ROMAIN Julia

Par Daniel Grason

Née le 10 août 1905 à Lepuix-Gy arrondissement de Belfort (Territoire-de-Belfort), morte le 6 septembre 2001 à Bavilliers (Territoire-de-Belfort) ; ouvrière d’usine à Belfort ; couturière ; militante de l’Union des Jeunes Filles de France, communiste ; agent de liaison ; internée.

Julia Romain
Julia Romain

Fille d’Émile Justin Romain, cultivateur, vingt-sept-ans et de Maria Amélie Démeusy, vingt-quatre ans, Julia Romain obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Elle vécut chez sa mère 22, rue du 14 juillet à Belfort (Territoire de Belfort). Elle fut secrétaire de l’Union des jeunes filles de France du Doubs et du Territoire de Belfort avant la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1940, elle assura des liaisons clandestines en Haute-Saône jusqu’en 1941. En 1942, elle devint responsable régionale des Comités féminins clandestins. En février 1942, elle dirigea une manifestation de huit cents femmes à Belfort.
Elle vivait en fait sous le nom de Martine Mottet 24 rue Fays à Vincennes (Seine, Val-de-Marne). Elle adhéra au Parti communiste en 1934, était membre de l’Union des Jeunes Filles de France (UJFF), assista au congrès de 1937.
Probablement repérée, elle vint en Région parisienne, elle fut en relation avec Henriette Schmidt, en août 1941 elle devint l’agent de liaison de Pierre Brossard. Elle fut identifiée par un inspecteur de la BS1 le 27 février 1943 en sa compagnie. Elle a été interpellée le 1er mars 1943 par des inspecteurs de la BS1 alors qu’elle était en compagnie de Lucie Gratadoux. Des inspecteurs de la BS1 filaient les deux militantes, ils remarquèrent qu’elles échangeaient des documents.
Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales, fouillée par une femme policière, était découvert des photographies de lieux où des attentats avaient été commis ainsi que des rapports de policiers qui concernaient des militants communistes incarcérés. Ces documents avaient été dérobés par l’inspecteur Q… et transmis contre rétribution à Frédéric-Henri Manhès.
Les policiers saisissaient chez Julia Romain une valise qui contenait plusieurs listes noires avec photographies de militants chassés du parti communiste, des plans de Paris et de la région parisienne, une brochure « Que veulent les communistes ? », des tracts, « La Vie du Parti » de janvier 1943, L’histoire du Parti communiste Bolchevik, etc.
Était également saisi le rapport dactylographié de plus d’une vingtaine de pages que rédigea Madeleine Marzin condamnée à mort après l’action du 31 mai 1942 rue de Buci. Graciée par Pétain, elle s’évada lors de son transfert à la Maison Centrale de Rennes. Ce rapport rendait compte des circonstances de son arrestation, des détails de l’instruction du procès, de la détention et de l’évasion de Madeleine Marzin le 17 août 1942 gare Montparnasse. Furent aussi saisis des manuscrits du résumé des procédures judiciaires.
Furent également saisis : une enveloppe contenant neuf cartes postales destinées vraisemblablement à confectionner des « passes », une enveloppe contenant des noms de militants, quatre notes de frais, une fausse carte d‘identité au nom de Martine Marie Mottet, une fausse carte d’alimentation au nom de Jeanne Prévost avec le cachet de la mairie de Grand-Quevilly, différentes cartes d’alimentation, dans un coffret se trouvait un faux cachet en métal de la Kreiskommandantur de Laon dans l’Aisne, des tracts ronéotypés L’Humanité n° 201, La Vie ouvrière n° 124, La vie du Parti de Janvier 1943, ainsi que les textes de La Marseillaise et du Chant du départ, etc…, 2000 francs, un rapport manuscrit sur une délégation des femmes des emprisonnés du camp d’Aincourt, une appréciation a été écrite avec cette note « à ajouter au dossier de la femme Gosset. », ainsi que neuf autres scellés.
Interrogée sur Lucie Gratadoux qui était à ses côtés lors de son interpellation, elle affirma avec aplomb : « Je ne [la] connais pas autrement que de vue […] j’ai eu l’occasion de [la] rencontrer tout à fait fortuitement dans une queue à l’étal d’un marchand de poissons au marché de Chatillon il y a environ un mois et demi. J’affirme ne pas connaître l’identité de cette femme et surtout ignorait qu’elle appartient à l’organisation communiste. »
Elle concéda avoir « effectivement reçu de cette femme des paquets, mais ils ne contenaient que des denrées alimentaires. » Elle affirma « ne pas être en liaison avec cette femme dans un but de propagande. » Les policiers insistèrent, elle tint tête. Mais des papiers émanant de l’organisation clandestine avaient été saisis sur elle. Elle trouva la parade « il s’agissait de corriger les fautes d’orthographe et les fautes de style ainsi que les incorrections grammaticales. »
Elle ne travaillait pas, avait donné 1700 francs à Lucie Gratadoux, des paquets contenant des tracts avaient été saisis à son domicile ainsi que trois mille francs. Elle concéda qu’elle attendait « les ordres de Philibert » (Pierre Brossard). Les policiers demandèrent son identité, elle l’ignorait, tout comme la date et l’endroit de son prochain rendez-vous de « Philibert ».
Lors de la confrontation entre les deux militantes qui fut probablement tendue. Julia Romain déclara au sujet de Lucie Gratadoux qu’elle était l’une de ses liaisons. « C’est par son intermédiaire que les documents destinés à « Fred » par « Philibert » se trouvent transmis. C’est par elle, également que les documents venant de « Fred » me parviennent. Cette militante est rétribuée directement par moi à raison de 1.200 francs [par mois] plus les frais. »
Lucie Gratadoux maintint qu’elle avait eu des rencontres « de temps à autres tout à fait fortuitement. » Elle reconnaissait : « toutefois avoir reçu effectivement d’elle, outre une somme d’argent qui m’était destinée, un certain nombre de documents dont je devais corriger, et les fautes d’orthographe et la présentation. »
Julia Romain n’a pas été déportée, mais probablement emprisonnée et ou internée.
Elle a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Internée résistante.
Elle mourut le 6 septembre 2001 à Bavilliers (Territoire-de-Belfort).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129499, notice ROMAIN Julia par Daniel Grason, version mise en ligne le 7 janvier 2020, dernière modification le 25 juin 2020.

Par Daniel Grason

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SOURCES : Arch. PPo. 221W 14 (rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 8 mars 1943), 77 W 3101, GB 39, GB 187. – Bureau Résistance GR 16 P 518871. – Notes de Claude Pennetier. – État civil acte n° 41 Mairie de Lepuix-Gy (Territoire-de-Belfort).

Photographie : Arch. PPo. GB 187

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