ROUX Rémy

Par Antoine Olivesi

Né le 29 juin 1865 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 14 juillet 1957 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; instituteur ; député socialiste des Bouches-du-Rhône (1924-1932) ; conseiller municipal et adjoint au maire de Marseille (1935-1940) ; secrétaire fédéral SFIO des Bouches-du-Rhône à l’époque du Front populaire.

Fils d’un ouvrier verrier et tailleur de pierre et d’une couturière, originaires de Vidauban (Var), Rémy Roux fit ses études primaires jusqu’au Certificat d’études puis travailla comme apprenti à la verrerie du Queylar, entreprise où était employé son père. Cependant sa vive intelligence et son goût pour les études le poussèrent à abandonner ce métier manuel pour continuer ses études et il entra à l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence. Après l’obtention de son certificat d’études pédagogiques, ainsi que du brevet supérieur, il enseigna pendant quelques mois à Arles, fut nommé à Marseille puis comme directeur à La Ciotat. Il revint en 1908 à Marseille comme directeur d’école fonction qu’il occupa jusqu’en 1924, année où il fut élu député.

Dès l’âge de dix-huit ans, Rémy Roux milita dans les cercles socialistes marseillais et fonda, en 1887, le groupe de la Jeunesse républicaine, considéré comme très avancé et appartint au comité Félix-Pyat. Cet engagement fut dû, en grande partie, à l’influence de son père, qui, sous le Second Empire, avait lutté pour la cause républicaine et d’un oncle déporté en Algérie à la même époque, qui, après s’être évadé, avait trouvé la mort avec les garibaldiens. Cette tradition républicaine et patriotique conduisit Rémy Roux à combattre le boulangisme autant que l’opportunisme. Aux élections législatives de 1889, il fut le secrétaire général d’un comité électoral intitulé « comité républicain socialiste, anti-opportuniste et antiboulangiste », qui contribua à la victoire d’Antide Boyer*. En 1892, 1896 et 1900, il fit partie des comités sectionnaires qui soutinrent les listes Flaissières aux élections municipales à Marseille.

Dès 1896, Rémy Roux fut l’un des premiers à prendre parti pour Dreyfus et fut désigné comme secrétaire de la commission de contrôle de la conférence Jaurès qui réunit à l’Alhambra de Marseille tous les socialistes de la ville et du département. Il fut également secrétaire du comité local de révision du procès Dreyfus et polémiqua notamment avec Alexandre Zévaès*, venu défendre, à l’Alhambra, les positions guesdistes sur l’affaire. Parallèlement à son action politique, il avait organisé à Marseille, dès ses débuts dans l’enseignement en 1885, le premier cercle d’instituteurs de France, affirmera-t-il en 1910, embryon de la future fédération nationale. Il présida, avant 1914, cette amicale, devenue ensuite Fédération nationale des instituteurs et institutrices de France et des colonies, défendit les revendications de ses collègues et prépara ainsi le passage au SNI. Il participa, à ce titre, à de nombreux congrès nationaux et internationaux et, en 1924, Le Petit Provençal saluera en lui « l’apôtre de l’école laïque ». Selon le témoignage de César Matton*, Rémy Roux appartenait, par ailleurs, à la Franc-maçonnerie.

Pour revenir à son activité politique avant 1914, Rémy Roux milita à La Ciotat où il fonda un « Cercle du Parti ouvrier » mais n’adhéra pas au Parti socialiste unifié en 1905. Il faut donc le classer, avant 1914, parmi les socialistes indépendants puis les républicains socialistes, et c’est à ce titre qu’il se présenta, en 1910, aux élections législatives dans la 6e circonscription dont le député était, depuis l’année précédente, Fernand Bouisson* comme socialiste indépendant contre le candidat SFIO Crémieux (fils du martyr de la Commune de 1871 à Marseille). Bouisson avait, peu après, adhéré à ce dernier parti et s’en trouvait investi aux élections générales de 1910.

En 1910, Rémy Roux se réclamait de la lutte des classes, et soulignait son origine ouvrière. Il se prononça pour la socialisation des moyens de production et d’échange, l’entente internationale des travailleurs, la conquête des pouvoirs publics et aussi pour la réalisation immédiate des réformes pouvant améliorer la condition des travailleurs. Il offrit de se désister au second tour, sous la condition d’un engagement réciproque, contre l’adversaire commun, le candidat de la droite. Mais la polémique entre Rémy Roux et Bouisson ne put être évitée. Le second reprocha au premier de se présenter par intérêt personnel. Aux attaques de Bouisson, Rémy Roux, dont la campagne fut, au demeurant, courtoise et loyale, répondit que son compétiteur SFIO « usinier ou industriel, n’a pas mis ses actes en conformité avec ses paroles. Il n’est donc pas socialiste. » Finalement Roux se retira au second tour et Bouisson l’emporta.

