ROULET Fernande [née SYMPRIEST Françoise, Louise, Fernande]

Par Francis Colbac, Pierre Couchot

Née le 22 juin 1892 à Lépinas (Creuse), morte le 17 mai 1996 à Périgueux (Dordogne) ; institutrice ; militante syndicaliste, membre du Bureau national du SNI ; militante socialiste.

Fille d’Antoine Sympriest, maréchal ferrant, et de Denise-Julie Pauty, cultivatrice, Fernande Roulet fut nommée en 1914 institutrice à Sainte-Nathalène (Dordogne). Elle s’était mariée le 17 septembre 1912 à Lépinas avec Marcel Roulet. Elle adhéra à l’Amicale départementale des instituteurs de son canton et fut membre de son conseil d’administration. Elle œuvra à la transformation de cette amicale en syndicat. Après la guerre, nommée à Périgueux en 1921, elle joua un rôle essentiel dans la constitution du syndicat CGT dont elle fut élue secrétaire départementale dès sa création et jusqu’à la réunification.

En 1926, Fernande Roulet devint membre du conseil national de la Fédération des instituteurs puis membre du Bureau national jusqu’à la guerre. Responsable de la commission sociale, elle fut déléguée au XIXe congrès de la CGT (Paris, juillet 1927) et au XXIIIe (Paris, septembre 1935). Dès 1929, elle fut élue au conseil départemental de l’enseignement primaire et confirmée par la suite. Elle fut, en tant que secrétaire départementale, la principale animatrice du Syndicat national des instituteurs, syndicat le plus important et de loin de l’UD-CGT et joua, de ce fait, un rôle de premier plan. Elle avait été cofondatrice de cette UD le 1er juin 1924 et avait été élue secrétaire adjointe à son congrès constitutif, fonction qu’elle conserva jusqu’en 1935. Fernande Roulet participa à tous les congrès de l’UD-CGT présentant au XIe congrès (juillet 1934) une résolution sur l’antifascisme ou faisant le rapport sur le Peuple de la Dordogne, hebdomadaire de l’Union départementale au XIIIe congrès (juillet 1935).

Fernande Roulet, comme tous les autres dirigeants confédérés, était également membre de la SFIO. Elle militait à la section de Périgueux et faisait aussi partie de la Ligue des droits de l’Homme.

Fernande Roulet s’opposa à plusieurs reprises aux actions et aux dirigeants du Parti communiste ce qui lui valut plusieurs articles virulents de l’hebdomadaire fédéral du PC, Le Travailleur du Centre-Ouest. À l’assemblée générale de Noël 1932 du syndicat CGT, comme elle se prononçait contre l’audition du secrétaire du syndicat unitaire, elle fut mise en minorité. Malgré tout, elle allait jouer un rôle important dans la réalisation de l’unification syndicale. Elle prit la parole au meeting d’union du 12 février 1934 à Périgueux. Elle fit partie de la commission mixte qui, courant 1935, prépara la fusion des deux syndicats d’instituteurs, qui eut lieu le 24 décembre 1935. Lors de cette assemblée générale, elle fut élue au bureau du syndicat unifié où elle continua à jouer un rôle de premier plan.

Le 22 décembre 1935, Fernande Roulet avait présidé le congrès départemental de fusion des UD, confédérée et unitaire, et avait été élue membre de la commission exécutive et trésorière adjointe. Tous les congrès ultérieurs la réélurent à la commission exécutive. Elle fut déléguée au congrès d’unité de la CGT à Toulouse (mars 1936) où les mandats du syndicat des instituteurs dont elle était porteuse allèrent à la majorité sur les questions de statuts et des incompatibilités mais à l’abstention sur le problème de l’adhésion à une Internationale syndicale.

Toujours membre du bureau national du SNI et déléguée de ce syndicat à la section départementale de la Fédération générale des fonctionnaires, elle avait été désignée à la commission départementale du travail et au comité de surveillance des prix où elle représentait l’UD.

À partir de 1938, Fernande Roulet se rangea parmi les partisans du « pacifisme intégral », déclarant en avril, dans une assemblée générale du syndicat des instituteurs : « Il vaut mieux se laisser faire comme l’Autriche, plutôt que résister comme l’Espagne [..]. Il faut y mettre le prix et consentir à l’Allemagne et l’Italie les sacrifices qui s’imposent » Approuvant les accords de Munich, elle envoya un télégramme de félicitations à Georges Bonnet (qui était aussi député de Périgueux).

Au congrès du SNI, préparatoire au congrès de la CGT, Fernande Roulet défendit les motions Delmas et obtint sur ces propositions cinq mandats sur sept. Elle vota en ce sens mais fut minoritaire au sein de la délégation des syndicats de l’UD de la Dordogne au XXVe congrès de la CGT à Nantes en novembre 1938. En 1939, elle fut chargée à la commission départementale mixte des problèmes économiques et sociaux. De septembre 1939 à août 1940, redevenue membre du bureau de l’UD, Fernande Roulet fut la principale collaboratrice de son secrétaire, Émile Leymarie. Le 20 août 1940, lors d’une séance décisive de la commission exécutive de l’Union départementale, elle fit partie de la majorité qui opta pour rejoindre le « comité de coordination » créé par [René Belin-16132]. Elle devait par la suite rompre avec cette orientation et fut révoquée par Vichy.

En 1939 et 1940, Fernande Roulet habitait Périgueux où elle était membre de la loge maçonnique « Le droit humain » encore appelée « loge 856 ». C’était la seule loge de Dordogne ouverte aux femmes.
Elle s’opposa vigoureusement, et le SNI avec elle, à la présence des ministres des cultes alsaciens dans les écoles de la République lorsqu’en 1939-1940, par suite de l’application du régime concordataire sur le territoire des départements d’accueil des évacués alsaciens, on ouvrit des classes alsaciennes en Dordogne (avec 4 heures d’enseignement religieux).
Elle fit paraître dans La Petite Gironde du 6 janvier 1940 un article intitulé « L’école alsacienne en Périgord ». Il s’ensuivit une polémique qui fit intervenir les inspecteurs d’académie, le directeur des cultes, le directeur général des services d’Alsace Lorraine, le préfet de la Dordogne, le recteur de l’académie de Strasbourg et même Camille Chautemps.

Réintégrée à la Libération, elle n’eut plus d’activité syndicale importante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129824, notice ROULET Fernande [née SYMPRIEST Françoise, Louise, Fernande] par Francis Colbac, Pierre Couchot, version mise en ligne le 25 juin 2014, dernière modification le 28 mars 2021.

Par Francis Colbac, Pierre Couchot

SOURCES : Arch. Dép. Dordogne, 1 M 79, 4 M 186, 4 M 207, 4 M 211, 10 M 11, 10 M 22. — Le Travailleur du Centre-Ouest. — Le Populaire du Périgord. — La Dordogne syndicaliste. — Le Peuple de la Dordogne. — Procès-verbaux des réunions du syndicat des instituteurs (1932-1940), UD-CGT Dordogne. — C. r. des congrès cités. — État civil en ligne 4E126/12. — François Schunck, Le Choc cultuel, en 2009 aux éditions Coprur, sur l’affrontement des camps laïcs et religieux (p. 51 à 56). — Notes de François Schunck.

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