SAHORS René

Par Claude Pennetier

Né le 9 décembre 1889 à Paris (VIe arr.), fusillé comme otage le 31 mars 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; machiniste à l’Opéra ; responsable national de l’ARAC.

Fils d’un chauffeur mécanicien et d’une domestique, René Sahors passa sa jeunesse rue Jacob, dans le VIe arrondissement de Paris. Il fit son service militaire en 1912-1913 dans les colonies et au Maroc. La déclaration de guerre lui laissa peu de temps pour reprendre la vie civile. Mobilisé en premières lignes, il fut grièvement blessé dès les premiers combats et fait prisonnier en Allemagne. Quand il fut guéri de ses blessures, on lui demanda de travailler pour l’industrie de guerre. Son refus énergique l’envoya devant un conseil de guerre qui le condamna à mort. Il aurait, pendant six mois, simulé la folie pour empêcher l’exécution, avant de réussir à s’évader et à rentrer clandestinement en France. Le conflit terminé, il voyagea en Europe et en Extrême-Orient.
Revenu en France, il s’installa à Vanves (Seine, Hauts-de-Seine) et travailla comme machiniste à l’Opéra de Paris. Ce n’est qu’en 1934 qu’il rejoignit l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) et le Parti communiste, influencé, semble-t-il, par le contexte des journées de février et d’un tournant politique de l’été 1934. Sa « haine de la guerre » lui fit privilégier le militantisme à l’ARAC. Secrétaire de la section de Vanves, il devint en 1936, membre du comité central et du bureau national. Secrétaire administratif, il était apprécié pour son amabilité, et même son affabilité, au siège national, 241 rue Lafayette à Paris (Xe arr.). Son action fut particulièrement importante dans la solidarité à l’Espagne républicaine.
Le 1er novembre 1939, l’ARAC fut interdite, ses locaux fermés et les dossiers constitués pour la défense des droits des anciens combattants saisis. La plupart des dirigeants furent arrêtés et emprisonnés : Jean Duclos, aveugle de guerre, Félix Brun, amputé des deux jambes, Louis Dadot, invalide, furent emprisonnés à la Santé (XIVe arr.) puis à l’île d’Yeu (Vendée) et Auguste Touchard fut déporté en Afrique du Nord. Resté le principal dirigeant parisien en liberté, René Sahors prit la tête de l’ARAC clandestine. Il réorganisa un réseau en banlieue nord puis à Paris.
Arrêté une première fois le 25 mai 1940, emprisonné à l’île d’Yeu, envoyé à Riom-ès-Montagnes (Cantal), puis au camp de Saint-Angeau (Puy-de-Dôme), il réussit à s’évader le 26 octobre 1940. Quelques mois plus tard, il représenta l’ARAC au Front national. Il vivait alors sous une fausse identité.
Arrêté lors d’une réunion dans le quartier de l’Odéon (Paris, VIe arr.) le 8 novembre 1941, il fut incarcéré à la prison du dépôt de la préfecture de police. Selon le témoignage de Jeannette Guillerme, qui fut son agent de liaison et qui le visita à la prison de la Santé, il aurait déclaré à ceux qui l’interrogeaient : « Je m’appelle René Sahors, c’est vrai, regardez bien ma gueule et c’est tout ce que vous saurez. » Transféré à la prison du Cherche-Midi (VIe arr.), il passa devant un tribunal allemand qui le condamna à mort. Le 30 mars 1942, la veille de son exécution, il envoya à sa mère une lettre pleine « d’amour de la vie » qui ne faisait aucune allusion au sort qui l’attendait. Son avocat, Me Bossin, dira : « Il est mort avec un courage exemplaire, c’est un homme que je n’oublierai pas. » Marcel Paul, qui était dans la même prison, dit qu’il planta la plume et le porte-plume qui lui étaient tendus dans la main du SS : « Suite à cet acte, il a été massacré et assommé dans sa cellule avant d’être entraîné vers le poteau. » Le courage physique, moral et l’engagement basé sur la solidarité semblent avoir été une ligne directrice de sa vie. D’après les archives de la DAVCC, il a été fusillé comme otage, en représailles à l’attentat du Havre du 21 février 1942 contre des soldats allemands.
Il fut inhumé au cimetière de Vanves et une rue de cette ville a pris son nom. Une plaque commémorative a été dévoilée le 31 mai 2002 au 47 de la rue Jacob.



L’abbé allemand Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Mardi 31.3.42
Lever 5 heures, 15 otages au Cherche-Midi (attentat du Havre). Arrivé à 6 heures du matin, une partie d’entre eux sont des Juifs du camp de Drancy, quelques communistes, et d’autres déjà condamnés par le tribunal militaire.
2 parmi eux étaient réceptifs, aucun ne s’est confessé ou n’a communié : au dernier moment seulement, là haut au fort, avons fait ensemble acte de contrition et récité les dernières prières.
Corre, A., 6, rue Laos, XVe, catholique
Decagny, Paul, cultivateur, Hétomesnil par Lihus (Oise), catholique
Carpentier, René, Moulancourt, par Ville sur Andre, catholique
Guérin, Maurice Paul, 79, rue Henri Barbusse, Clichy, catholique
Noël, Raymond, Pont St. Maxence (Oise)
Souillart, Raymond [en fait Souilliart Raymond]
Aucun d’entre eux ne pratiquait, les autres étaient communistes ou Juifs, dont pour ces derniers, Bernard Lieberman [en fait Liberman Benjamin], croyant, qui avait beaucoup fait le bien, pria et demanda ma bénédiction. Les communistes moururent : "Vive le Parti communiste, la Troisième internationale, Staline, Lénine, Rosa Luxembourg, etc." Avec les "Allons enfants". Le chef [peut-être René Sahors, note de C. Pennetier] affirma que si Dieu et le ciel existaient, alors ils accueilleraient aussi un communiste.
Une partie (7) a été inhumée au cimetière de La Garenne, les autres (8) à Courbevoie ; sépultures pas terminées, c’est pourquoi attendu 3 heures. »

Notons que sur 15 otages ne donne les noms que de 7 d’entre-eux.
Ceux manquants sont pour l’essentiel des Juifs
ainsi
Arbiser Ziskind
Banach Menachem
Gmach Markus
Ilzicer Daniel
Klein Arnost
Rabinowicz Joseph

mais aussi
Lambard Paul
Sahors René
Toulza Clément

Ce qui fait 9 et non 8 selon nos biographies. Un otage aurait échappé à l’abbé Stock. A moins que le rebelle René Sahors ait subi un sort particulier.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130210, notice SAHORS René par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 3 novembre 2020.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo., BA 2117. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 / AJ41 245 (Notes Thomas Pouty). – Renseignements communiqués par l’ARAC à l’occasion d’un hommage qui lui a été rendu en mai 2002.

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