RIVIÈRE Albert

Par Jacques Girault

Né le 24 avril 1891 au Grand-Bourg (Creuse), mort le 23 juin 1953 à Boussac ; tailleur ; député socialiste de la Creuse ; ministre.

Albert Rivière
Albert Rivière

Albert Rivière était le cadet d’une famille de sept enfants. Son père, sabotier, avait été conseiller municipal et adjoint au maire de la commune pendant vingt ans. Après avoir obtenu le Certificat d’études, Albert Rivière commença un apprentissage de tailleur d’habits. Parti à l’armée en 1911, Rivière fit la guerre dans le 78e régiment d’infanterie. Gravement blessé à la face, il avait une mâchoire en partie artificielle. Rivière ouvrit en octobre 1918 à Boussac un commerce de confection. Il s’était marié en septembre 1917.

Le congrès de la Fédération socialiste SFIO du 24 août 1919 l’inscrivit en quatrième position sur la liste des candidats aux élections législatives. Mais le sous-préfet annonça que le candidat refusait en raison de son état de santé. En 1928, dans sa profession de foi, Albert Rivière indiqua les vraies raisons de ce refus : il s’estimait trop jeune.

En 1922, Albert Rivière succéda à Camille Bénassy* comme secrétaire de la Fédération socialiste SFIO de la Creuse et participa à tous les congrès nationaux. Sous son impulsion, la Fédération prospéra : elle réunissait 1 200 membres en 1928. Candidat sur la liste du Parti socialiste aux élections législatives de 1924, il recueillit, le 11 mai, 14 518 voix sur 70 822 inscrits.

Lors du congrès fédéral de Guéret, le 18 décembre 1927, Albert Rivière se prononça contre la proposition faite par Pierre Renaudel* de s’entendre pour le second tour avec les radicaux. Il fut désigné comme candidat aux élections législatives dans la nouvelle circonscription de Boussac, considérée comme la plus modérée de la Creuse. Le 22 avril 1928, il obtint 5 453 voix sur 17 462 inscrits (31,3 %). Le candidat communiste Georges Nermond* se maintint pour la forme et pour obéir aux consignes de son parti. En fait, au plan local, des discussions avaient eu lieu afin de créer les meilleures conditions pour battre l’ancien ministre de l’Agriculture, le radical Binet. Au second tour, Albert Rivière l’emporta avec 7 086 voix (40,7 %). Dans une « mise au point » publiée par Le Mémorial de la Creuse le 26 mai 1928, le nouveau député démentit avoir accepté une proposition de front unique ; d’ailleurs écrivait-il, « le candidat communiste s’est maintenu au second tour ». Albert Rivière avait refusé un programme minimum, mais en précisant qu’il se désisterait pour le candidat du PC si celui-ci le devançait. Il reconnaissait avoir approuvé, entre les deux tours, certains engagements demandés par les communistes, notamment concernant les projets militaires.

Au Palais-Bourbon, Albert Rivière intervint principalement sur les questions agraires et sur les problèmes des Anciens combattants. Il fut aussi le porte-parole de son parti dans les débats de politique internationale où il dénonça « la folie de la politique d’armement sans contrôle ». Vice-président de la commission des pensions, Albert Rivière fut nommé à l’Office national du combattant. Il était aussi membre de la délégation exécutive et secrétaire adjoint du groupe parlementaire SFIO. Il avait été membre suppléant de la CAP en 1929 et 1930 (sur une motion de la minorité).

Devenu conseiller général du canton de Boussac, toujours secrétaire fédéral de la SFIO, Albert Rivière fut à nouveau candidat en mai 1932. Il fut réélu sans difficulté au 1er tour avec 9 130 voix sur 17 117 inscrits (53,3 %). Au congrès fédéral du 22 mai 1932, il fit voter un texte amendé par lui en faveur de la participation. Il fit partie de la commission administrative du Populaire en 1932 et 1933 (motion Renaudel), en 1934 et 1935 (motion du Nord), en 1936 (motion P. Faure) puis en 1937 et 1938 (motion Blum).

Réélu dès le 26 avril 1936, avec 7 505 voix sur 16 712 inscrits (44,9 %), Albert Rivière devint alors ministre des Pensions dans les gouvernements Léon Blum (4 juin 1936), Camille Chautemps (22 juin 1937), Blum (13 mars 1938), puis Paul Reynaud (21 mars 1940) où il était ministre des Anciens combattants et des pensionnés, enfin dans le gouvernement Pétain, le 16 juin 1940, Albert Rivière occupa le ministère des Colonies. Lors des débats sur l’intervention en Espagne au sein du premier gouvernement Léon Blum, Rivière se serait prononcé en faveur de la non-intervention.

Aux congrès socialistes SFIO, Albert Rivière se tenait à mi-chemin entre les positions exprimées par Léon Blum et Paul Faure. Il présenta notamment le texte de synthèse au congrès de Nantes (27-30 mai 1939). Enfin, l’analyse des votes socialistes de la Chambre élue en 1936 montre que Rivière fut l’un des premiers socialistes à se détacher de la majorité du groupe.

Son passage de vingt-cinq jours dans le premier gouvernement Pétain le coupa de nombre de ses amis socialistes. Son attitude pendant la guerre fut discutée. Certains virent des preuves de « son esprit résistant » dans l’aide qu’il apporta à des personnalités socialistes comme André Blumel*, qu’il aurait fait évader d’une résidence surveillée, et comme Robert Lazurick*, réfugié à Boussac chez lui. Il aurait hébergé puis dirigé vers l’Angleterre des aviateurs canadiens. En 1943, l’ancien ministre suivit les obsèques de Marx Dormoy*, assassiné par la milice. En 1940, il avait collaboré au journal de L.-O. Frossard, Le Mot d’ordre.

Cette version ne fit pas l’unanimité car une décision de justice, en date du 5 décembre 1945, refusa de l’amnistier. Traduit en Haute Cour, il bénéficia d’un non-lieu. Un jugement du 17 octobre 1946 le blanchit en constatant que sa brève participation au premier cabinet Pétain (16 juin-10 juillet 1940) avait reçu l’aval de Léon Blum et qu’il avait soutenu au conseil des ministres la contre-proposition constitutionnelle des sénateurs anciens combattants.

De la Libération aux années cinquante, Albert Rivière collabora à L’Aurore, quotidien de l’ancien député socialiste du Cher, Robert Lazurick.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129094, notice RIVIÈRE Albert par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 novembre 2012.

Par Jacques Girault

Albert Rivière
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SOURCES : Arch. Dép. Creuse, 3 M 302, 310, 313-314, 320-321, 323. — Le Prolétaire du Centre, 1923. — Le Mémorial de la Creuse, 1928. — G. Dauger, Aux origines du Front populaire dans la Creuse, Études creusoises, 1986. — M. Sadoun, Les socialistes sous l’Occupation, résistance et colaboration, Paris, PFNSP, 1982. — Rens. de J.-L. Broilliard.

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