RICHARD Marcelle, née FÉVRIER Marcelle. Pseudonyme : DAMIENS Jeanne

Par Jacques Girault, Jean Maitron

Née le 17 mai 1899 à Orcevaux (Haute-Marne), morte le 17 janvier 1971 à Maisons-Laffitte (Yvelines) ; professeure ; militante communiste jusqu’en 1926 ; militante syndicaliste.

Fille d’un instituteur père de trois enfants, à Brennes (Haute-Marne), Marcelle Février fut boursière au collège de Langres. Très bonne élève dans toutes les matières, elle fut poussée par ses parents vers les sciences, ceux-ci jugeant cette orientation plus sûre. Elle passa seule la session d’octobre 1916 du baccalauréat et put alors aller au lycée de Versailles (Seine-et-Oise) et entra à l’École normale supérieure de Sèvres en 1918. Elle débuta en 1922 au lycée de Montauban (Tarn-et-Garonne) puis devint en 1924 professeure de sciences au collège de jeunes filles de Dax (Landes) où elle enseigna jusqu’à sa suspension décidée le 24 août 1944. Titulaire depuis 1927 d’un diplôme d’études supérieures de géographie, elle enseigna ensuite au lycée La Fontaine à Paris et prit sa retraite en 1967.

Marcelle Février créa au début des années 1920, avec Georges Cogniot, un groupe « Clarté » universitaire et y rencontra son futur mari, Antoine Richard professeur lui aussi, qu’elle épousa en avril 1923 à Montauban. Militante depuis 1922 du Groupe féministe de l’enseignement, elle participa à tous les congrès féministes et tint de temps en temps la « Tribune féministe » dans le Bulletin des groupes.
Collaboratrice de l’Humanité et de L’Ouvrière (pseudonyme : Jeanne Damiens), elle adhéra en 1921 au Parti communiste. Dans l’Humanité, elle écrivit de 1921 à 1924 des articles concernant les sciences dans la page « La vie intellectuelle ».

Opposante à la bolchevisation, elle signa en février 1925 la Lettre des 80 de l’opposition communiste, menée par Fernand Loriot. Elle indiquait être membre de la fédération « Landes-Basses Pyrénées ». En octobre 1925, elle signa la lettre, adressée par les opposants à la direction du Parti français, au comité exécutif de l’Internationale communiste, dite « Lettre des 250 ». Avec son mari, elle signa la « Déclaration » en tête du Bulletin communiste n° 15, daté du 29 janvier 1926, en tant que membres du comité de rédaction du bulletin dirigé par Boris Souvarine. Cette déclaration prenait date en vue de la réunion du prochain Exécutif élargi de l’Internationale communiste. Les signataires rejetaient le qualificatif de « contre-révolutionnaires » dont les membres de l’opposition étaient affublés et en même temps considéraient que l’intervention de l’Exécutif précédent, de caractère relativement neutre entre direction et opposition, devrait conduire à l’ouverture de la presse du Parti aux opposants. Elle fut exclue en février 1926 avec son mari, pour avoir refusé, comme lui, de renoncer à sa collaboration à La Révolution prolétarienne et de militer pour l’indépendance du syndicalisme.

Adhérente du syndicat départemental des Landes de la Fédération unitaire de l’enseignement sans responsabilités à la différence de son mari, elle collabora à L’École émancipée et se chargea de la rubrique « La vie scientifique ». Déléguée aux congrès fédéraux, notamment à celui de Grenoble (août 1926), elle entra au comité des professeurs des collèges de jeunes filles de la FUE en 1926 et écrivit dans le Bulletin des 2e et 3e degrés. Elle fut une des rares femmes professeurs à militer dans la minorité syndicaliste révolutionnaire de la FUE. En 1930, elle publia une brochure sur Le Travail à domicile, éditée par les Groupes féministes de l’enseignement laïque.
Elle participa activement au soutien des luttes des Républicains espagnols. En liaison avec les mouvements d’extrême-gauche, en 1939, elle s’occupa de l’accueil des réfugiés, visitant des centres et plus particulièrement celui de Labenne dans les Landes. Elle cosigna la lettre de son mari envoyée au sous-préfet de Dax, le 25 mai 1940 qui expliquait leurs activités syndicales et politiques, leurs rapports avec les communistes, et se terminait par cette affirmation : « Je trouverai particulièrement injuste d’être assimilé aux complices de l’agression hitlérienne ».
Selon sa lettre du 11 avril 1945, elle adhéra au mouvement « Collaboration » d’août 1941 au 31 décembre 1942 et au Rassemblement national populaire d’octobre 1942 à la Libération. Elle participa à l’Union de l’enseignement et assista Ludovic Zoretti au IIe congrès de l’Amicale des Universitaires du RNP le 24 septembre 1943. En septembre 1944, elle fut détenue à la prison de Mont-de-Marsan. Un arrêt de Chambre civique des Landes la condamnait « à cinq ans de dégradation nationale pour adhésion à un groupement antinational ». Le Conseil supérieur d’enquête, par arrêté du 14 septembre 1945, confirma la décision et la déclara « frappée d’indignité nationale » avec révocation sans pension. Des protestations de diverses origines s’élevèrent. L’affaire fut réexaminée lors de sa demande de réintégration et le rapport de la commission d’enquête, le 19 octobre 1949, constatant qu’elle avait adhéré au RNP pour « des raisons de famille », afin d’obtenir « un laissez-passer de nuit allemand », prononça sa « mise à la retraite d’office ». Soutenue par diverses personnes (collègues, familles, anciennes élèves), elle fut réintégrée dans l’Éducation nationale (arrêté du 9 janvier 1950).
Elle décéda dans un établissement de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128835, notice RICHARD Marcelle, née FÉVRIER Marcelle. Pseudonyme : DAMIENS Jeanne par Jacques Girault, Jean Maitron, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Jacques Girault, Jean Maitron

fonds Jacques Richard

SOURCES : Arch. Nat., F/17/16876, 24923 (dossier A. Richard), 28370. — L’École émancipée. — Anne-Marie Sohn, Féminisme et syndicalisme. Les institutrices de la Fédération unitaire de l’enseignement de 1919 à 1935, Thèse de 3e cycle, Nanterre, s.d. — J. Chuzeville, Fernand Loriot, le fondateur oublié du Parti communiste, L’Harmattan, 2012, p. 225. — Notes de Gilles Morin, de Jean-Louis Panné et de Julien Chuzeville.

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