RIVIÈRE Marcel, Henri

Par Jacques Girault

Né le 25 novembre 1901 à Clery-Saint-André (Loiret), mort le 25 décembre 1960 à Paris (IXe arr.) ; instituteur en Seine-et-Marne ; militant du SNI ; militant mutualiste ; président de la MGEN.

Marcel Rivière en 1948
Marcel Rivière en 1948

Fils d’un gendarme à cheval, Marcel Rivière entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Melun (Seine-et-Marne) en 1917. Instituteur à Lagny-sur-Marne, il effectua son service militaire pendant l’occupation de la Rhénanie. Démobilisé, nommé instituteur à Coulommiers, il enseigna à partir de 1924 à nouveau à Lagny, mais au cours complémentaire jusqu’en 1941, puis au cours complémentaire de Nangis.

Il se maria en septembre 1925 à Esbly (Seine-et-Marne) avec Paulette Sevestre, sans profession au moment du mariage, fille d’un chef de district à la compagnie de chemins de fer de l’Est. Le couple eut deux enfants.

Membre du Syndicat national (CGT), secrétaire de la sous-section de Lagny de 1929 à 1939, membre du conseil syndical de la section départementale du SN, il devint secrétaire adjoint de la section départementale du Syndicat national des instituteurs en 1938.

Mobilisé en septembre 1938, démobilisé en juin 1940, Rivière retrouva son poste à Nangis et entra dans la Résistance en 1942. Il présida le comité cantonal de Libération à partir de mai 1944 et fut désigné en position d‘adjoint au maire de Nangis lors de la nomination des instances municipales provisoires.

Quand le SNI se reconstitua dans la clandestinité en Seine-et-Marne pendant l’été 1944, il devint secrétaire général, responsabilité qu’il conserva après la Libération. Il participa alors à la vie du SNI bien que n’étant plus secrétaire général de la section départementale en 1946-1947.

Rivière participait régulièrement aux réunions du bureau national du SNI, affichant une fermeté face aux militants minoritaires. Désigné au bureau national par le conseil national du 30 décembre 1945, il devint secrétaire de la commission des œuvres sociales et de la prévoyance. Par la suite des modifications intervinrent. Les 15-16 octobre 1946, les membres du BN le désignèrent pour les commissions administratives et de législation, des affaires pédagogiques, des finances et de la Sécurité sociale. Quand le BN du SNI fut élu pour la première fois à la proportionnelle, signataire de la déclaration "Pour une action constructive dans l’indépendance du syndicalisme", il fut réélu le 28 décembre 1947. Sa réélection fut reconduite par la suite jusqu’en 1955 sur les listes "Pour un syndicalisme indépendant et constructif", titre apparu pour la première fois en décembre 1948.

Soutenant les positions du courant majoritaire, parfois il s’en écartait. Ainsi, lors de la réunion du bureau, le 7 février 1946, le minoritaire Paul Duthel déposa un ordre du jour invitant la CGT à se désolidariser de la politique gouvernementale. Celui-ci obtint cinq voix dont celle de Rivière. Autre exemple, le 8 mai 1952, se discuta la question de l’invitation des syndicats enseignants des démocraties populaires au congrès du SNI. Henri Aigueperse, dans son rapport de la commission internationale, indiqua que les syndicats de Pologne et de Tchécoslovaquie ne seraient pas invités à la différence des Yougoslaves. Les élus de la tendance « cégétiste » protestèrent. Rivière proposa de les inviter et s’ils refusaient, de lire leurs communications. Denis Forestier, le secrétaire général, trancha en proposant de les inviter seulement quand « ils nous inviteront à leur congrès ». Sa proposition fut acceptée par 13 voix des majoritaires, contre 8 (5 « cégétistes », 2 « école émancipée » et Marcel Rivière).

Rivière, réélu en décembre 1955 en huitième position sur la liste « Pour un syndicalisme indépendant et constructif », fut absent à sa première réunion, victime d’une « dure alerte » de santé selon l’article de Denis Forestier. Lors du congrès national du SNI de Bordeaux, le 23 juillet 1955, il présida la séance consacrée aux questions de l’Union française. Lors du renouvellement du bureau national, en décembre 1955, il ne fut pas candidat car il serait à la retraite en 1955-1956. Lors de la séance du 2 février 1956, un hommage lui fut rendu et il annonça qu’il restait à la disposition du SNI.

Rivière, qui avait été désigné puis élu comme candidat du SNI pour séger au Conseil supérieur de l’Éducation nationale par le bureau national le 5 mai 1946, fut renouvelé à plusieurs reprises jusqu’au 14 juin 1954, où il fut réélu au Conseil d’enseignement du premier degré dans le collège des directeurs ou professeurs des cours complémentaires de garçons. En octobre 1954, les membres de ce conseil le désignèrent pour siéger dans la section permanente du Conseil supérieur de l’Education Nationale.

