ROSSIGNOL Martial, dit ROSSI

Par René Lemarquis

Mécanicien-tourneur, militant des Jeunesses communistes, Martial Rossignol fut élu au bureau du comité central des JC lors du congrès national tenu à La Bellevilloise (Paris) les 6-10 octobre 1929. Domicilié à Paris (XVIIIe arr.), il fut candidat communiste aux élections législatives de 1932 dans la 1re circonscription de Lorient. Il recueillit 571 voix sur 20 775 inscrits.

Membre du rayon du XVIIIe arr. de Paris, journaliste à L’Avant-garde et à l’Humanité où il était plus spécialement chargé des questions militaires, Martial Rossignol fut exclu du Parti communiste et des JC en avril 1934 comme « provocateur ». La liste noire de 1934 précise que ses articles avaient permis « à la bourgeoisie de condamner notre journal à de fortes amendes ».

Le dossier d’exclusion de Rossi au RGASPI donne des informations sur les raisons de son exclusion. Un document annonçant que la commission de contrôle allait enquêter faisait état des soupçons à son encontre, à savoir : un certain nombre d’arrestations de militants importants survenues en octobre 1930, août 1931 et juin 1932 (un instructeur de l’ICJ de Raymond Guyot*) auraient coïncidé avec des retards ou absences de Rossi à des rendez-vous ; des tribunes de soldats parues dans l’Humanité, dont il était rédacteur depuis le VIIe Congrès du PC, étaient de nature provocatrice. Il fut alors retiré du comité central des JC en juin 1932 et de l’Humanité à la fin de l’année. Il aurait alors cessé de militer. On notait par ailleurs qu’il aurait « serré la main » de Pierre Célor* rencontré dans la rue, qu’en avril 1933 il fut remarqué avec... un complet neuf (!) et qu’il travaillait chez Bréguet comme instructeur alors qu’il n’était qu’ajusteur. Quelques mois plus tard (fin 1933 ?), un autre texte émanant de la cellule n° 243 indiquait que Rossi s’était présenté devant celle-ci en déclarant qu’il était suspendu (par « son groupe ») depuis sept mois et, bien qu’ayant demandé trois mois après sa suspension des explications, qu’il n’avait reçu aucune réponse et il désirait que la Commission de contrôle examine son cas. Faute d’informations, la cellule s’adressa au Rayon dont le secrétariat, en réponse, accusa la cellule de n’avoir fait aucun effort pour retrouver « le copain disparu » depuis sept mois et le sous-rayon de manquer de contrôle. Le secrétaire de rayon accusait à ce sujet la MOE d’avoir suspendu un camarade sans que soit discuté son cas par la cellule. « Ces méthodes tuent tout esprit d’initiative des copains de la base » ! En conclusion, il demandait au parti une enquête sur le cas Rossi.

Rossi répondit d’ailleurs dans une lettre du 24 janvier. La Commission ne lui reprochait que d’avoir « usé de termes nettement provocateurs » dans l’Humanité en décembre 1931 et juillet 1932 et tenté de relancer en août une campagnes d’injures individuelles sur des faits personnels contre des officiers qui avait eu pour résultats un grand nombre d’amendes (70 000 F) « sans en tirer aucun profit politique ». Elle refusait d’acepter les raisons invoquées par Rossi pour sa défense (mauvaise maîtrise de la langue française, conditions pénibles de la fabrication de L’avant-Garde, manque de force politique...) Elle rejetait également l’argument de Rossi selon lequel on ne lui avait jamais fait d’observations puisqu’il avait reconnu fondés les reproches fait par le bureau fédéral des JC et avait été informé d’une intervention directe du secrétariat à ce sujet. Pour ces raisons l’exclusion immédiate et publique était demandée et une décision d’exclusion du PC et des JC datée du 9 avril 1934 était publiée.

Il faut relater un passage du rapport de la commission d’enquête qui retenait un argument de Rossi à propos de son travail à l’Humanité mettant en cause le secrétaire de rédaction Lebrun (sans doute Maurice Serre*, voir ce nom) qui faisait accepter ou non la publication des articles qu’il proposait. « A la réunion quotidienne de la rédaction, on ne critiquait pas la ligne politique et la forme du feuilleton anti. Même on trouvait parfois qu’il était bien. » La Commission jugea que « l’affirmation de Rossi est juste, elle exige naturellement une sanction contre le responsable en même temps que celle touchant Rossi ». Elle proposa d’entendre Lebrun dans les huit jours et de « proposer éventuellement une sanction à son encontre. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129675, notice ROSSIGNOL Martial, dit ROSSI par René Lemarquis, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par René Lemarquis

SOURCES : Arch. Nat. F7/13128. — RGASPI : 495.270.6148. — La Vie socialiste, 14 mai 1932. — Le Rappel du Morbihan, 1932. — Le Travailleur du 18e, 21 avril 1934. — Liste noire, 1934.

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