ROUCAUTE René

Par Marc Giovaninetti

Né le 1er août 1918 à Alès (Gard), mort le 9 janvier 1971 à Villepinte (Seine-Saint-Denis) ; comptable ; militant et résistant des jeunesses communistes ; membre du comité national des JC puis du bureau national de l’UJRF ; secrétaire général de l’Union des Vaillants et Vaillantes.

René, frère cadet de Roger Roucaute, le futur colonel Lazare de la Résistance, était le quatrième fils d’Albert Roucaute, cheminot, et de Rachel Brugueirolle, sans profession. Dernier né d’une importante dynastie communiste des Cévennes – le deuxième frère, Émile, mourut prématurément à 14 ans, le troisième, Jean, devenu menuisier-ébéniste, fut également membre du PCF – il réussit de bonnes études à l’école primaire supérieure, après le certificat d’études, qui lui permirent d’obtenir le CAP de comptable. Son père était alors secrétaire du syndicat unifié des cheminots du Réseau PLM à Alès et conseiller municipal, et son frère Roger bientôt membre du bureau fédéral et secrétaire de la section d’Alès. Lui-même adhérent aux JC en 1936, René Roucaute en devint secrétaire régional en novembre 1937, après avoir suivi cette année-là une « école de section ». Gabriel Roucaute, alors secrétaire de la fédération du Gard du PCF et plus tard maire d’Alès, tout comme Roger Roucaute, n’était pas de leur proche famille. Il occupa aussi un emploi de secrétaire à la section d’Alès du PCF, jusqu’à son départ au service militaire en 1938.

Déjà sous les drapeaux en 1939, René Roucaute fut prisonnier en Allemagne à partir de juin 1940. Affecté au ramassage des pommes de terre, il fut assez grièvement blessé par une machine qui l’écrasa contre un mur. Plâtré des chevilles au menton, il fut rapatrié sanitaire en mai 1942, et arriva à Alès le jour même où sa fiancée, Josette Laurenson (voir Josette Roucaute*), une militante des Jeunes filles de France avant la guerre, était arrêtée sur dénonciation pour avoir imprimé des tracts communistes. Hospitalisé pendant dix mois, René Roucaute s’engagea ensuite tout naturellement dans la résistance communiste en zone Sud, comme son père et son frère, ou ses cousins germains Raoul et Marcel Roucaute. Peu après qu’il eut « repris contact », en février 1943, il fut nommé responsable politique (« polo ») du PC clandestin à Valence (Drôme) au mois de mai, puis pour l’ensemble de la Drôme en septembre, sous le pseudonyme d’Émile. Ce même mois, les dirigeants des JC de la zone Sud basés à Lyon, Léo Figuères et Maurice Berlemont se l’adjoignaient comme responsable aux cadres pour l’ensemble de la zone Sud.

C’est ainsi qu’il fut arrêté le 15 août 1944 alors qu’il échangeait des documents, assis sur un banc de la place Belcourt à Lyon, avec son agent de liaison Odette Sabaté, originaire des Pyrénées-Orientales. Les documents étaient chiffrés, aussi les deux jeunes gens furent-ils durement torturés avant d’être internés au fort de Montluc à Lyon. René Roucaute était couvert de bleus, les ongles arrachés, les genoux écrasés. Comme il ne parlait pas, sa camarade fut à moitié écartelée devant lui. L’un et l’autre ne devaient jamais complètement se remettre des sévices endurés. Condamné à mort le 17 août, René fut délivré le 24 par une action d’éclat des FTP, encouragés par l’approche des Alliés qui s’apprêtaient à libérer Lyon. Son frère Roger, le colonel Lazare commandant l’ensemble de la zone Sud, dirigeait le commando de résistants sans même savoir que son frère était détenu à cet endroit.

