RIUS Michel, Martin, Jean. Pseudonyme : RADI Jules

Par André Balent

Né le 29 décembre 1904 à Serdinya-Joncet (Pyrénées-Orientales), mort le 16 janvier 1956 à Paris ; maçon, scieur de long, ouvrier biseauteur, permanent syndical ; dirigeant communiste ; secrétaire de l’Union régionale CGTU du Languedoc ; secrétaire de la Fédération nationale CGT des travailleurs de l’Agriculture ; membre du Conseil national économique (1936-1940) ; membre du Conseil économique (1947-1956).

Michel Rius naquit à Joncet, hameau d’une commune agricole et minière du Conflent. Son père, Henri Rius, était un agriculteur propriétaire âgé de vingt-huit ans à sa naissance. Sa mère, Marie Broch, avait vingt-trois ans en 1904. Henri Rius, mobilisé en 1914, fut affecté dans le sud tunisien où il mourut en 1915. En 1919, Michel Rius fut déclaré pupille de la nation. Il dut travailler jeune, d’abord comme aide maçon, ensuite comme scieur de long dans les forêts du Capcir, à Formiguères (Pyrénées-Orientales). Après avoir effectué le service militaire, il quitta le Capcir et la Cerdagne pour venir à Perpignan où il travailla chez Fourty, fabricant d’emballages.

Michel Rius adhéra au Parti communiste en 1924 ; il effectua son service militaire en 1924-1925. Vers la fin des années 1920, Michel Rius s’était fixé à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Il fut très souvent victime de la répression patronale et changea à plusieurs reprises de métier : au début des années 1930, il était représentant de commerce.

Au moment de la « troisième période » de l’Internationale communiste Michel Rius devint, avec son beau-frère Joseph Guisset (qui avait épousé sa sœur Thérèse, Rosa, née à Serdinya-Joncet le 20 mars 1903), l’un des principaux dirigeants du Parti communiste et de la CGTU dans les Pyrénées-Orientales. Entre 1929 et 1934, il assura, alternativement avec Joseph Guisset, les fonctions de secrétaire du rayon puis du sous-rayon de Perpignan et de secrétaire de la cellule de Perpignan. Il siégea également aux instances dirigeantes de la Région du Midi du Parti communiste, qui avait son siège à Béziers et à laquelle étaient rattachées, depuis la « bolchevisation », les organisations communistes des Pyrénées-Orientales qui connaissaient, au début des années trente, un déclin. La stratégie « classe contre classe » était mal comprise dans une région où le Parti communiste était assez bien implanté dans les années 1921-1925. L’activité de militants comme Michel Rius, bon organisateur et propagandiste, ne pouvait enrayer cette tendance. Le 1er août 1929, il fut l’un des organisateurs de la manifestation communiste contre la guerre dont la répression qui le menaçait éloigna Raoul Calas*, dirigeant du PC de Perpignan.

En 1932, les réunions communistes à Perpignan ne rassemblaient guère qu’une dizaine de militants selon le commissaire de police. Néanmoins Michel Rius multiplia les actions d’agitation, de propagande, les interventions dans les réunions publiques des autres partis. Ainsi le 22 août 1932, le commissaire central de Perpignan signalait que Michel Rius et Joseph Guisset, assurèrent une projection « inopinée » du film soviétique Sur la Volga, au café Gateu, devant une cinquantaine de personnes.

Le 17 octobre 1931, Michel Rius avait apporté la contradiction au député socialiste Jean Payra. Ayant invité les soldats à retourner leurs armes « contre la bourgeoisie internationale », il fut inculpé de « provocation de militaires à la désobéissance » et traduit le 10 février 1932 devant le tribunal correctionnel de Perpignan qui le condamna à 200 F d’amende. Le 21 novembre 1932 le préfet des Pyrénées-Orientales le signalait comme responsable du travail antimilitariste. Depuis septembre 1931, la correspondance de Michel Rius était interceptée et examinée, sur instruction du préfet qui s’inquiétait des liens qu’entretenait Michel Rius avec « les sujets espagnols ». Dans le dossier « Rius Michel » des Archives départementales, se trouve une copie de lettre non signée, datée du 25 août 1931 et envoyée de Béziers au siège de la 10e Union régionale de la CGTU, au « camarade Rius Michel ». Cette lettre éclaire les activités syndicales de Michel Rius qui, bien que n’étant pas ouvrier agricole, était chargé d’organiser la CGTU parmi les travailleurs de la terre des Pyrénées-Orientales. Candidat communiste aux élections législatives de 1932 à Perpignan, Michel Rius recueillit 714 voix au 1er tour sur 13 397 inscrits, puis 258 voix au second, Jean Payra étant élu.

