RINGUIER Louis, Émile, Célestin (dit Léon)

Par Justinien Raymond

Né le 30 janvier 1870 à Villers-Cotterêts (Aisne), mort le 18 juin 1936 à Saint-Quentin (Aisne) ; ouvrier typographe ; journaliste ; militant socialiste et député de l’Aisne.

Fils naturel de Louise Dromas, journalière, il fut reconnu et légitimé en juin 1888 par le mariage de sa mère et de Léon Alexandre Riguier. Léon Ringuier était issu d’une vieille souche de cultivateurs de la région soissonnaise. Son père avait déjà quitté la terre pour le journalisme et le combat politique démocratique et socialiste. À dix-huit ans, Léon Ringuier fils débuta dans le journalisme comme rédacteur à L’Écho du Soissonnais fondé et dirigé par son père. Sur les traces de son père aussi, il se lança dans l’action socialiste, mais en s’y intégrant, lui, totalement et sans retour. Les nécessités de la vie l’obligèrent à quitter son pays pour aller travailler à Paris ; ce fut une expérience nouvelle de la vie ouvrière. Typographe à l’imprimerie Dupont à Clichy, Léon Ringuier prit part à une grande grève en 1896. En 1899, il s’installa à Saint-Quentin comme ouvrier typographe et il lança, composa et rédigea Le Combat, hebdomadaire, organe de l’union socialiste de Saint-Quentin et du département de l’Aisne. La première organisation fédérale mise sur pied en 1900 adhéra, à sa naissance, au Parti socialiste français. En 1900, aussi, Léon Ringuier fut élu conseiller municipal de Saint-Quentin et devint administrateur des Hospices de la ville.

Désormais, Léon Ringuier fut de toutes les batailles, propagande quotidienne, par la presse et par la parole, luttes ouvrières comme les grèves qu’il appuya de 1900 à 1904, campagnes électorales. Il vivait aussi intensément de la vie du Parti socialiste, à la section de Saint-Quentin, à la fédération de l’Aisne et sur le plan national. Il assista au premier congrès général des organisations socialistes à Paris, salle Japy (décembre 1899), porteur des mandats de trois syndicats de Saint-Quentin, ceux des mécaniciens, des tisseurs et des tullistes. Au congrès de la salle Wagram (1900), il représenta la Libre Pensée, la circonscription et trois syndicats ouvriers de Saint-Quentin, ainsi que deux groupes socialistes, du Haucourt et de Homblières. Il fut délégué au congrès de la fusion de la salle du Globe à Paris (avril 1905) et représenta la fédération de l’Aisne aux congrès nationaux de Chalon-sur-Saône (octobre 1905), Nancy (1907), Nîmes (1910), Saint-Quentin (1911), Lyon (1912) et Amiens (1914).

En 1896, à l’occasion d’une campagne électorale menée dans l’arr. de Château-Thierry, Léon Ringuier avait été poursuivi, condamné à une forte amende et à un mois de prison qu’il purgea à Sainte-Pélagie. Candidat socialiste à la députation en 1902 dans la 2e circonscription de Saint-Quentin, il échoua, avec 4 000 voix. Deux ans plus tard, le canton de Saint-Quentin l’élut conseiller général par 5 800 voix sur 10 000 votants. Lors d’une élection partielle de 1907 dans la 1re circonscription de Saint-Quentin, il ne manqua le succès que de 57 voix dans une circonscription où, en 1906, le candidat socialiste, le docteur Caulier avait été battu à un millier de voix. Son vainqueur, Frédéric Hugues, avait en outre l’avantage d’être le frère du député décédé François Hugues. Le 8 mai 1910, Léon Ringuier enleva ce siège, au second tour de scrutin, par 8 012 voix ; il en avait réuni 7 967 au premier tour. Hugues, député sortant, fut éliminé au premier tour. Au scrutin de ballottage, Ringuier triompha du candidat conservateur, l’abbé Bordon, curé d’Ivry, alors célèbre sous le surnom de « curé ravageur ». C’était le début d’une carrière parlementaire de quatorze ans ; Léon Ringuier fut réélu au premier tour en 1914 par 10 002 voix sur 22 266 inscrits, et réélu au scrutin de liste en 1919.

Léon Ringuier, au tempérament combatif, héritier de traditions démocratiques, n’avait rien d’un socialiste doctrinaire. Son action parlementaire attentive aux intérêts de sa circonscription rurale fut surtout active avant la guerre de 1914. En janvier 1911, il s’opposa au vote du crédit d’un million de francs destiné aux fonds secrets du ministère de l’Intérieur, alléguant qu’il ne servirait qu’à payer les espions des hommes politiques et du peuple qui forgent des histoires rocambolesques pour justifier leurs inutiles fonctions. À la fin de 1912, il défendit les ouvriers brodeurs et tisseurs de Saint-Quentin, travaillant à domicile. Mais la plupart de ses propositions et interventions furent consacrées au problème du blé et aux questions qui lui étaient liées. En novembre 1911, il déposa une proposition de loi que contresignèrent 73 députés socialistes dont Jules Guesde, Jean Jaurès et Édouard Vaillant. La récolte française avait été déficitaire et il fallait importer du blé étranger : des droits de douane extraordinaires furent institués du 1er août 1910 au 1er août 1911. Léon Ringuier proposa d’affecter 50 millions de francs de cette recette imprévue au dégrèvement de la petite propriété paysanne, le reste de ce revenu global allant aux départements pour être réparti entre les familles ouvrières nombreuses.

Sur les problèmes du blé, Léon Ringuier multiplia les interventions. En décembre 1910, il s’attaqua aux spéculateurs de la Bourse de Commerce de Paris auxquels il attribua la hausse du blé plus encore qu’à la récolte déficitaire. Pour assurer un prix rémunérateur pour le producteur et honnête pour la classe ouvrière, il avança la solution socialiste : que l’État se fasse le seul importateur de blés étrangers. Il revint à la spéculation sur les blés en décembre 1911. Devant la pénurie, Ringuier demanda, en juin 1912, l’abaissement des barrières douanières et même l’importation en franchise de 10 millions de quintaux à condition que ces blés aillent directement à la meunerie, au prorata de son activité passée. En mars 1914, il critiqua un projet de loi fixant l’exportation en franchise du Maroc vers l’Algérie et la France à 100 000 quintaux de blé et à 20 000 têtes de bétail, alors que les besoins mensuels de la France se montaient à 10 millions de quintaux : on risque, déclara-t-il, de détourner vers l’étranger la production marocaine.
ŒUVRE : De 1899 à 1924, L. Ringuier édita le journal Le Combat qui est conservé à la Bibl. Mun. de Saint-Quentin de 1904 à 1907, pour 1909, et de 1921 à 1924.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129020, notice RINGUIER Louis, Émile, Célestin (dit Léon) par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 juin 2020.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Comptes rendus du congrès de la salle Japy (décembre 1899) et des congrès nationaux du Parti socialiste SFIO. — Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., pp. 379-380 et Les Fédérations socialistes I, op. cit., pp. 27 à 35, passim. — L’Humanité, 9 et 11 mai 1910. — État civil en ligne cote 1 E 1025/30, vue 10/316.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 380 et Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 27.

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