Dès son retour à Paris, à peu près rétabli, René Roucaute fut, derrière Raymond Guyot, Figuères et Berlemont, trois des principaux cadres communistes de l’ex zone Sud, affecté à la direction des Jeunesses communistes qui se reconstituaient dans la légalité. D’abord simple membre du comité national à la fin de l’année 1944, le manque de cadres lui assura une rapide promotion, d’abord comme adjoint au secrétaire à l’organisation Maurice Berlemont en janvier, puis parmi les quatre membres du secrétariat quand les JC se transformèrent en Union de la Jeunesse républicaine de France au congrès de Pâques 1945. Il suivit alors pendant deux semaines, en mai-juin 1945, la première école centrale des Jeunesses, qui lui valut une appréciation mitigée : « intelligent, rédige bien et s’exprime assez facilement, mais ne semble pas avoir la fermeté et l’esprit de responsabilité qui incombent à un secrétaire national de l’UJRF ». Dès l’été, il dut en effet céder sa place aux jeunes dirigeants communistes qui rentraient de déportation ou aux chefs des organisations de jeunes résistants ralliés à l’UJRF. Il se contenta alors de siéger au bureau national, un poste qu’il conserva aux deux congrès suivants, en 1945 et 1947, jusqu’au congrès de décembre 1950 où il quitta l’organisation de jeunesse.

Au cours du printemps et au début de l’été 1945, René Roucaute s’occupa principalement de propagande et de la préparation des fêtes. Comme tous les cadres, il fit en juillet une tournée en province qui le ramena dans la Drôme. Mais une autre responsabilité lui était déjà attribuée : lancer un mouvement d’enfants affilié à l’UJRF. Ce fut l’Union des Vaillants et Vaillantes, dont il présenta le projet de programme et d’organisation, entériné à la fin du mois d’août par les instances dirigeantes de l’UJRF. Les statuts de l’organisation, constituée sous forme d’association loi de 1901, furent déposés en janvier 1946. Siégeant boulevard de Courcelles avec les autres organisations de la même mouvance, elle était présidée par Raymond Guyot, René Roucaute étant secrétaire national, assisté par Inès Klein. Elle s’adressait aux enfants de huit à seize ans, afin d’organiser pour eux « des loisirs sains et éducatifs », qui garantissent leur « dévouement à la patrie » et « les éduquent dans l’amour de la République, de la démocratie et de la laïcité ».

Le 23 août 1945, René Roucaute avait épousé Josette Laurenson qui avait survécu à la déportation au camp de Ravensbrück. Roger Roucaute fut un des témoins de leur mariage à Alès. Dès le lendemain, les jeunes mariés rentraient à Paris, et le surlendemain, René repartait au loin pour une « campagne rurale » militante. Le couple s’installa à Issy-les-Moulineaux, dans le même immeuble que Madeleine Vincent et Guy Ducoloné avec qui ils devinrent très liés. Leur fils Raoul naquit l’année suivante, puis leur fille Mireille, trois ans plus tard.

Un rapport d’avril 1948, sans doute de Léo Figuères, louait l’action de René Roucaute à la tête des Vaillants : « excellent militant qui a montré toutes ses capacités dans l’organisation et le développement des Vaillants […] – se passionne pour son travail – très bon élément, bien à sa place. » Le jeune secrétaire général fut pourtant victime de la sourde lutte politique qui opposait d’un côté Guyot et Figuères, soutenus en sous-main par Thorez, à André Marty et son affidé à l’UJRF, André Leroy, également rentré de déportation. L’enjeu était soit d’encourager les mouvements de jeunesse à l’ouverture prônée pendant la Résistance et la Libération, soit de ranimer en leur sein le strict esprit communiste. L’appel de Guyot à d’autres fonctions, l’éviction des communistes du gouvernement, le début de la guerre froide permirent aux militants soutenus par Marty d’être placés aux principales responsabilités et Roucaute, comme Inès Klein et quelques autres, furent évincés sans ménagement de la direction des Vaillants. À l’issue de la conférence nationale de 1949 à Arcueil, Yves Morel et André Valot* reprirent le flambeau au secrétariat national. Les mis à l’écart en conçurent pour la plupart une grande amertume, d’autant que l’organisation, déjà en difficulté comme toutes les branches de l’UJRF, accéléra son déclin.