Dans les années qui suivirent, il semble que Rémy Roux se fût occupé davantage, sur le plan national, de la fédération puis du Syndicat des instituteurs que de la politique locale. Il conserva cependant assez d’influence pour être admis sur la liste du Cartel des gauches, conduite par Bouisson aux élections législatives de 1924, dans la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône. Il fut élu avec 51 041 voix sur 136 085 inscrits. Ce ne fut qu’en 1925 qu’il adhéra à la SFIO. Au Palais-Bourbon, il fut secrétaire de la commission de la Marine marchande et de celle de l’Enseignement et des Beaux-Arts.

A la tribune, Rémy Roux intervint fréquemment, notamment sur l’enseignement technique, l’administration en Alsace-Lorraine, l’enseignement dans les pays rhénans, les bibliothèques scolaires, le cinéma à l’école, etc. Il avait manifesté par ailleurs son intérêt pour le régionalisme provençal en présidant, le 18 octobre 1925, à Marseille, une réunion du groupe « Prouvenço » protestant contre la circulaire de Monzie hostile à l’enseignement des langues locales.

En 1928, Rémy Roux hérita de la 6e circonscription qui englobait le canton d’Aubagne mais non plus celui de La Ciotat. Il obtint 7 387 voix au premier tour sur 19 327 inscrits et fut élu au second avec 8 055 suffrages. Trois ans plus tard, lors d’une élection complémentaire municipale à Marseille, Rémy Roux fut battu le 9 mai, au second tour, ayant recueillit 40 695 suffrages sur 141 101 inscrits et Gabriel Péri* dont la candidature avait été maintenue par le PC obtenait 6 776 voix. Cet échec affaiblit sa position aux élections législatives de 1932. Sa candidature fut contestée par une partie des militants SFIO des sections de la 6eINS>circonscription, qui lui préféraient le conseiller général Antoine Cerati*. En ballottage après le premier tour, où il obtint 4 755 suffrages sur 21 894 inscrits, il fut battu au second, malgré l’appui de Renaudel venu faire campagne en sa faveur, avec 7 529 voix. Il ne reçut qu’une partie des voix de Jean Roujon qui s’était désisté pour lui. En revanche, la moitié des suffrages du candidat communiste Peyrot, qui s’était maintenu, toujours selon les consignes nationales du PC se reporta sur son nom.

Cette dernière indication montre qu’à l’inverse de beaucoup de dirigeants socialistes locaux, Rémy Roux était estimé dans les rangs communistes. C’est pourquoi, lorsqu’après le 6 février 1934, la SFIO et le PC commencèrent à se rapprocher, la présence de Rémy Roux à la tête de la Fédération départementale socialiste fut un élément favorable à la réalisation de l’unité d’action. Lui-même en fut l’un des premiers partisans et l’affirma lors du congrès fédéral d’Arles en 1933 et du congrès national de Toulouse en mai 1934. Il négocia et signa avec François Billoux*, en juin, le pacte d’entente entre la Fédération SFIO et la Région communiste. Le 11 juillet, il participa, aux côtés de Billoux, à un grand meeting unitaire. Il fut également présent au grand meeting antifasciste du 28 octobre 1934 puis aux autres manifestations du Front populaire dans lequel il s’engagea résolument. En 1936, il contribua à la création de Marseille socialiste, le nouvel hebdomadaire SFIO dont il fut le trésorier et collaborateur.

Aux élections municipales de 1935, il conduisit, avec Raymond Vidal* la liste SFIO dans le 5e secteur et fut élu avec 9 001 voix au 1er tour et 14 984 au second sur 34 799 inscrits. Quatrième adjoint au maire Henri Tasso*, il fut délégué à l’instruction publique et aux beaux-arts, chargé de s’occuper de la bibliothèque, des archives, des musées, des théâtres ainsi que de l’urbanisme du centre. Lorsque la municipalité Tasso fut mise en tutelle en mars 1939, ce fut Rémy Roux qui, en qualité de doyen d’âge, accueillit, au conseil, l’administrateur Surleau en le traitant, dans son discours de réception du 28 avril, de « gouverneur colonial ». Il fut élu vice-président du conseil municipal, et réélu le 6 février 1940.

Après la défaite et la dissolution du conseil, Rémy Roux cessa toute activité politique et se tint à l’écart du régime de Vichy dont il désapprouvait totalement la conception et les principes. Cette volonté de discrétion se prolongea après la guerre, au terme d’une longue existence, et jusque dans la mort puisque, selon ses désirs, celle-ci ne fut annoncée qu’après des obsèques civiles célébrées uniquement en présence de sa famille, et après son incinération.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130111, notice ROUX Rémy par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M 3/46, 47, 55-59 ; V M 2/276, 282-283 et 289. — Le Petit Provençal, 1910-1935. — Le Sémaphore, 17 avril 1910. — Massalia, 16 janvier 1931. — Rouge-Midi, 14 juillet, 11 août, 3 et 17 novembre 1934, etc. — Le Provençal, 16 juillet 1957. — Marseille socialiste suivi de Provence socialiste, 1936-1939. — Dict. Parl., t. VII. — R. Jouveau, Histoire du Félibrige (1914-1941). — M.-E. Parisse, Les élections législatives de 1910 à Marseille, op. cit. — Témoignages de C. Matton et A. Cerati. — Entretien avec le militant (1953). — Rens. de la sœur de Rémy Roux et M. Thudo.

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