SALLES Camille [SALLES Pierre, Camille

Par Gérard Boëldieu

Né le 6 avril 1885 à Gujan-Mestras (Gironde), mort le 4 août 1955 au Mans (Sarthe) ; métallurgiste, maréchal-ferrant puis cuisinier ; militant du Parti communiste ; propagandiste de la CGPT dans la Sarthe de 1934 à 1939 ; exclu du PCF à la Libération puis réintégré ; militant de la Paix ; membre de l’ARAC.

En 1885, le père de Pierre Camille Salles était parqueur (ostréiculteur) sur les bords du bassin d’Arcachon, sa mère sans profession.

Ouvrier métallurgiste domicilié à Saint-Ouen (Seine), où le 22 août 1912 il épousa Rose Reine, Pierre Camille Salles fit partie de la commission de vérification des mandats avec Cognard, Hatet et Moireau au IIe congrès extraordinaire de l’Union des syndicats de la Seine, le 9 avril 1922. Il devint en mars 1923 secrétaire adjoint intérimaire de la Fédération des Métaux de la Seine. Membre du comité de la Fédération de la Seine SFIC, lié à la gauche du parti, il avait signé un texte qui parut dans le Bulletin communiste du 22 octobre 1922 « pour faire prévaloir les motions répondant aux exigences de l’IC » (voir Joseph Boyet). Membre suppléant du comité directeur en 1922 et 1923, il appartint en 1924 à la commission de contrôle lors du IIIe congrès national du Parti communiste qui se tint à Lyon.

Est-ce lui qui signe en 1927 l’appel au XVe congrès du PCR à Moscou pour la réintégration des oppositionnels et l’instauration d’un « véritable centralisme démocratique » ?

En 1933, résidant à Vibraye (canton est de l’arrondissement du Mans), séparé de sa femme et de ses deux enfants, n’exerçant plus son métier de maréchal-ferrant pour s’être livré à la propagande syndicale, Salles, secrétaire de la cellule communiste locale, devint permanent de la Confédération générale des travailleurs paysans (CGPT). Selon un rapport de police, cette organisation lui aurait alloué 700 F en 1936.

À partir de 1934, le « camarade Salles », comme l’appelait la presse de droite du département, parcourait les communes du sud-est de la Sarthe, région de petite culture, afin d’y implanter des sections syndicales et de diffuser les fascicules de Marius Vazeilles et La Voix paysanne, organe de la CGPT, auquel il collaborait sous le pseudonyme d’Ellimac. Il tint des réunions avec Alexandre Maugé, maire socialiste de Lombron (canton de Montfort-le-Rotrou). Outre celui de Vibraye, ce furent dans les cantons de Pontvallain et de Mayet (arrondissement de La Flèche) où l’influence des paysans communistes était assez forte, qu’il réussit le mieux à implanter la CGPT. Il portait même la contradiction aux dorgéristes.

En même temps qu’il tenait des propos sur la crise et ses responsables, le fascisme et la guerre, Salles tentait de mobiliser pour faire échec aux saisies-ventes des biens de ceux qui étaient acculés à la ruine. Il fut à l’origine, en 1935, de manifestations pour entraver des ventes aux enchères près de Saint-Calais, à Lavernat et à Berfay. Cette agitation, parfois assortie de violences, inquiéta l’opinion et conduisit dix militants de la CGPT, dont Salles, à être inculpés d’atteinte à la liberté et à être condamnés en 1936 par le tribunal correctionnel de Saint-Calais à des amendes alourdies, pour six d’entre elles, d’un emprisonnement de deux à quinze jours. La CGPT mena alors une campagne de pétitions pour obtenir une remise de peines.

Salles s’était rendu populaire auprès des humbles : excellent chasseur, il distribuait la plus grande partie de son gibier ; il assistait à tous les enterrements de petits paysans afin de présenter aux familles les condoléances du syndicat. Sa « correction absolue » avec les agents de l’autorité, « même si en réunion il rabaissait leur prestige », était constatée par les responsables de l’ordre public.

Sous l’Occupation, Salles vécut dans la clandestinité dans le Loir-et-Cher. Vers 1947-48, il était secrétaire départemental du Front national dans la Sarthe, mais on ne sait rien de précis sur son engagement dans la Résistance.

Au début de 1945, il était à La Ferté-Bernard, toujours sur la brèche pour « la défense paysanne » au sein de la Confédération générale agricole (CGA), lorsque, par voie de presse, le bureau régional du PCF informa que « M. Camille Salles a été et reste exclu du PC et qu’il ne peut en aucune circonstance ni pour quelque raison que ce soit s’en réclamer ou parler en son nom » (Le Maine Libre du 25 janvier 1945). Salles fut ensuite réintégré. Selon un rapport de police d’avril 1950, il ne jouissait dans le PCF « que d’une considération relative ». Lors du meeting commémoratif du 30e anniversaire du PCF, tenu le 15 décembre 1950 au Mans en présence d’Auguste Gillot membre du comité central et maire de Saint-Denis, il était toutefois à la tribune aux côtés de deux autres « vieux militants » sarthois.

Installé au Mans, gérant-cuisinier d’une cantine du bâtiment, membre d’une cellule du centre-ville, Salles devint en mai 1947 le secrétaire du Comité sarthois de Vigilance et de Défense de la République fondé pour contrer le RPF et que présidait Henri Ledru, socialiste SFIO dissident, ancien président du Comité départemental de Libération. Militant de la première heure du mouvement « Paix et Liberté », Salles joua un rôle essentiel dans la création puis l’animation du Comité sarthois des Combattants de la paix : secrétaire du bureau provisoire, délégué aux assises tenues à Paris les 27 et 28 novembre 1948, délégué au congrès mondial au stade Buffalo en avril 1949, trésorier du comité départemental définitif en avril 1950. Il parcourut la Sarthe pour y installer des « conseils communaux de Combattants de la paix », par exemple à La Flèche en juin 1949. Dans le même temps, il était secrétaire départemental de l’ARAC.

Ses obsèques civiles eurent lieu, semble-t-il, dans la plus grande discrétion.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130334, notice SALLES Camille [SALLES Pierre, Camille par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 24 mai 2021.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : Arch. Dép. Sarthe, 1 M 426, 1 M 427 (Sur la CGPT), 1278 W 336 (Contient un rapport de police d’avril 1950). — Arch. Jules Humbert-Droz, Origines et débuts des Partis communistes des pays latins, 1919-1923, Dordrecht, 1970. – L’Humanité, 15 septembre 1922, 24 janvier 1924. – Bulletin communiste, 22 octobre 1922. – Contre-courant, 2 décembre 1927. – La Voix paysanne, 1935. – Le Maine Libre, 25 janvier 1945, 19 avril 1948, 6-7 août 1955 (avis de décès). – La République sociale, 30 mai 1947 (Composition du Comité sarthois de Vigilance et de Défense de la République). — L’Aurore sarthoise, organe de la fédération de la Sarthe du PCF, 21-28 décembre 1950 (Sur le trentième anniversaire du PCF), 23 janvier 1949, 5 et 26 juin 1949, 8 octobre 1949 (Sur les Combattants de la paix). — Robert Jarry, Les communistes au cœur des luttes des travailleurs sarthois, 1920-1970, Le Mans, 1970, t 2, p. 64. – Témoignage de Marcelle Devilliers (1915-2007), 20 décembre 1994. — Mairie de Gujan-Mestras (acte de naissance).

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