SARTORI Jean, Mathieu

Né le 23 février 1882 à Paris (IVe arr.), mort vraisemblablement le 18 avril 1945 en Allemagne, en déportation ; directeur du journal La Bonne guerre ; militant socialiste puis « travailliste » d’Indre-et-Loire.

Corse d’origine, fils d’un garde républicain qui devint percepteur, Jean Sartori fut lui-même percepteur avant d’être en 1914 directeur-rédacteur en chef du Centre sportif qui parut de mars à juillet 1914 à Tours. Militant de la Fédération socialiste SFIO d’Indre-et-Loire, Jean Sartori fut volontaire dès août 1914. Après les hostilités, il devint secrétaire général de la fédération des poilus qui adhéra à l’ARAC. En avril 1919, il écrivit dans Le Réveil un article extrêmement favorable à la Révolution russe et aux bolcheviks : « Vers la IIIe Internationale. » Il fit plus de deux semaines de prison le mois suivant.

A partir du 3 février 1919, Jean Sartori dirigea et publia La Bonne guerre, journal qui fut sous-titré à partir de mai « hebdomadaire politique antimilitariste » puis « pamphlet hebdomadaire ». Ce journal, qui avait un important tirage en Indre-et-Loire, lui servit à plusieurs reprises d’instrument politique. Ainsi, en août 1919, il lança une campagne de vente directe de produits alimentaires pour lutter contre la vie chère, campagne qui ne fut pas suivie par le PS. Jean Sartori démissionna d’ailleurs du parti en novembre 1919, et l’un des motifs de son départ fut qu’il n’avait pas été désigné comme candidat aux élections législatives. Il se présenta comme candidat du « Parti communiste » et recueillit 21 voix sur 102 789 inscrits.

En 1920, Jean Sartori fit trois mois de prison pour s’être battu avec un adversaire politique. Les socialistes, en particulier Émilien Brigault*, commencèrent à l’attaquer très violemment pour ses manœuvres incessantes et pour son ambition personnelle, et ils furent suivis par la Fédération communiste. En 1923, il dut fuir à l’étranger pour échapper à la police, mais put cependant déposer au procès de Germaine Berton*. L’année suivante, il réussit à entrer au syndicat unitaire des employés malgré l’opposition des communistes et, d’autre part, détermina ses amis de l’ARAC à quitter l’organisation et à créer la Ligue antiguerrière des mutilés et anciens combattants. Après avoir animé une Fédération socialiste unitaire, plus ou moins proche des socialistes-communistes, Jean Sartori créa en février 1924 le Parti travailliste et se présenta comme tête de liste aux élections législatives. Son poids personnel et l’audience de son journal lui permirent d’obtenir 7 107 voix sur 99 304 inscrits. Mais ce fut à la fois l’apogée et la fin de sa carrière politique : en juillet 1925, il fut exclu de l’Union socialiste-communiste. Après avoir quitté Tours pour Paris, il fut condamné en novembre 1926 à dix-huit mois de prison pour extorsion de fonds. Il revint s’installer en Touraine vers 1932.

La Bonne guerre parut jusqu’en 1936, adoptant parfois le titre de Tonus-Éclair. En 1941, Jean Sartori fonda à Paris le Front, hebdomadaire « antibobardier ». La même année, il tenta de publier en souscription un livre de souvenirs titré : La Bonne guerre, de Chautemps à Daudet.

Jean Sartori fut arrêté le 20 août 1942 à Tours après avoir été dénoncé comme « gaulliste terroriste ». Interné au camp de Compiègne, il fut déporté à Sachsenhausen où il arriva le 25 janvier 1943 puis tranféré le 4 février 1945 à Buchenwald. Évacué au camp de Langenstein-Hallberstadt, il partit en colonne le 9 avril 1945 pour une destination inconnue et aurait été tué sur la route de Wittenberg le 18 avril suivant. En 1947, le Parti radical et radical-socialiste attesta que Jean Sartori « avait été pendant plusieurs années régulièrement inscrit sur les contrôles de sa Fédération (XVIe arr.) ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130529, notice SARTORI Jean, Mathieu , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 novembre 2021.

SOURCES : Le Réveil d’Indre-et-Loire, 1918-1922. — L’Avant-Garde, 1922-1926, 1932. — Le Socialiste du Centre, 1921-1924. — Le Réveil, 1926. — Rens. Arch. Dép. Indre-et-Loire (Florence Beaume). — Arch. Ministère des AC. — Notes de François Ferrette.

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