RICTUS Jehan [RANDON DE SAINT-AMAND Gabriel, dit]

Né le 22 septembre 1867 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), mort le 3 novembre 1933 à Paris (XVIIIe arr.) ; poète et chansonnier social.

Jehan-Rictus, Journal 1898-1899, aux éditions Claire Paulhan
Jehan-Rictus, Journal 1898-1899, aux éditions Claire Paulhan

Gabriel Randon vécut dans son enfance à Londres. À l’âge de quinze ans, il revint en France. Très tôt, il fréquenta les milieux littéraires et collabora à divers journaux. En 1889-1890, il fut employé de la Ville de Paris, où il fit la connaissance du poète symboliste Albert Samain (1858-1900). Il commença à fréquenter Montmartre. Il se plaisait à croiser dans la rue les clochards et autres laissés pour compte.

En 1895, Jehan Rictus commença à écrire des poèmes dans un style très populaire. En 1896, il aborda le cabaret et débuta aux « Quat’z’Arts », boulevard de Clichy, où il connut très vite un grand succès ; il se produisit aussi au « Chat noir ». Il fréquenta régulièrement le Lapin Agile, où il côtoya Max Jacob et Guillaume Apollinaire. Dans ses monologues, il exprima les misères et les plaintes du monde des pauvres gens. « Rictus était alors un grand garçon timide, quelque chose dans le genre de son « Fil de Fer », dont il a dit que sa taille n’en finissait pas et que sa maigreur était terrible » (cf. Les Hommes du Jour, n° 122, 21 mai 1910).
Il s’installa alors au 64 rue Lepic où il vécut jusqu’en 1904, puis emménagea au 50 où il resta jusqu’en 1913. En 1914, il déménagea 8 rue Camille Tahan, où il vécut jusqu’à sa mort en 1933. Le Square des Abbesses porte son nom.

Jehan Rictus publia ses chansons, puis il abandonna le cabaret. Il écrivit alors un roman en partie autobiographique Fil de Fer. Il collabora par la suite aux Hommes du Jour.

Victor Méric porta sur lui ce jugement : « ... poète du malheur, chantre de la résignation, héros de la révolte, Jehan Rictus possède un art qui ne ressemble à aucun autre. » (cf. Les Hommes du Jour, op. cit.).

Robert Brécy signale que Jehan Rictus a créé d’autres œuvres de caractère antiouvrier dans le genre de ses « orduriers Conseils à son « frère ouvrier »... »

Merl’ v’là l’ Printemps ! Ah ! salop’rie,
V’là l’ monde enquier qu’est aux z’abois
Et v’là t’y pas c’te putain d’ Vie
Qu’a r’biffe au truc encore eun’ fois !
La Natur’ s’achète eun’ jeunesse,
A s’ déguise en vert et en bleu,
A fait sa poire et sa princesse,
A m’ fait tarter, moi, qui m’ fais vieux.
Ohé ! ohé ! saison fleurie,
Comme y doit fair’ neuf en forêt !
V’là l’ mois d’ beauté, ohé Marie !
V’là l’ temps d’aimer, à c’ qu’y paraît !
Amour ! Lilas ! Cresson d’ fontaine,
Les palpitants guinch’nt en pantins,
Et d’ Montmertre à l’av’nue du Maine
Ça trouillott’, du côté d’ Pantin !
V’là les poèt’s qui pinc’nt leur lyre
(Malgré qu’y n’aient rien dans l’ fusil),
V’là les Parigots en délire
Pass’ qu’y pouss’ trois branch’s de persil !
L’est fini l’ temps des z’engelures,
Des taup’s a sort’nt avec des p’lures
Dans de l’arc en ciel agencées
De tous les tons, de tous les styles ;
Du bleu, du ros’, tout’s les couleurs ;
Et ça fait croir’ qu’a sont des fleurs
Dont la coroll’ s’rait renversée
Et ballad’rait su’ ses pistils.
– Le printemps (Les Soliloques du Pauvre) – 1897 –

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128909, notice RICTUS Jehan [RANDON DE SAINT-AMAND Gabriel, dit] , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 21 juin 2020.
Jehan-Rictus, Journal 1898-1899, aux éditions Claire Paulhan
Jehan-Rictus, Journal 1898-1899, aux éditions Claire Paulhan

ŒUVRE : Des recueils de chansons : Les Soliloques du Pauvre, 1879. — Doléances, 1900. — Les Cantilènes du malheur, 1902. — Un roman, Fil de Fer, 1906.

SOURCES : Robert Brécy, Le Mouvement syndical en France, op. cit. p. 196. — Les Hommes du Jour, article de Victor Méric, n° 122, 21 mai 1910. — Bulletin de l’Association Jehan RICTUS, 8 numéros parus.

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