Mais depuis la guerre, Marcel Rivière consacrait l’essentiel de son activité militante à la mutualité. Après la tenue des premières assises nationales, Henri Aigueperse fut chargé de la coordination des œuvres sociales des enseignants et tout particulièrement de la création d’une caisse de prévoyance pour les instituteurs. Il associa Rivière à ses réflexions et lui confia le rapport de la commission sociale lors de la première réunion du conseil national en 1945. Devenu secrétaire général du SNI en janvier 1946, il lui demanda de le remplacer. Ce dernier lança un questionnaire pour préparer la fusion des mutuelles d’instituteurs en vue de la constitution d’une mutuelle générale ce que Aigueperse annonça au congrès de Grenoble du SNI, le 26 juillet 1946 tandis que Rivière présentait le rapport sur les œuvres sociales. Rivière convainquit Léon Doumerg, président du Soutien mutuel, de la rejoindre. Avec Jules-Marie Coq et Marcel Lelong, il entreprit de rallier les responsables des sociétés mutualistes à l’idée d’une mutuelle unique et leur présenta, le 8 décembre 1946, un projet de statuts qui fut approuvé. Un conseil d’administration provisoire fut alors composé associant des militants amicalistes et mutualistes avec des responsables nationaux le plus souvent. Le 15 décembre se réunit le premier conseil d’administration provisoire et Rivière devint le président de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale. Il dirigea la phase suivante pour faire de la place dans le conseil d’administration pour représenter les sociétés départementales de secours mutuels. Sa composition fut officialisée lors de la première assemblée générale de la MGEN en juillet 1947 qui le désigna définitivement comme président. Lors de l’AG de décembre 1947, furent définies les diverses responsabilités et confirmée la création d’un exécutif de cinq membres permanents. Rivière exerça la présidence et présenta les rapports aux AG successives jusqu’à son décès. Notamment à partir de 1949, fut créée, à son initiative une Société coopérative universitaire de construction destinée à faciliter l’accès des enseignants à la propriété, système complété, plus tard, par l’apparition d’une caution solidaire. Il impulsa aussi la naissance et l’activité des divers œuvres sociales de la MGEN.

L’extension de la MGEN aux autres catégories enseignantes expliquait aussi la présence à la commission administrative fédérale à partir de 1946 (membre de la commission pédagogique), au bureau fédéral, à partir de 1948, de la Fédération de l’Éducation nationale dont il fut le trésorier adjoint en 1948.

Rivière fut aussi un des acteurs principaux dans la mise en place du système de Sécurité sociale pour les fonctionnaires. Alors que les dirigeants de la CGT préconisaient une intégration des fonctionnaires dans le régime général, il défendit l’organisation d’un régime spécial et participa à la rédaction par le gouvernement d’un décret autorisant les sociétés mutualistes de fonctionnaires à gérer leurs régimes de Sécurité sociale. Cette réussite expliqua certainement les raisons pour lesquelles le SNI le fit élire, en juin 1947, sur le poste de secrétaire permanent de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires.

Dans le domaine mutualiste, Rivière, administrateur de la Fédération nationale de la mutualité française, en 1951, devint membre du conseil supérieur de la Mutualité. S’ajoutaient aussi d’autres responsabilités (bureau de la Caisse primaire centrale de Sécurité Sociale de la Région parisienne, vice-présidence de la Ligue française d’hygiène mentale, présidence de la Caisse logement de l’Education nationale, administrateur de la Coopérative des Universitaires).

Marcel Rivière fut enterré au Mesnil-Saint-Denis, le 28 décembre 1961. Denis Forestier lui rendit hommage.

Son nom fut donné au grand centre médico-social construit par la MGEN à La Verrière (Yvelines) et à divers établissements scolaires en France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129115, notice RIVIÈRE Marcel, Henri par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 27 mai 2014.

Par Jacques Girault

Marcel Rivière en 1948
Marcel Rivière en 1948

Iconographie : Photographie lors d’une réunion dans la maison Châteaubriand à Hyères à la fin des années 1940. Marcel Rivière au centre avec sa pipe, à l’extrême gauche son épouse et sa secrétaire (cliché transmis par Bernard Jourdan, fils de Robert Jourdan).

Sources ; Documentation MGEN. — Presse syndicale. — Notes de René Crozet, de Laurent Frajerman, d’André Lainé, de Charlotte Siney. — Notice non signée du DBMOF.

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