ROUX Joseph, Félix

Par Jacques Girault

Né le 7 août 1896 à Trans (Var), mort le 2 avril 1968 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; employé des PTT ; militant syndicaliste ; militant communiste dans le Var et en Afrique.

Le père de Joseph Roux, journalier agricole, possédant quelques terres, fréquentait le cercle rouge et militait au Parti socialiste SFIO. Il était un ami personnel de Gustave Fourment. Sa mère, journalière, travaillait aussi comme ouvrière de filature et de bouchonnerie. Ils eurent trois enfants, dont Alphonse Roux*. Joseph, le plus jeune, reçut seulement les premiers sacrements catholiques et par la suite s’affichait agnostique. Après avoir obtenu le Certificat d’études primaires, il devint ouvrier bouchonnier en 1910, puis journalier agricole et maçon. Membre du Parti socialiste SFIO et du syndicat des terrassiers de Draguignan, il était en correspondance avec les anarchistes Léon Prouvost et Ernest Girault.

Mobilisé le 10 avril 1915 à Toulon puis à Hyères, dans l’infanterie coloniale, versé dans les services auxiliaires en raison de sa mauvaise vue, Joseph Roux partit au Tonkin sur sa demande, le 30 avril 1916. Le journal qu’il tint pendant cette période retraçait ses réactions pour se mêler à la population (apprentissage de l’Annamite, observations de la vie quotidienne, critiques sur le comportement des Européens, horreur de la guerre et du militarisme). Ces tendances se retrouvèrent tout au long de sa vie.

De retour en France, le 21 janvier 1920, Joseph Roux adhéra au groupe d’études sociales (Parti socialiste SFIO) de Trans et en devint le secrétaire. Il prit position en mai 1920 en faveur des grévistes. Il entra aussi en relations avec le sénateur socialiste SFIO Gustave Fourment. Roux et la majorité de ses camarades se montrèrent favorables à la IIIe Internationale. Délégué au congrès fédéral de Toulon, il s’y prononça pour la motion d’adhésion à la IIIe Internationale. Il fut le secrétaire du groupe qui passa au Parti socialiste (SFIC).

Roux avait repris son travail de journalier agricole et de bûcheron. Il voulut s’installer comme cultivateur, mais un prêt lui fut refusé. Délégué au Conseil national du Parti à Puteaux (2 octobre 1921), il se rendit à Reims (Marne) où son frère était entré dans la police. Selon son journal, il travailla comme maçon dans la ville en pleine reconstruction. Syndiqué, plusieurs fois licencié, revenu dans le Var, il fut journalier dans des communes du Nord-Est du département. Grâce à l’intervention de Fourment avec qui il entretint toujours de cordiales relations, il fut embauché, le 3 mai 1923, comme ouvrier auxiliaire des PTT. Licencié, le 31 décembre 1923, à la suite d’une distribution de tracts en gare des Arcs, le 16 novembre, il fut réembauché le 11 juin 1924 après une campagne de la Fédération postale CGTU dont il avait contribué à fonder un syndicat des ouvriers des lignes. Après avoir réussi le concours de monteur, il suivit les cours à Paris où il resta jusqu’en mars 1928 à la Direction téléphonique. Le 13 mars, nommé à Hyères, il y demeura deux années.

Joseph Roux se maria en juin 1924 à Callian (Var). Le couple eut un fils.