Sans qu’il ait apparemment démérité d’aucune façon, René Roucaute, « discret, gentil et efficace » d’après ses anciens camarades de la direction des Vaillants, n’occupa plus d’autre fonction en vue, contrairement à son frère Roger qui continua à exercer de hautes responsabilités partisanes et électives, dans le Gard et au plan national. Léo Figuères, intervint en sa faveur auprès de Marcel Servin, le dirigeant de la section des cadres : « Il faudrait discuter de l’avenir militant de […] René Roucaute, […] actuellement comptable à la SNECMA Melun. Tu comprendras aisément que lorsque les camarades quittent ainsi des responsabilités, il est absolument utile, ne serait-ce que pour les rassurer sur la confiance dans laquelle les tient le Parti, que l’on discute avec eux. » Le jeune militant resta pourtant une pleine année à travailler hors du parti, réussissant quand même à se rapprocher sur le site de la même entreprise, boulevard Kellermann, dans le XIIIe.

Lorsque Fernande Guyot, l’épouse de Raymond, qui travaillait comme trésorière pour le Mouvement de la Paix, apprit ce qu’il advenait de ce militant de valeur, elle demanda à ce qu’il soit affecté à ses côtés. Ainsi les Roucaute partirent-ils pour Prague, qui était alors la plaque tournante de nombre d’organisations satellites, au cours de l’année 1950. Ils y restèrent quatre ans, René Roucaute comme trésorier et Josette Roucaute travaillant aussi pour la revue du Congrès mondial des Partisans de la Paix. Au cours de ce séjour, ils eurent la douleur de perdre leur petite fille, âgée de quatre ans, confiée à la garde des parents Roucaute à Alès et brusquement décédée.

Après leur retour en France, René Roucaute fut employé à l’Union française d’information dirigée par Jean Dorval, et son épouse à la Maison des Métallurgiste, rue Jean-Pierre Timbaud à Paris. À partir de 1959, il fut affecté comme administrateur adjoint au journal l’Humanité. Au début des années 1960, les Roucaute s’installèrent au Blanc-Mesnil, une municipalité communiste de la banlieue est. Sur le plan politique, René Roucaute était simplement membre du comité de section de la ville. Tous les dimanches, il partait avec son lot de journaux à diffuser : l’Humanité-Dimanche, principalement, mais aussi les journaux pour la jeunesse auxquels il restait fidèle, Vaillant et Pif le chien. À partir de 1966 au moins, il était à nouveau employé dans des sociétés privées comme « administrateur ».

René Roucaute, malgré une belle apparence, gardait une santé chancelante. Il mourut prématurément à l’âge de 52 ans. Son épouse Josette, puis leur fils Raoul, très attachés à leur commune, furent l’un et l’autre et successivement adjoints aux maires communistes du Blanc-Mesnil.

Josette Roucaute, rentrée s’installer près d’Alès à l’âge de la retraite, restée fidèle à son parti, continua à témoigner activement de son passé de résistante et déportée. Son nom fut attribué à l’école de la commune de la banlieue d’Alès où elle vivait en 2015.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129729, notice ROUCAUTE René par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 20 avril 2015, dernière modification le 9 septembre 2015.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Notes de Arch. du PCF, fonds Guyot, 283 J 3 et 4 ; 283 J 67 (revue mensuelle Notre Jeunesse, 1945) — Arch. PPo, G7 53.112, rapports d’avril et octobre 1946 sur les Vaillants. ― Arch. du comité national du PCF (Guillaume Quashie). ― Arch. de la fédération PCF de Seine-Saint-Denis (Paul Boulland). ― L’Avant-Garde, 1944-1951, en particulier nos 35, 106, 189, 323 (congrès de l’UJRF). ― Léo Figuères, Jeunesse militante, Ed. Sociales, 1971. ― Roger Roucaute, Luttes et espoir d’un Cévenol, Lacour, Nîmes, 1988. ― Marcel Rozental, Homme qui marche…, La Dispute, 2000. ― Claude Emerique, « Roucaute Josette, “matricule 42191” », site www.gillesr-educ.fr. ― Site officiel de la commune de Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard). ― Entretiens avec Léo Figuères (octobre 2002), Marcel Rozental (mars 2004), Inès Klein (mai 2011), Josette Roucaute (août 2015). ― Renseignements communiqués par Gilles Baix. ― État civil.

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