ROUQUET Pierrette [ROUQUET Thérèse, Pierrette]

Par Annie Pennetier, Claude Pennetier

Née le 28 avril 1894 à Limoges (Haute-Vienne), morte le 12 avril 1972 à Châteauroux (Indre) ; institutrice ; militante féministe et syndicaliste.

L’activité militante de Pierrette Rouquet est inséparable de celle de ses sœurs Henriette et Marguerite, elles aussi institutrices. Leur père était cheminot syndiqué au Paris-Orléans et participa aux grèves de 1920. Tout en soutenant l’action syndicale de son mari, leur mère jugeait ses filles trop révolutionnaires. Les « sœurs Rouquet » firent leurs études à l’École normale d’institutrices de Châteauroux, Pierrette de 1911 à 1914, Henriette de 1913 à 1916, Marguerite en sortit en 1924. Les deux plus âgées eurent pour directrice une pacifiste convaincue. Pierrette, l’aînée, au caractère très affirmé, influença beaucoup ses sœurs.
Pierrette Rouquet débuta comme institutrice à Géhée (Indre) de 1914 à 1916. Dans une commune voisine habitait le secrétaire du syndicat de l’enseignement laïque de l’Indre. Il était parti au front mais sa femme qui assurait l’intérim convainquit dès 1914 Pierrette de se syndiquer. Pierrette Rouquet adhéra à la Fédération de l’Enseignement sur la base du pacifisme. Sa sœur Henriette l’imita en 1916. Elles exercèrent à Lurais de 1916 à 1919 puis à Levroux jusqu’en 1934. Les deux sœurs participèrent au congrès fédéral de 1919, où elles se lièrent d’amitié avec Marie Guillot*, et au congrès de 1920. Elles alternèrent leur présence au conseil fédéral de l’Indre.

Pierrette Rouquet et Henriette Rouquet créèrent le Groupe féministe de l’enseignement de l’Indre en décembre 1922. Pierrette joua rapidement un rôle national et fut de 1922 à 1924 puis de 1926 à 1928, secrétaire fédérale des groupes féministes. Elle tint souvent la rubrique féministe de L’École émancipée.

Pierrette Rouquet et Henriette Rouquet adhérèrent au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920). Leur démarche était plus sentimentale que politique. Elles tentèrent sans grand succès de créer un noyau communiste à Levroux. Elles fondèrent un syndicat de la confection en chemise et assurèrent sa liaison avec la Bourse du Travail de Châteauroux. Cependant les sœurs Rouquet, sous l’influence de Georges Thomas* (voir Georges Louis Thomas*), étaient pour l’indépendance du syndicalisme. Elles quittèrent le PC en 1924 et adhérèrent à la Ligue syndicaliste animée par Pierre Monatte*. Elles se rapprochèrent de la SFIO et, en 1928, soutinrent, aux élections législatives, la candidature du socialiste Max Hymans*.

Favorables à l’unité syndicale, Pierrette Rouquet et Henriette Rouquet signèrent le manifeste des vingt-deux pour l’indépendance du syndicalisme, en novembre 1930. Elles participèrent au comité départemental pour l’unité fondé le 6 juin 1931 par Georges Thomas. Elles refusèrent cependant de suivre ce dernier lorsqu’il adhéra en 1932 au Syndicat national (CGT). Les sœurs Rouquet furent des syndiquées disciplinées : lorsque la Fédération unitaire lança le mot d’ordre de refus des rapports d’inspection transmis par les directeurs, seules les trois Rouquet l’appliquèrent dans le département. Elles firent la grève du 12 février 1934 et celle du 30 novembre 1938 qui leur valut une sanction. Pierrette Rouquet appartint au conseil départemental de l’enseignement primaire de 1932 à 1939 et fut membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs. Institutrice à Châteauroux depuis 1934, elle participa au comité départemental de vigilance contre le fascisme.