Pionnier du communisme dans le Nord-Est du Var, lors du congrès fédéral d’Hyères, le 12 mars 1922, Joseph Roux fut élu au bureau fédéral. Délégué au conseil national de Paris (23-24 septembre 1923), sans argent, son voyage fut payé par René Roos. Le 22 avril 1923, lors du congrès de Vidauban, il fut pris à partie par Victor Espitalier qui l’accusa d’avoir essayé d’entrer dans la police à Reims. Selon le commissaire spécial, cette demande aurait été effectivement faite par Joseph Roux à Reims. Toutefois, la police ayant souvent confondu Joseph et Alphonse, qui travaillait dans la police rémoise, nous ne pouvons faire le point sur cet épisode. Secrétaire du nouveau rayon de Draguignan vers 1924-1925, correspondant de l’Humanité, édition du Midi, animateur de toutes les actions communistes dans le département, il fut le seul gréviste de Draguignan contre la guerre du Maroc en octobre 1925. Il continua de participer aux actions communistes en région parisienne. Travaillant boulevard Brune, habitant Malakoff, il milita sur le plan local et sur le plan professionnel. Revenu à Hyères, il participa au démarrage de l’Union locale CGTU. Lors du congrès de la neuvième Union régionale CGTU, le 8 décembre 1929, il y décrivit la faiblesse syndicale hyéroise. Huit mois plus tard, quand le congrès se réunit à Nice, le rapporteur signala la chute de l’activité syndicale dans la ville depuis le départ de Roux. Dans le même temps, le 26 janvier 1930, le bureau de la conférence du rayon communiste de Carnoules le désigna pour la commission politique.
Joseph Roux avait postulé pour les colonies. Il séjourna au Togo à partir du 1er mars 1930. Nommé chef d’équipe en décembre 1931, puis conducteur de travaux des lignes aériennes en juin 1933, il assura notamment l’entretien du réseau téléphonique du chemin de fer. Son emploi fut supprimé pour raisons budgétaires en décembre 1934. Il eut peu d’activités politiques ou syndicales en raison de la situation particulière du Togo, territoire sous mandat.
Rentré à Trans, Joseph Roux participa à l’intense activité communiste dans le Haut-Var. A Trans, il figura notamment sur la liste communiste qui affronta la municipalité sortante, le 5 mai 1935, et qui obtint une moyenne d’une centaine de voix sur 279 inscrits.
Joseph Roux, affecté en Algérie, séjourna à Constantine du 28 juin 1935 au 12 mars 1938 comme conducteur des lignes aériennes. Devenu très rapidement secrétaire de la cellule communiste des PTT (technique), il participa au développement d’un syndicalisme dans la nouvelle conjoncture née de la réunification. Il présida notamment l’assemblée générale du Syndicat national du personnel des services techniques des PTT à Alger qui suivit le congrès régional des 12 et 13 juin 1937. Membre actif des Amis de l’Union soviétique, il participa aux activités du Groupe d’étude du cinéma soviétique à l’Université populaire de Constantine.
Joseph Roux fut alors nommé conducteur principal le 7 avril 1938 au Sénégal. Envoyé en "congé administratif" par le Gouverneur le 31 décembre 1940, il se retira à Trans. Indésirable au Sénégal, réintégré le 6 septembre 1941 à Roanne (Loire), relevé immédiatement de ses fonctions, il fut mis à la retraite d’office. Resté à Trans, exploitant ses terres, en contact avec la Résistance du Haut-Var, président du Comité local de Libération, secrétaire du comité local du Front national et de la cellule communiste, désigné le 10 octobre 1944 pour siéger à la délégation municipale, nommé plusieurs fois juré à la Cour de Justice du Var, il figura, aux élections municipales du 29 avril 1945, sur la "liste d’union républicaine patriotique antifasciste et d’intérêt local" et obtint 199 voix.
Joseph Roux, réintégré dans les PTT à Draguignan, séjourna, comme contrôleur du service des lignes, au Sénégal du 19 juin 1945 au 7 août 1951, date de sa mise à la retraite d’office en dépit de son désir de continuer. Membre du Groupe d’études communistes de Saint-Louis, il adhéra à l’Union démocratique sénégalaise, section du Rassemblement démocratique africain. Devenu dirigeant du groupe de Saint-Louis au printemps 1947, en contact avec le responsable du GEC de Dakar, lui-même en relations avec la section coloniale du Parti communiste français, il participa à l’organisation du syndicalisme africain. Il n’assurait plus ses fonctions de responsable du GEC en décembre 1950. Il se déclara opposé au "désapparentement" du RDA.
De retour à Trans, Joseph Roux, secrétaire de la cellule communiste, membre du comité de la section communiste de Draguignan, candidat aux élections municipales de 1959 et de 1965, appartenait aux organisations agricoles (syndicats, coopérative). Militant du Mouvement de la Paix, il fut, comme vétéran du Parti communiste, invité en octobre 1964 en Pologne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130090, notice ROUX Joseph, Félix par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 octobre 2014.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021, 13123. — Arch. Dép. Var, 4 M 45, 53, 55, 59 4 1, 18 M 99, 3 Z 4 21, 29. — Rens. du fils de l’intéressé. — Notes de Jean Suret-Canale.

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