Après le 6 février 1934, Michel Rius fut, au plan départemental, l’un des promoteurs de la riposte des organisations ouvrières. Il représenta le PC à la réunion unitaire tenue le 7 février 1934 et rassemblant la SFIO, la CGT, la CGTU, les Jeunesses laïques et républicaines, le Comité Amsterdam-Pleyel contre la guerre et le fascisme. Michel Rius, Léo Figuères (délégué des JC) et Joseph Guisset (délégué du Comité Amsterdam-Pleyel) proposèrent aux autres organisations une contre-manifestation au rassemblement que la Ligue des contribuables organisait le dimanche 11 février au cinéma « Le Nouveau-Théâtre » à Perpignan. Mais le Parti socialiste SFIO et la CGT refusèrent mettant l’accent sur la préparation de la grève du 12 février. Le 11 février, le Parti communiste, les Jeunesses communistes et la CGTU se rassemblèrent devant « Le Nouveau-Théâtre ». La gendarmerie mobile chargea, Michel Rius appela alors ses camarades à rejoindre les socialistes à la Bourse du Travail. Communistes et unitaires, socialistes et confédérés se fondirent en un cortège unique qui défila dans la ville.

Lorsque fut fondée en août 1934 la Région catalane du Parti communiste (les Pyrénées-Orientales se séparant alors de la Région du Midi), Michel Rius fut appelé à d’autres tâches. A partir d’août 1934, il devint secrétaire de l’Union régionale de la CGTU du Languedoc alors que le processus d’unification des syndicats d’ouvriers agricoles, confédérés, unitaires et autonomes du Gard, de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales était déjà amorcé. L’unification fut entérinée par le congrès de Béziers (janvier 1935). Quelques mois plus tard, Michel Rius fut appelé à des fonctions syndicales au niveau national : le 23 juillet 1935, il signa avec André Parsal et Jean Deslandes un contrat collectif pour le département de Seine-et-Oise. II fut délégué au VIIIe congrès de la CGTU (Issy-les-Moulineaux, 24-27 septembre 1935).

A l’issue du congrès d’unification des Fédérations de travailleurs de l’agriculture, unitaire et confédérée (Narbonne, 29 février-1er mars 1936), Michel Rius fut élu secrétaire administratif de la Fédération nationale des travailleurs de l’Agriculture unifiée. Il appartint à la commission administrative de la CGT de 1936 à 1939. Le 1er congrès de la FNTA (Paris, 24-25 janvier 1937) l’élut 2e secrétaire adjoint. Le congrès de Saint-Quentin de la FNTA (17-19 février 1939) l’élut secrétaire fédéral national avec Claude Guillon et Chaussy. Il fut membre du Conseil national économique (1936-1940).

Ses nouvelles fonctions n’empêchèrent pas Michel Rius de s’intéresser attentivement au mouvement syndical dans les Pyrénées-Orientales : ainsi le 3 avril 1938 il présida un rassemblement paysan organisé par la CGT à Saint-Laurent-de-la-Salanque.

Fait prisonnier en mai 1940, Michel Rius ne revint de captivité (Voir Coquel Gaston) qu’en avril 1945. Il fut immédiatement élu secrétaire adjoint de la Fédération de l’Agriculture CGT le 16 avril 1945. Il devint secrétaire général puis vice-président de la fédération et entra au Conseil économique et social ainsi qu’à la commission supérieure des conventions collectives.

Atteint par une grave maladie, il mourut prématurément. Son corps fut exposé au siège de la CGT à Paris. Il fut inhumé à Pantin (Seine).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129056, notice RIUS Michel, Martin, Jean. Pseudonyme : RADI Jules par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par André Balent

SOURCES : RGASPI, 495 270 754, autobiographie, 12 mars 1932 (2p.) et 28 octobre 1933 (3 p.). — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, cabinet du préfet : liasses 64, 177, 187. — Arch. Com. Serdinya-Joncet, état civil, actes de naissance et mentions marginales de Michel et de Thérèse Rius. — Léo Figuères, Jeunesse militante, chronique d’un jeune communiste des années 30-50, Paris, 1971. — Philippe Gratton, Les paysans français contre l’agrarisme, Paris, Anthropos, 1972. — Stéphane Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, 1939-1944, Thèse, 3e cycle, Nanterre, 1978. — Caroline Andréani, Du bon côté de la barrière, essai d’histoire de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, Paris, Le Temps des cerises, 2002. — Le Travailleur catalan, 21 janvier 1956. — Interview de Joseph Guisset, Perpignan 24 décembre 1974.

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