celle d’Alfred Repiquet, conseiller municipal d’Issy-les-Moulineaux élu en 1904, et aussi le métier et la ville. On peut conclure qu’il s’agit du même, mais on peut s’étonner de sa longévité politique car on le suit jusqu’en 1940.

Candidat sur la liste du BOP aux élections de mai 1929, il fut réélu le 12 mai 1935 sur la liste « antifasciste » dirigée par Victor Cresson* et désigné le 19 mai comme quatrième adjoint. Il fut déchu de son mandat le 9 février 1940 par le conseil de préfecture pour appartenance au Parti communiste.

Il mourut le 4 décembre 1940 à Issy-les-Moulineaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128594, notice REPIQUET Alfred, Jules, Jean-Baptiste par Claude Pennetier, Gilles Pichavant, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 15 février 2021.

Par Claude Pennetier, Gilles Pichavant

Allocution de Repiquet en mai 1937 lors de la commémoration de la Commune, à Issy-les-Moulineaux.
Un groupe de communards et d’Amis de la Commune devant le Mur. On reconnait assis : Repiquet et Andrieux, et, debout, Clergeot et Valette.
L’Humanité, 30 mai 1932, fourni par Michèle Audin.
Regards, 25 mai 1934

SOURCES : Arch. Dép. Seine, DM3 ; vers. 10451/76/1. — Le Parti ouvrier, 3 septembre 1891, 5 septembre 1891. — L’Humanité, 26 janvier 1905, 30 juin 1906, 6 novembre 1924, 24 avril 1935. — L’Aube nouvelle, 25 mai 1935. — Pierre Ancery, « 1934 : Interviews des derniers Communards, 63 ans après La Commune », retronews.fr, 14 septembre 2018. — Arch. Jacques Faure, ancien secrétaire général de la Fédération FO des Tabacs et Allumettes, reversées au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains par sa fille Claudie Faure en mars 2020. — Notes de Louis Botella.

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