SABATTINI Ernest

Par Jacques Girault

Né le 4 avril 1873 à Cascia (Italie) ; ouvrier ; syndicaliste ; secrétaire de la Bourse du Travail de La Seyne (Var).

Originaire de la province de Pérouse en Italie, Ernest Sabattini, ouvrier perceur aux Forges et chantiers de la Méditerranée de La Seyne, en 1907, était classé parmi les antimilitaristes de la commune. Considéré par la police comme « hervéiste » en 1911, il était le secrétaire du syndicat international des ouvriers en constructions navales, créé en mars 1910. Ce syndicat dut adhérer peu après, à la CGT, comme ne le souhaitait pas Marius Doria, avec qui Sabattini entretenait de bons rapports.Toutefois, renvoyé des chantiers, il devint en décembre 1912 secrétaire général de la Bourse du Travail, dont il était administrateur depuis quelque temps. Il y enseignait aussi la sténographie.

Selon un article d’un journal "nationaliste", conservé par Albert Lamarque, Sabattini se disait instruit. Il se destinait à "l’état ecclésiastique" et avait "même porté la soutane". Ecrivant bien, il n’avait pas "encore de qualités oratoires". "Son teint brun foncé, ses moustaches très noires, ses yeux enfoncés dans leurs orbites lui donnent un aspect un peu rude" ajoutait l’article qui lui attribuait un "tempérament nerveux", une voix "grêle", une "intonation défectueuse" avant de conclure, "de son origine italienne, il conserve des expressions et un fort accent pénible à entendre".

Ernest Sabattini, toujours secrétaire du syndicat des constructions navales, fut chargé de l’organisation du congrès de La Seyne, pour la création de l’Union départementale CGT, le 14 décembre 1913. La CGT voulait concurrencer Marius Doria et l’Union des chambres syndicales du Var. Sabattini se porta candidat au poste de secrétaire de la nouvelle UD. Dans la circulaire de convocation, il indiquait : "L’U.D. aura pour mission de donner une nouvelle impulsion au mouvement ouvrier et de faire renaître, parmi la masse, la confiance dans l’organisation syndicale en faisant disparaître les causes de défiance qui ont fait tant de mal au mouvement des revendications ouvrières." Finalement, Auguste Berthon devint le premier secrétaire de l’UD. Sabattini demeura membre de son bureau et à nouveau, en 1918, présida son congrès.

Après la guerre, Ernest Sabattini recevait du conseil municipal une indemnité annuelle (600 francs, le 6 février 1919). Orateur au meeting du 1er mai, confirmé comme secrétaire de la Bourse du Travail, le 9 juin 1919, confirmé comme secrétaire de la Bourse du Travail, le 9 juin 1919, lors de la grève de juin-juillet 1919 aux Forges et chantiers de la Méditerranée, il joua un rôle de premier plan dans l’organisation de la résistance ouvrière. Selon la police, il en était "l’âme". Dans les meetings quotidiens à la Bourse du Travail, il traduisait les interventions en Italien. Il se rendit à Paris, au début juillet, pour négocier avec la direction des chantiers. A nouveau, il participa à la délégation municipale à Paris, les 25-26 juillet où le maire mourut. Lors de ses obsèques, il prononça un discours. Dans le texte qu’il avait soumis au commissaire de police, finalement, il accepta de ne pas parler de la responsabilité du directeur des chantiers. Cette lacune donna lieu à une polémique dans la presse et un Seynois n’hésita pas à rendre le directeur responsable de la mort du premier magistrat.

Cité à deux reprises (avril et août 1919) comme dirigeant d’un groupe communiste dans L’Internationale, en relations avec Raymond Péricat, Sabattini lui écrivit, le 11 août 1919, pour lui demander des renseignements pour la constitution d’un soviet : "Je vais essayer de créer une section communiste". En octobre 1920, il fut à l’origine des critiques contre le secrétaire du syndicat des FCM, Joseph Colombon. Il lui reprocha notamment d’avoir voté les motions "majoritaires" au congrès d’Orléans. Pour lui, selon la police, il fallait être "pour l’abstention de toute politique dans les discussions corporatives". En tant que secrétaire de la Bourse du Travail, il aida à la constitution d’une coopérative de production créée par d’anciens ouvriers des chantiers.

Par la suite, Sabattini resta à la CGT et fit partie régulièrement des bureaux des congrès de l’Union départementale. Ainsi, par exemple, présida-t-il, à La Seyne, le meeting du 1er Mai 1923 avec Alphonse Merrheim où se reconstitua le syndicat CGT des chantiers. Toujours secrétaire de la Bourse du Travail, il participa aux bureaux des meetings CGT-CGTU, par exemple le 12 février 1934, et à de nombreuses réunions antifascistes à la Bourse, ou comme en août 1935, à Saint-Mandrier. Il fut délégué de l’Union locale CGT au congrès de Toulouse (2-5 mars 1936).

Ernest Sabattini habitait le quartier Touffany à La Seyne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130162, notice SABATTINI Ernest par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 11 septembre 2015.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021. — Arch. Dép. Var, 4 M 42 2, 49 4 3, 52, 53, 56 9, 59 4 1, 3 Z 4 21, 24. — Arch. Com. La Seyne. — Arch. privées : A. Lamarque. — Notes de Pierre Berthet.

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