Pierrette Rouquet appartint au bureau clandestin du syndicat de l’Enseignement de l’Indre dès 1943. L’épreuve de la guerre l’éloigna des idées syndicalistes révolutionnaires. En 1945 et 1946, elle participa comme trésorière au bureau de l’Union départementale CGT où elle combattit l’orientation communiste.

Pierrette Rouquet fit partie du bureau national du SNI à sa reconstitution en octobre 1944. Confirmée dans cette responsabilité, chargée du secrétariat de la commission de la propagande et du recrutement, à partir de 1946, elle fut responsable aussi de la rubrique « La vie des sections » dans L’École libératrice. Lors de la réunion du bureau national des 15-16 octobre 1946, elle devint la cinquième permanente pour renforcer le secrétariat et seconder le secrétaire général Henri Aigueperse pour l’étude des questions corporatives. Elle entra à la commission des finances, appelée à remplacer Eugène Jacquemard qui devait prendre sa retraite. S’y ajoutèrent aussi les commissions des affaires coloniales (dont elle assura le secrétariat) et des jeunes. A partir de 1947, elle signait les articles réguliers concernant l’Union française. Lors de la réunion du conseil national, le 28 décembre 1947, elle fut réélue au bureau national comme secrétaire de la commission de l’Outre-mer. Le bureau national, le 14 janvier 1948, la désigna à la fois comme responsable de l’Union française et comme trésorière du SNI, responsabilité qu’elle conserva jusqu’en janvier 1952. A ce titre, elle était la principale actionnaire (1 500 parts) de SUDEL, maison d’édition créée par le SNI. A partir de septembre 1949, elle devint la gérante de L’École libératrice et conserva cette responsabilité jusqu’en septembre 1953. Elle figurait en neuvième position sur la liste "Pour un syndicalisme indépendant et constructif", lors de l’élection du bureau national en décembre 1949.

Elle fit partie de la commission administrative fédérale de la Fédération de l’Éducation nationale de 1946 à 1951. Secrétaire de la commission de l’Union française en 1949-1950, elle en resta membre jusqu’en 1955.
Élue, le 5 mai 1946, comme candidate du SNI au Conseil supérieur de l’enseignement primaire, candidate sur la liste du SNI en 14eme position, elle siégea à partir de novembre 1948 à la Commission administrative paritaire centrale.

Elle obtint sa retraite administrative comme institutrice de cours complémentaire en 1951. Aussi présida-t-elle la réunion du conseil national du SNI, le 27 décembre 1951, consacrée notamment à l’élection du bureau national où elle n’était plus candidate. Henri Aigueperse, lors de la réunion du bureau national, le 9 janvier 1952, annonça sa retraite et lui rendit un hommage appuyé.

A partir de 1955, elle était la trésorière générale de l’association « La Jeunesse au Plein Air ».

En 1953, elle fut élue conseillère municipale socialiste de Châteauroux.
Dans les années soixante, Pierrette Rouquet était secrétaire de la Fédération de l’Indre des œuvres laïques, de l’Union départementale des délégués cantonaux et trésorière nationale de la Jeunesse en plein air.

Principales féministes dans le Maitron
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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129853, notice ROUQUET Pierrette [ROUQUET Thérèse, Pierrette] par Annie Pennetier, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 5 décembre 2016.

Par Annie Pennetier, Claude Pennetier

SOURCES : APPO, RG GA, A 11, 395631 (dossier Aigueperse), B 13, 43458 (dossier Bonissel). — L’École émancipée. — Bulletin des Groupes féministes de l’enseignement. — Anne-Marie Sohn, Féminisme et syndicalisme. Les institutrices de la Fédération unitaire de l’enseignement de 1919 à 1935, Thèse de 3e cycle, Nanterre, s.d. — Papiers de Pierrette et Henriette Rouquet. — Lettres de Henriette Rouquet à A.-M. Sohn, 1971. — Rens. de G. Thomas. — Notes de Jacques Girault.

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