ROUQUETTE René, Joseph

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Né le 3 janvier 1899 à Decazeville (Aveyron), mort le 19 janvier 1986 à Nevers (Nièvre) ; instituteur ; militant du SNI ; militant socialiste de l’Aveyron ; conseiller municipal de Rambouillet (Seine-et-Oise), maire de Decazeville, conseiller général.

Né dans une famille de cinq enfants dont le père était mineur (manœuvre selon l’état civil), René Rouquette fut boursier à l’école primaire supérieure de Saint-Geniez-d’Olt, de 1911 à 1914. Admis à l’École normale d’instituteurs de Rodez (Aveyron) en 1914, il fréquenta cet établissement pendant la Première Guerre mondiale jusqu’en juin 1917. Il effectua son service militaire de mars 1918 à avril 1921.

Nommé professeur civil à l’école militaire préparatoire de Rambouillet, il s’inscrivit aussitôt au Parti socialiste SFIO en 1921. Il milita activement à la 5e section de la Seine jusqu’en 1923. Après son mariage en 1923 (pas de mention de mariage selon l’état civil de Decazeville) avec une institutrice, il créa une section socialiste à Rambouillet en 1924. En mai 1925, il dirigea la liste socialiste aux élections municipales et fut élu avec quatre camarades après une dure campagne contre la liste du comte de Fels.

En 1926, il décida de revenir dans l’Aveyron en raison de l’état de santé de sa femme. Après sa guérison, il obtint, avec son épouse, un poste double à Claunhac par Salles-Courbaties. Puis en 1936, fut nommé sur un poste d’instituteur au cours complémentaire de Decazeville tandis que son épouse enseignait dans le village voisin de Fontvergnes. En 1937, ils se trouvaient sur un poste double à Flagnac.

René Rouquette devint secrétaire de la commission de propagande, puis secrétaire adjoint de la Fédération SFIO et enfin secrétaire général après la maladie de Paul Béjambes, vers octobre 1930. Lors des élections législatives d’avril 1928, il seconda Paul Ramadier, candidat à Villefranche-de-Rouergue, mais en mai 1932, il se présenta lui-même dans la circonscription de Millau et recueillit 9,6 % des voix des inscrits. Au congrès fédéral du 22 mai 1932, René Rouquette exposa « les raisons pour lesquelles il lui est matériellement impossible de rester secrétaire fédéral : son isolement à Claunhac, les difficultés des communications, ses nombreuses et accablantes autres préoccupations (classe chargée, secrétariat de mairie, syndicat des instituteurs) » ; mais après les interventions de Paul Ramadier, Marius Alibert, Sangiovanni* et Marius Crognier, il accepta de conserver sa charge et fut délégué au conseil national.

René Rouquette approuvait l’attitude de Paul Ramadier au Parlement. Aussi, lors du congrès fédéral du 28 octobre 1933, apporta-t-il son soutien à Ramadier, menacé d’exclusion. Il entraîna la majorité des adhérents à l’Union Jean-Jaurès (Parti socialiste de France) et conserva le contrôle du journal, Le Progrès de l’Aveyron. René Rouquette convoqua un congrès fédéral le 26 novembre 1933 ; les sections de Millau, Capdenac et Rodez restèrent fidèles à la SFIO et refusèrent de se faire représenter. A l’issue des travaux, Rouquette fut réélu secrétaire fédéral.

Membre du Syndicat national (CGT) depuis ses débuts d’enseignant, René Rouquette devient membre du conseil syndical de la section départementale du SN puis du Syndicat national des instituteurs après la fin de 1935. En 1936, membre du bureau de la section, responsable de la commission d’éducation sociale et de Sudel, chargé de la propagande, il fut délégué à l’union départementale CGT, responsabilité qu’il conserva par la suite sans être membre du bureau. Il fut élu, en 1938, au Conseil départemental de l’enseignement primaire. Lecteur de La Lumière de Georges Boris, il anima dans le SNI le courant qui s’opposait au pacifisme de la direction. Revenant sur cette opposition, il écrivait en 1977 « Proclamer comme René Vivès ne manquait pas de le faire que “chaque retard imposé à la guerre était une victoire pour la paix“ ou bien comme le déclara André Delmas à Rodez le 2 juillet 1939 que les accords de Munich “constituaient un pacte raisonnable“ était pour le moins faire preuve d’un dangereux aveuglement ». Rouquette s’appuya sur les analyses de La Lumière pour contredire le secrétaire national du SNI.

Mobilisé à la déclaration de la guerre comme officier, démobilisé dans l’été 1940, Rouquette reprit contact avec des militants du SNI qui, comme lui, s’étaient opposés aux accords de Munich dans l’Aveyron. Toujours proche de Ramadier, il fit partie d’un petit groupe, proche de l’Armée secrète et des MUR en 1943-1944. Le groupe aida des réfractaires au Service du travail obligatoire et des juifs réfugiés dans la région.

René Rouquette enseignait, depuis la guerre, au cours complémentaire de Decazeville qu’il dirigea par la suite.

Surpris de retrouver d’anciens pacifistes dans le bureau national provisoire du SNI reconstitué, dont René Vivès, il protesta en vain et prit ses distances. A la suite de contacts, fut reconstituée la section syndicale et, lors de l’assemblée générale du 12 juillet 1945, il fut désigné comme secrétaire général et, le 30 novembre, fut élu par 329 voix sur 343 votants, délégué au Conseil départemental de l’enseignement primaire. Après sa démission en mars 1947 du poste de secrétaire général, il conserva son poste de membre du bureau de la section syndicale, responsable de la commission pédagogique, des œuvres post-scolaires et continua à siéger à la commission administrative paritaire départementale.

Toujours militant de la fédération socialiste SFIO, René Rouquette fut élu conseiller municipal de Decazeville et premier adjoint au maire en octobre 1947. Le maire Ramadier, étant souvent absent, il le suppléait. Après avoir envisagé de ne pas renouveler ce mandat en 1953, il finit par le conserver « pour ne pas rompre la solidarité de l’équipe ». À l’automne 1958, il appela à voter « non » au référendum instaurant la nouvelle République. Après l’échec de Ramadier aux élections législatives, lors des élections municipales de 1959, il figurait à nouveau sur la liste conduite par Ramadier, mais à la suite d’une campagne du MRP, ce dernier fut le seul non élu au bénéfice d’un communiste. Rouquette devint alors maire de Decazeville et dans les premières années reçut les conseils réguliers de l’ancien maire, comme il le répétait souvent. Il eut à gérer la crise minière de 1961 et à résoudre la question de la reconversion économique et sociale du bassin urbain. Il fut réélu dans la fonction en 1965 et en 1971. Il succéda aussi à Ramadier au Conseil général où il siégea de 1962 à 1976.

René Rouquette, en désaccord avec la position du Parti socialiste SFIO, depuis 1957, quitta le parti lors de la fondation du Parti socialiste autonome à la fin de 1958, puis adhéra au Parti socialiste unifié. Il rejoignit finalement le Parti socialiste pour soutenir la politique préconisée par Alain Savary.

René Rouquette se retira à Nevers vers 1985.

Après son décès, son nom fut donné à la bibliothèque municipale de Decazeville. 

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article129857, notice ROUQUETTE René, Joseph par Jacques Girault, Claude Pennetier , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 27 mars 2021.

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13081, 581AP/125/425. — Le Progrès de l’Aveyron, 1930-1933. — Presse syndicale. — Renseignements fournis à J. Girault à la fin des années 1970. — DBMOF, notice par Jean Maitron et Cl. Pennetier.

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